Automne 2001.

Je suis en dernière année de BTS.

Il me faut un stage.

Un stage de deux mois.

C’est ma dernière année d’école.  Je viens de décider que j’arrêterai là. Ce sera donc mon dernier stage en tant qu’étudiante. Au printemps dernier j’en avais effectué un super : dans un musée au nord de l’Angleterre. Cette fois mon porte feuille me conseille de rester en France. Pourtant, j’ai envie d’un bon stage, d’un stage enrichissant, passionnant. J’ai envie DU stage génial. Mais comment faire pour le dégoter ?

Envoyer des dizaines de lettres de motivations qui ne seront à peine lues, qui seront peut être filtrées, qui resteront vaines et sans réponse ? Arf…. Ou alors, aller me présenter à Valéo à Nogent le Rotrou et me retrouver dans un service commercial à taper des lettres (dans le meilleur des cas) et à archiver de vieux papiers inutiles et inutilisés…beurk ! J’veux un stage, un vrai !

Solution ? Ah mais c’est bien sûr : mon cousin chéri ! Val a un super cousin, qui vit en région parisienne, et qui a un réseau de connaissances… utiles ! Ah mais c’est bien sûr ! Un stage à Paris !

J’appelle mon cousin génial. Je lui confie la super mission ! Faut qu’il me trouve un stage. Je place la barre très haut (l’aime les défits mon cousin !) : si j’avais voulu faire un stage dans une agence bancaire ou immobiliere, ou dans une PME pas connue pour deux sous, j’aurai été postuler à Rémalard… Nan, je veux un stage passionnant, un beau stage, quoi !

« Je vais voir ce que je peux faire ».

Une semaine plus tard, il m’appelle. Bien sur, il n’est pas bredouille. L’a un stage pour moi, mon super-cousin.

Alors ? De quoi il retourne ? Le domaine d’activité ? Le lieu ?

Il me donne un nom et un numéro de téléphone. « Appelle pour avoir un rendez vous ! » .

Le lieu du stage possible ? La Maison de La Radio !

Val est satisfaite. Merci cousin !

Je ne téléphone pas le jour même. Il est de bon ton de savoir à l'avance qui va décrocher. J’ai un ami qui connait tout le monde, et tout sur tout. Son nom : Google.

Ni une ni deux, le Monsieur est référencé ! C’est le directeur des éditions sonores de Radio France, et il anime aussi une émission culturelle sur France Musique !

Whoua, c’est même pas un mec des ressources humaines ! C’est un décideur ! Pas de filtrage, pas de lettre inutile ! Merci cousin.

Enfin… est ce que je ferai l’affaire ? Bon, faut que j’appelle !

J’appelle. En effet, aucun filtrage. L’assistante me le passe directement, après que je me sois présentée. Le Monsieur est très occupé. Le ocntact est bref. Il me donne juste un rendez vous… la semaine d’après !

Ça serait peut être bien de me renseigner ? De travailler mon oral dans les langues étrangères ? De me renseigner un peu sur le service en question ? Sur Radio France en général ? Je fais tout ça ! Ce stage, je le veux !

Jour du rendez vous. Longue attente et mains qui tremblent. Le monsieur est occupé. Il m’a oubliée. Il est appelé par sa secrétaire. Il m’avait en effet oublié mais il va me recevoir. Je m’attend donc à un grand Monsieur hautain, dédaigneux, d’un age certain, un Monsieur austère, peut être même à un tyran ?

Non ! Il arrive et est désolé ! C’est un tête de linotte (on devrait s’entendre, alors..). Il est bien plus jeune que je ne l’aurai imaginé.  Il m’invite à m’asseoir autour de son grand bureau, dans une pièce immense  (avec vue panoramique sur Grenelle). Il me met à l’aise d’entrée de jeu. Il me pose des questions. Il ne me parle un peu en anglais. Je répond plutôt correctement (le stress est parfois source d’incroyables ressources). On discute de tout et de rien. Moi, j’ai pas envie de discuter, j’veux juste savoir si je serai prise.

« Les stagiaires ne sont pas rémunérés à Radio France, c’est comme ça. Par contre on paye la carte orange à nos stagiaires ».

M’en tape de pas être payée, moi j’veux passer deux mois ici !

« Par contre, les avantages sont nombreux… tu t’en rendras compte très vite ».

ET ? z’avez entendu ? ça veut dire qu’il me prend ?

« Tu commences quand ? »

Là, c’est sur, il me prend !

-                     Heu…Fin Octobre…

-                     Parfait !

Une vive poignée de main échangée, un « à bientôt » en complément, et je repars avec un stage !

Premier jour de stage.

Matinée passée avec le même Monsieur. Il me donne les consignes et le travail que j’aurai à réaliser pendant mes deux mois de stage. Me donnera tout le premier jour, et j’exécuterai les tâches dans l’ordre qui me plaira. Au programme :

Beaucoup de commercial :

-                     Un listing de maisons de productions court et long métrage (pour leur proposer quelques éditions sonores pour illustrer leurs films)

-                     Un listing de productions étrangère.. de tous les pays ! « T’inquiète pas ils parlent anglais ». Là, il me faudra leur envoyer un CD sampler pour leur faire découvrir des nouveautés. Ok ! Pas dure !

-                     Une semaine à tenir un stand au salon du livre et de la jeunesse (avec de moments de liberté pour visiter le salon) ! Génial !

-                     L’entrée libre à l’enregistrement de son émission « Parfois y’a des gens intéressants qui y sont invités ». Super, j’sais même pas comment ça se passe, un enregistrement d’une émission de radio !

-                     De tas de lettres à ouvrir, et des tas de réponses aux lettres à envoyer (des gens qui demandent le catalogue..).

-                     Quelques commandes à envoyer.

-                     Du temps libre pour découvrir ce splendide bâtiment rond qu’est la maison de la Radio . « Tu te perdras sûrement, tout le monde s’y est perdu au début…Oublies pas qu’il tourne, et tu retrouveras ton chemin » !

-                     Parfois son téléphone cellulaire en poche : tu réponds que j’suis pas là, tu prend les messages ! Ok, pas compliqué !

-                     Et beaucoup de petits « bonus »… Hein ? « Tu verras, tu en auras, des bonus…. »

Tout est noté. Au travail !

Je pratique mes langues étrangères, j’apprend de nombreuse choses, je découvre un panel impressionnant de musiques variées d’horizons divers. C’est génial !

Je visite, je découvre le bâtiment, je croise des têtes connues par ci pas là : Vous vous êtes déjà retrouvé nez à nez avec Cavada dans un ascenseur ?

Je répond au téléphone tant bien que mal.. Parfois j’ai des (bonnes) surprises :  Vous êtes ? Jacques Villeret ? (Garde ton calme Val  …).

J’ai visité le salon du livre et de la jeunesse … faut bien une semaine pour voir un salon dans son intégralité !

J’ai envoyé des mails, des fax, des coups de téléphone, des courriers des Cd….J’ai interrogé des employés, j’ai scruté leur manière de travailler. L’ambiance est bonne.

La barre est haute, ici… les employés sont en général … comment dire ? Passionnant, intelligents, intéressant ! Je les harcèle de questions.

La barre est haute ici. Les assistantes sont hyper spécialisées. Elles ont une culture impressionnante. Elles sont précises, leurs esprits sont vifs. J’adore !

La barre est haute, ici… des centaines de stagiaires passent pas là chaque année. De tous ceux que je rencontre je suis la moins diplômée. Y’en a de tous les horizons (enfin, tous les horizons d’une certaine élite, pour être exacte) : école de journalisme, IUT journalisme, beaux arts, écoles de commerce.. pour la plupart !

Et les bonus alors ? ah bon, ça ne vous suffit pas ? c’est pas assez bien déjà ? Bon, vous avez raison, il y a eut quelques bonus supplémentaires !

Croiser pas moins d’une poignée de célébrités chaque jour au hasard des couloirs qui tournent ? C’est pas mal, ça ? Des noms ? Louis Chedid et M, Stéphane Bern, Plastic Bertrand, Borhinger... et quelques journalistes connus et grands reporters....

Assister à des enregistrement de « voix » pour des publicités radios (c’est con mais je savais pas comment ça se passait).. et par le fait, découvrir le visage jamais télévisé de Jeannette, la copine de chouchou et loulou hihi !

Avoir accès aux plateaux télé…assister à plusieurs enregistrements des émissions de Delarue (Lui je l’ai pas croisé, il est … inaccessible !) …

Etre « de l’autre coté…apercevoir et tenter de comprendre le travail des techniciens du son, de l’image….

Se faire proposer (et accepter) tout un tas d’invitations pour des premières : théâtres, vernissages, opéra…

Et le meilleur, je l’ai gardé pour la fin.

Un jour, vers la fin du stage, alors que je peaufinais mon compte rendu de stage, une nana qui m’aimait bien me dit que je vais certainement remettre cette tâche à plus tard… « J’ai un truc génial ! Tu vas adorer » ! J’suis curieuse… « Suis moi… mais prend tout ce dont tu as besoin, on part pour l’après midi » !

Je suis surprise en la suivant car nous ne sortons pas du bâtiment. Nous prenons l’ascenseur vers le haut. Après avoir traversé quelques couloirs qui tournent, nous entrons dans un grande salle. Quelques dizaines de chaises y sont disposées, autour d’une petite estrade. Sur l’estrade, des techniciens ajustent un micro, installent une chaise et une batterie. Quelques personnes sont déjà assises sur les chaises disposées en rond, à attendre. La tension est palpable, les gens sont éxcités et impatients. Ma tête en dit long sur mes interrogations.

« T’en fais pas, tu vas assister à un truc que tu vas adorer. Tu fais partie des quelques chanceux qui la verront de prés… de très prés. Quand elle arrivera tu la reconnaîtras. Tu seras pas déçue ».

Ben oui, mais bien sur, c’est un concert privé…Whouha… mais de qui ?

« Attends, tu verras… moi j’suis super excitée… tu le seras aussi quand elle arrivera ».

Non, je ne l’ai pas été en la voyant arriver. Moi je suis une fille de la campagne, j’connais pas tout le monde. Moi, j’ai jamais mis les pieds au Québec. Moi, j’écoute que Goldman…

Une jolie jeune femme au cheveux longs et tiags aux pieds entre sur scène et est vivement applaudie (mince j’lai jamais vu, j’la connais pas !). Elle est belle, elle tient une guitare, elle s’assied sur la chaise, prés du micro sur pieds, elle salue tous les français présents. Quelle accent ! Pas de doute, elle vient du Québec !

Ses musiciens se préparent. Je ne sais à quoi m’attendre, j’espère que j’vais apprécier car je suis là pour plus de deux heures…

Première chanson : c’est sympa , ça change !

Deuxième chanson : formidablement bien écrit. Je demande à ma camarade si c’est elle qui écrit ses chansons : « bien sur que oui ! »

Troisième chanson : Bon sang, j’ai jamais entendu de chansons pareilles.

Je suis sous le charme. Je suis hypnotisée, lobotomisée par ce bout de femme. Je suis agrippée à ses lèvres, je ne veux pas en perdre une miette. Un vrai coup de foudre!

Je n’ai jamais  rien entendu de semblable. C’est magnifique, c'est merveilleux. J’affiche un sourire incontrôlable et éternel. Elle chante à cinq mètres de moi. Il y a une heure, même son nom ne me disait rien. Maintenant j’ai l’impression qu’elle chante ma vie, mes espoirs, mes doutes…J'ai l'impression qu'elle est ma soeur...

Je suis amoureuse. J’aimerai que le temps s’arrête. J’ai pas envie que ça se termine, j’veux pas partir, j’veux l’écouter chanter encore et encore.

Toutes les bonnes choses ont une fin. Le concert est terminé. Elle ne partira pas de suite. Elle se prête volontiers au jeu des photos, des embrassades de cette petite centaine d’admirateurs triés sur le volet.

Elle est simple, douce, agréable, conviviale, chaleureuse… comme le sont ses chansons. Je remercie la personne qui m’a conduite ici.

Ce concert… pfff… si il n’ a pas changé ma vie, il l’a égaillée.

Depuis ce jour de 2001, cette chanteuse bluffante est restée dans mon cœur. Tous ses albums sont chez moi. Elle fait partie des rares chanteurs et chanteuses dont j’achète les albums aveuglément, sans les avoir écouté au préalable, sans attendre la critique….et je ne suis jamais déçue !

Quelle chance j’ai eu en effet. Je ne le savais pas à ce moment là. Maintenant je la mesure : cette année elle est en tournée en France. Elle ne passe pas partout. Les places disponibles se font rares, ou bien c’est trop loin de chez moi…

C’est qui cette super-artiste-complète-que-j’aime-par-dessus-tout ?

Pas de description, pas de nom jeté… juste :