Aujourd’hui je vais vous parler d’un jeu en ligne, dont je deviens légèrement accro. A l’heure ou le jeu en ligne second life fait un tabac, d’autre jeux dans son style deviennent monnaie courante sur le net.  Jusqu’il y peu, je me croyais a l’abris de ce genre de futilité. Ca n’a pas duré.

Il y a trois semaines, une amie me parle du jeu Ma Bimbo  (www.ma-bimbo.com) pour la première fois. Elle me dit qu’elle s’est prise au jeu, et qu’elle s’y connecte au moins une fois par jour. Je suis sceptique, mais curieuse. Je vais jeter un coup d’œil grâce au lien qu’elle m’a donné. Je ne suis pas emballée, je trouve ça compliqué, je laisse tomber.

Le lendemain, après un déjeuner chez elle, elle me montre le jeu en temps réel. Sa Bimbo attise ma curiosité.  C’est une sorte de tamagoshi des temps modernes, sous la forme (virtuelle) d’une nana branchée. Le but du jeu ? La faire évoluer. Comme dans la vie, sa bimbo doit boire et manger. Elle doit aussi travailler, se loger, se cultiver, s’habiller, se coiffer, se marier, divorcer,  rivaliser…Bon aller, je suis motivée. On va essayer.

J’ouvre un compte et je découvre ça de plus prés. Ma pauvre Bimbo, au premier jour de jeu, n’a rien a voir avec la sienne. Elle est nue, n’a pas d’emploi, est célibataire et vit chez ses parents. Bien sur, on part avec un petit pécule en poche, qui permet de faire une formation et de trouver studio et métier. Je prend donc un emploi de boulangère (pas d’autres possibilité avec le peu de QI que j’ai). Je m’habille comme je peut (oui, il y a même un centre commercial), et c’est parti. 

L’inscription et le jeu sont gratuits… du moins, au début, c’est ce que je crois. Super, ce petit jeu de rôle me détendra. Après tout, c’est pas plus con que la télé, et contrairement a cette dernière, au moins on a un rôle a jouer. Car le but c’est ça : s’inventer une deuxième vie (virtuelle), avoir un autre emploi, être différente, et pouvoir y évoluer.

Le lendemain je récidive. Si je veux que ma bimbo reste en vie (et à son poids de forme), je dois la nourrire chaque jour. Super, il y a un supermarché. Je lui achète a manger. Mince, je dois aussi louer un appartement. Aie, l’argent commence à manquer. Super, je peut aussi changer de coiffure (moyennant quelque bimbos d’or, la monnaie de ma bimbo). Ce qu’il y a de bien, avec un jeu de rôle virtuel (surtout quand il met en scène une fille) c’est qu’on peut se permettre pour elle ce qu’on oserai pas dans la vie réelle. Je deviens donc blonde platine, je me maquille à outrance, et m’offre quelques séances d’UV . Je commence à vraiment bien m’amuser.

Dans le jeu ma bimbo, il y a des niveaux à passer. Actuellement, j’en suis au niveau 6. Pour passer chaque niveau, il faut remplir tous les objectifs imposés (professionnels, intellectuels, physiques, vestimentaires, ect…). C’est excitant et motivant. Ma blondasse-petasse a besoin d’argent. Son emploi de boulangère ne lui rapporte plus assez. Pas grave, car dans le jeu, il y a une autre source de revenus possibles : un mari ! Non, vous ne rêvez pas. Votre bimbo sort en boite de nuit danser, et plus si affinité. Si elle trouve un mari, c’est le jackpot ! Ce mariage lui rapportera un salaire quotidien, lui permettant d’honorer ses loyers et sorties. Je ne me prive pas de cette opportunité. En un clic je passe donc chaque jour pour un temps de jeune maman raisonnable et casée à décolorée profiteuse, célibataire, libre et décomplexée. A bimboland, pas de moralité. C’est pour de faux, on peut se lâcher !

Les jours se suivent et mes «  bimbo-soirées » ont remplacé mes sempiternelles soirées télé. Dans ma bimbo, on peut aussi se rendre a la bibliothèque pour se cultiver. La bibliothèque, c’est super, ça permet d’augmenter son QI pour espérer faire une formation et changer de métier, moyennant paiement (virtuel). Oui Madame, y’a une bibliothèque. Il y a aussi, dans la ville de ma Bimbo, une salle de sport pour s’entretenir, une boite de nuit pour danser et rencontrer, une ANPE pour chercher un job (d’ailleurs, elle fonctionne bien mieux en virtuel, celle la !), un marché, un centre commercial, un salon de coiffure et beauté, et même un psy ! Elle en a de la chance, ma bimbo, d’être ainsi chouchoutée ! J’avais dit que tout était gratuit ? la ça commence a se corser. Ma bimbo doit évoluer. Malgré emploi et mari, elle a du mal à boucler ses fins de mois. Heureusement, il y a aussi des jeux a gratter. Ca peut dépanner….

Oups, ma bimbo a grossi. Ca me pénalise un peu. Vite, achetons un vélo d’appartement. Dans son logement, ma bimbo peut s’acheter des meubles de rangement, et ainsi stocker tout un tas d’objets. Oh lala, je joue a ça depuis  plusieurs jours. J’aimerai lutter, ne plus me connecter, mais impossible ! Une voix en moi me pousse à continuer. Est ce vraiment la curiosité ? Ca va plus loin que ça, je crois.

J’ai de moins en moins d’argent. Je ne peut même pas devenir coiffeuse, car j’ai plus assez d’argent pour me payer la formation. J’ai tout tenté. La dernière source de revenus gratuite, c’est les défis. Le but, il est simple : vous choisissez dans la liste des autres bimbos connectées celles que vous souhaitez défier. Vous misez. Vous attendez. L’une des deux remporte la mise, l’autre vend sa chemise. Sur quels critères est on départagées ? Sur la tenue vestimentaire, sur la popularité. Des défis, j’en ai beaucoup perdu. Ma bimbo est pauvre, et n’a pas les moyens de renouveler sa garde robe. Elle ne s’en sort pas, elle ne peut plus manger. Pourtant, je n’ai pas envie d’arrêter !

L’ultime solution, quand on est une bimbo ruinée, et qu’on veux pas lâcher, c’est de débourser . La banque, je m’étais jurée de ne pas y mettre les pieds, et pourtant… Moyennant un sms (3+ coup d’envoi d’un SMS) , votre bimbo retrouve la pêche. Ce SMS magique lui permet d’empocher la coquette somme de 9000 bimbos d’or. Sachant qu’une boulangère mariée gagne moins de 100 BA par jour, et doit s’acquitter d’un loyer et manger (comptez 30 BA journaliers dépensés), ça représente un  conséquent porte monnaie.

Ma rousse (j’ai des sous, je me suis offert un look Axelle Red) est riche. Elle peut dorénavant bien s’habiller et gagner de beaux défis. Elle a commencé sa formation de coiffeuse pour évoluer. Elle va régulièrement en boite pour danser, et elle est super bien classée. Ca, je ne vous l’avez pas expliqué. Chaque jour on a la possibilité de voter pour nos bimbos préférées. Il y a même un podium et un trophée pour les trois bimbos qui ont gagné.

Manu a un peu râlé. Dépenser trois euros pour un jeu a la con, faut pas pousser. J’ai du lui rappeler qu’au poker en ligne chaque mois, c’était vingt euros qu’il misait.

      -     Oui, mais moi je peut gagner. Le poker nous a déjà un peu rapporté

-         Oui, mais t’as tout dépensé.

-         Oui, mais dans le principe, je joue car je peux gagner.

-         Moi, je ne gagne pas d’argent, mais ce jeu, il me plait. Pendant des jours j’ai ramé pour la faire évoluer. J’ai pas envie d’arrêter.

Mon amoureux a laissé tomber. C’est certainement un truc de filles qu’il ne peut pas comprendre, et puis c’est vrai, finalement, que sa chérie ne dépense ni en poker, ni en sortie, qu’elle ne pêche pas, et ne bricole pas. Si elle a envie de mettre 3€ par ci par la dans un jeu a la con, il aura dorénavant un argument à lui balancer quand il sera question de ses loisirs plutôt gourmands.

J’en suis maintenant à mon vingt et unième jour de jeu. Ma bimbo a évolué. D’un studio elle est passée a un trois pièces. La boulangère décolorée est une coiffeuse rousse tressée. La pauvre fille sans vêtements a maintenant une garde robe pleine à craquer. Je me suis prise au jeu, et j’ai du mal le soir à me déconnecter. Comment ce jeu débile et futile a t’il pu a ce point m’aspirer, moi qui évite même la télé ? Evidement, j’ai cherché. Il aurait été trop facile de jouer sans questions existentielles à se poser. Cette réflexion est la preuve que ce jeu ne m’a lobotomisée qu’à moitié (ok, je cherche a me rassurer !). Pourquoi ce jeu est il devenu ma prison dorée ? Je vais tenter de vous l’expliquer.

Valérie est une jeune maman au foyer. Elle est très sage et ordonnée. Elle a une maison bien rangée. Elle prévois tout, elle aime gérer. Elle est fidèle à son amoureux depuis maintenant six années.  Elle a aussi un budget a respecter. Valérie, elle a une vie qu’elle aime beaucoup, mais qui ne laisse pas vraiment de place à la fantaisie. L’amour pour son mari, mais aussi la moralité l’éloigne de toute frivolité, et c’est tant mieux, vous me direz.

Dans cette vie choisie et  bien rangée, qui n’a jamais rêver de s’évader ? Quelle maman n’a pas souhaité devenir, l’espace d’un instant, une célibataire sans aucune moralité ? Quelle jeune femme, plutôt classique, n’a jamais pensé a porter rien qu’une fois bas résille, cuissardes et décolleté osé ? Quitte à se créer un personnage virtuel, autant, selon moi, qu’il soit le reflet de ce que l’on est pas et de ce que l’on ne  sera jamais.

Peut être est ce pour les même raisons que certains soirs d’hiver mon bien aimé se prend pour un milliardaire attablé à de virtuelle tables de poker ? Je le lui demanderai. Le jeu de rôle (qui maintenant est devenu hyper réaliste) ne sert il pas a s’inventer une vie que l’on a fantasmé ? Bien sur, cette vie, on en voudrait pas dans la réalité. Tout fantasme perd son intérêt si il est réalisé.

Finalement, le tamagoshi revu et corrigé, aurait il pour objet de rompre avec le quotidien bien rangé ? Nous  permettrait il de faire des choix contraires à notre moralité sans que notre existence en soi changée, sans avoir à les regretter ? Serait il le garant, finalement, d’un bon équilibre entre rêve et réalité, entre fantasme et moralité?

Si je me goure, et que ce n’est pas le cas, comment deux cent mille joueurs se connectent il sur le même site que moi ? Simple effet de mode ? l’avenir nous le dira.