C’est l’été, c’est les vacances, c’est le soleil, c’est la légèreté et c’est la joie.

Tout devrait être parfait. Seulement, je constate que sur certains blogs règne une petite mélancolie, des petites baisses de moral, des amertumes et chagrins divers… ça doit être le lot de ceux qui ne sont pas encore partis en vacances…

J’a lu des choses pas très drôles ces derniers jours sur ma blogopshère. J’ai lu des pertes de sourire, des abandons d’enfants …

Je ne sais pas si c’est vous, avec vos billets triste, ou quoi…mais cette nuit j’ai pensé et repensé à des choses pas très gaies. J’ai pansé et repensé mes plaies. J’ai des déchirures pas refermées, des souvenirs méchants et sournois qui viennent me perturber dans ma vie de maman… Non, pourtant, je n’ai pas été abandonnée (quoique…).

J’ai revu des scènes toute la nuit. Non, je ne rêvait pas. J’ai re visionné certaines scènes censurées de ma vie d’enfant. J’ai ressassé et ressassé. Je cherche des réponses qui ne viendront jamais. Et pourtant je continue ma quête inlassablement. Mon cerveau me conseille d’arrêter, mais mon petit cœur de femme ne veut pas, ne peut pas. Faut que je trouve la clef, les réponses, les pourquoi et les comment….

Scène 1

Je suis à l’école, en maternelle. Papa travaille. Maman non. Je ne déjeune pas à la cantine. Chaque midi elle vient me chercher. Ce midi elle n’est pas venue. Elle m’a oubliée. La maîtresse appelle la maison. Elle n’y est pas. La maîtresse appelle au travail de Papa. Il y est, mais il est cuisiner, le seul du restaurant. Il ne viendra pas ma chercher. Je resterai manger à la cantine ce midi. Le soir, c’est toujours Maman qui vient me chercher. Ce soir là c’est Papa. Nous rentrons et Maman est à la maison. Elle ne me répond rien quand je lui demande ou elle était à midi. On mange en silence, on me couche. Je ne m’endort pas car j’entend gueuler dans la salle à manger :

-T’étais ou Putain ?

-…

-Va au Diable !

Le lendemain matin, c’est Papa qui me dépose à l’école (ça n’arrive jamais). Il m’inscrit à la cantine pour de bon. « Tu n’auras plus à te poser la question de si ta mère daigne venir te prendre, et moi je serai plus rassuré… »

J’ai pas vraiment compris ce que ça voulait dire…

Scène 2

Je suis plus vieille. J’ai au moins sept ans. Je suis seule avec Maman (je déteste ça mais je ne sais pas pourquoi). Un monsieur arrive. Il a une voiture blanche. Je ne le connais pas. Nous montons dans sa voiture. Je suis a l’arrière. On m’a donné un walk man. Ils me croient sourde à cause de la musique, mais je l’ai arrêtée, j’sais pas pourquoi. J’écoute la conversation.

            -    On s’embrasse ?

-         Non, y’a la petite, tu sais elle répète tout à son père !

Et j’ai vu des gestes…

Bien sur que je l’ai répété. Et on m’a couchée, et ça a gueulé…et j’ai entendu des mots terribles…

Scène 3

Nous allons Maman et moi chez ce même homme, celui de l’autre fois. Ils savent que je vais répéter. Alors…

Alors on me donne un verre de lait et un paquet de gâteaux. On me promet un cadeau pour si je ne dis rien. On m’enferme à clef dans cette cuisine qui m’est inconnue. Je hurle, j’ai peur, je ne veux pas rester là, enfermée, comme ça, seule. J’appelle ma Maman au secours (pour la première fois de ma vie, je suppose). Le temps passe. Je me fatigue à hurler et pleurer. Pourtant, je les entends parler ils sont pas loin, dans une autre pièce, dans une chambre. Je ne sais pas combien de temps s‘est écoulé avant qu’ils m’ouvrent et viennent boire un café dans cette cuisine.

Cette fois là je ne dirai rien. J’ai compris qu’il fallait se taire, parce que sinon on me couchera tôt et j’entendrais des mots, des menaces de séparation, et que Maman m’avait dit que si il faudrait divorcer et bien elle m’emmènerait avec elle et que je ne verrai plus mon papa… et même … qu’elle aurait préféré me laisser avec lui, parce que je suis chiante et que je répète tout ce qu’il se passe, mais qu’elle m’emmènerait pour le faire chier…

Ça, ce sont les trois scènes dont je me souviens le mieux, et très précisément. Bien sur, il y a eu d’autres oublis (chez la nounou, chez Mamie…) et des retards…Bien sur, il y eut d’autres scènes louches mais les souvenirs sont plus vagues.

Il y a aussi ce qu’on m’a dit.

Un de mes cousins m’a souvent répété que quand j’étais minuscule, et qu’il venait dormir à la maison (il avait 15 ans), il se souvient que mon papa m’aimait, m’aimait beaucoup. Il se rappelle que j’ai dormi, les trois premiers mois de ma vie, sur lui, dans ses bras, grâce a ses bercements…il paraît que je pleurais beaucoup. Il assurait. Il ne dormait pas de la nuit. Il faisait les cent pas dans la maison, et finissait par me coucher sur son torse, et ne somnolait que d’un œil…J’aime qu’il me raconte ça , et je n’aime pas. L’évidence est alors inscrite sur ses lèvres. Si mon papa faisait tout ça, c’est que ma mère ne le faisait pas.

La fin de tout ça ?

C’est que ma mère est partie. Elle ne m’a pas abandonnée, elle a abandonné sa vie, son corps…elle s’est donnée la mort. Elle a donc changé d’avis, finalement elle m’a laissée avec Papa …Je devais être trop encombrante pour elle même en enfer. Paraît pourtant qu’il s’en ait fallu de peu… j’ai entendu quelques conversations en douce à ce propos. Malheureusement, je ne peut pas me souvenir, je n’y arrive pas…je ne peut pas confirmer, je ne peut pas dire que c’est faux, je ne sais plus… peut être qu’un jour je me souviendrai…après tout certains souvenirs me sont revenus tard. Ils avaient préféré se cacher et me foutre la paix pour revenir quand je les ai sollicités.

Et maintenant ?

Non, je n’en souffre pas, non je n’en pleure pas. Ça fait bien longtemps que ces flash back ne me font plus de peine. Seulement, tout ça reste en moi. Non, je ne me morfond pas sur mon sort.. mais je m’interroge, sans jamais trouver de réponse.

Avant mes enfants, je m’efforçais de ne jamais y penser. Je me disais qu’elle méritais juste que je l’ignore à mon tour.

Depuis que je suis maman, ça a changé. Je pense que c'est là ou on prend du recul, ou on change de statut par rapport à sa propre maman. J’aime y repenser beaucoup et beaucoup et encore et toujours et souvent et parce que et comment et quand….Ce n’est pas pour me faire du mal, ce n’est pas pour remuer le couteau dans une plaie que j’ai recousue moi même, c’est juste pour essayer de comprendre.

Je me repasse ses scène encore et toujours avec l’espoir que la fois d’avant j’ai oublié un détail important, le détail qui fera la différence, celui qui me dévoilera le pourquoi…

J’aimerai être elle l’espace de quelques minutes. J’aimerai revivre une de ces scènes avec mon discernement d’adulte, juste pour vérifier que mes souvenirs et mes pressentis sont exacts, ou erronés.

Je voudrais percer son secret. Je ne rêve pas qu’elle revienne me dire qu’elle m’aimait, je voudrait juste m’identifier pour essayer de comprendre.

Avant d’être maman, je me disais que c’était comme ça, que certaines mamans aimaient leurs enfants et d’autres moins (et d’autres non). Depuis que je le suis j’ai changé de jugement. Je trouve la chose impossible de ne pas aimer les êtres qui sortent de nos tripes.

Mes enfants, j’aime les deux, plus que tout, passionnément. Je leur dit chaque jour, je les embrasse, je les touche, j’aime leur contact, j’aime les serrer, j’aime leur tenir chaud.

Et j’en ai deux !

Comment est ce possible d’en n’avoir qu’un, de ne pas le prendre dans ses bras, de lui préférer les hommes, de se servir de lui, de l’enfermer, de le faire taire, de le laisser seul sur terre ?

On a tous une croix à porter. Certains ont été battus, violés, violentés moralement, mal soignés, abandonné…

Moi, j’ai de la chance, finalement, car je n’ai pas connu ça. Moi, j’ai juste été ignorée.

Ma croix, elle est plus légère à porter, et pourtant, elle me nargue souvent. Elle me jette des regards à la figure qui veulent dire « Arrête de chercher, tu ne sauras jamais pourquoi ! ».