Mon filleul fêtera ses 19ans dans quelques jours. Ben oui, on a que 7 ans d’écart. J’ai été marraine malgré moi, sans comprendre ce qui m’arrivait, du haut de mes 7ans et demi. Enfin, je ne l’ai jamais reproché à quiconque, j’assume plus ou moins bien mon rôle de marraine – grande sœur-copine du mieux que je peut.

Mon filleul, il y a eu une période ou plus je vieillissait (ou mûrissait) , moins je m’en préoccupais. Il était si différent de moi… Il m’insupportait un peu. Mon filleul, il s’en fichait pas mal, de l’école. Il a toujours été nul et il s’en fichait. Rien de l’intéressait dans la vie. Il avait pas d’amis, pas de passion. A 17 ans, alors que certains jeunes font la fête, lui il restait chez lui a mater des DVd. Alors que certains préparent leur bac et pensent à l’avenir, lui n’a pas eu son brevet et s’en foutait. Alors que certains sont apprentis et commencent a gagner leur pain, lui, après quelques mois de maçonnerie, il a tout lâché et a glandé une année !

Mon filleul, même les conversations ne l’intéressait pas : ça va ? Ouais. Tu fais quoi ? rien. Tu penses a ton avenir ? Nan ! Oui, mais mon filleul, avec ce rythme est devenu de moins en moins courageux (il ne l’avais jamais vraiment été mais quand même ) . Il a commencé à prendre du poids. Il n’avait pas de travail, pas d’école et était sans diplôme. Il ne rangeait même pas sa chambre, n’aidait pas sa mère a la maison. Toutes les journées étaient identiques : se lever pour glander, manger, se traîner jusqu'à la salle de bain (et encore, pas tous les jours) , mater un film, avachi dans le canapé…Il n’avais aucun projet.

La famille le comparait bien sur a sa sœur (jumelle), son opposé. Sa sœur a eu son bac avec mention, elle est svelte et dynamique, en couple avec un jeune sérieux. Sa jumelle, elle est en hypocagne ! Tout lui réussi . On n’a jamais su si la comparaison si facile le blessait. Mon filleul, il ne parlait pas.

Après 18 mois sans école ni travail, sans rentrées d’argent ni efforts, sa mère en a eu mare. L’ultimatum est tombé : tu fais quelque chose, tu trouve une école, une formation, tu cherches un emploi, tu gagnes ton pain ! Il a pas eu le choix, c’était ça ou la porte ( Ma tante n’est pas un monstre, son père l’aurait recueilli, mais  la vie aurait été tout de suite moins douce chez lui ) .

Mon filleul a cherché sans conviction. Il a trouvé une réinsertion. L’ANPE l’a intégré a un groupe de chercheur d’emplois ou de formation,  pour les jeunes sans diplômes. Il y allait assidûment (pas par choix mais par obligation). Il a passé des tests qui n’ont rien donné (personne ne savais, même pas lui même, quel métier lui correspondait). Enfin bon,  quoi qu’il en soit, il se levait a nouveau le matin !

Un jour il a trouvé dans le local de l’association, un prospectus de la police nationale. Il y avait un concours a passer pour être adjoint gardien de la paix. Il a commencé a nous en parler. J’avoue qu’au début j’étais sceptique : je ne pensais pas ce métier adapté a sa personnalité, et de plus, même si ces postes aidés sont destines aux jeunes sans formation, je doutais qu’il réussisse les épreuves d’entrée !

Il n’a écouté personne et s’est inscrit. Il s’est préparé a l’écrit avec un éducateur de l’assoc (croyez moi, la partie n’étais pas gagnée d’avance) . A la surprise générale, il a été admissible a l’oral. On a douté, on a prié, on a espéré… Mon filleul, l’oral, c’est pas son truc. En temps normal, il n’aligne pas plus de 2 mots. Et bien, il a été reçu ! A la fois interloqués, surpris et ravis pour lui, on a encore été sceptiques : il ne savait pas ce que c’était : l’école de police, la rigueur, la discipline, le travail, il ne connaissait pas !

Il a fait ses quelques mois d’école loin de toute la famille (lui qui ne sortais jamais de l’apart de sa mère). Il a géré son budget, ses trajets, lui qui avait toujours tout dépensé en DVD, jeux vidéos et bonbecs. La formation s’est très bien passée. Il a bossé, il s’est battu. Il s’est fait des amis, il a partagé. Il a appris la rigueur et le respect. Il est revenu un week end a la maison, il a aidé. Il s’est accroché en sport, il s’y ai mis, et a apprécié.

La formation s’est terminée. Il s’est retrouvé adjoint dans un commissariat de Dreux. Il s’est réinscrit au permis de conduire, il loue une petite chambre. Il se gère tout seul, il aime ce qu’il fait… Enfin, tout ca, c’est ce que m’avais raconté mon grand père. Moi, jusqu'à peu, je n’avais pas eu l’opportunité de constater ce changement radical.

Je l’ai vu, et j’ai été bluffée. J’avais quitté un ado irrespectueux et un peu gras, et très fainéant, et très ingrat, et j’en foutiste, ect …J’ai retrouvé un adulte d’1m80, très bien foutu,  bien dans sa peau, très posé. Quelqu’un de gentil, de sensé.. de très beau mec, de réfléchi…Il parle, il est sur de lui. On a longtemps parlé. Il s’est fait des amis, il pratique le footing, il adore son boulot. Maintenant, ce qu’il attend, c’est l’échéance du concours d’entrée a l’école de police, la vraie ! il s’y prépare, se décarcasse. Il a trouvé sa voix, il s’est épanoui.

Je m’en suis voulue, de ne pas y avoir cru.. mais franchement, j’étais loin d’imaginer que la police ferai de lui ce qu’il est .

Attention, je n’en fait pas l’éloge. Je ne clame pas du tout que la police, c’est la solution pour les jeunes a problèmes, loin de la. Ce qui est la solution, c’est de leur ouvrir la voix… de leur ouvrir une porte, une aide… de les insérer dans des corps de métier qui a la base ne leur sont pas destines.

Je ne sais pas quel gouvernement a eu cette idée, de se dire que peut être, certains jeunes paumés aimeraient goûter a ce genre de métier.. et je ne souhaite pas le savoir. C’est juste que je trouve ça bien. Mon filleul, il ferait quoi, a la veille de ses 19ans, si il avait pas eu cette opportunité ?

Bien sur, rien n’est joué, pour le concours, il devra s’accrocher, mais même si il ne l’a pas, ça lui aura donné le goût de l’effort…je l’espère a jamais.. et aussi et surtout, l’envie d’avancer !