Nous sommes jeudi soir. Je rentre du travail. Je suis fatiguée. La journée a été un peu dur, mais j’encaisse. Je travaille pas mal en ce moment. Je prends de l’avance, avant mon départ, car je ne sais pas si je serais remplacée.

Je suis extenuée. J’ai même pas faim. Je me sens un peu bizarre. Faut que je me couche. Je monte me changer avant de dormir.

Je suis là haut et je me déshabille. Mince ! Du sang… je perd un peu de sang. C’est pas normal. Je suis enceinte. Cinq mois et demi ! Enfin, j’en perd pas beaucoup. On verra bien demain matin. Pour le moment il faut que je dorme.

Vendredi matin.

Je pars travailler. La journée sera courte. Je me suis promis d’arrêter à midi, car je suis vraiment fatiguée.

Je suis au travail, mais je n’arrive pas à me concentrer. J’ai mal. J’ai mal au ventre. Faut que je parte. Ça va pas du tout !

Je fais l’effort de conduire, mais c’est difficile. Heureusement la maison n’est qu’à deux kilomètres. Je commence à m’inquiéter sérieusement. J’appelle mon médecin. L’est en week end.

Je rentre à la maison. Manu est paniqué. J’ai un peu moins mal, mais quand même…

Il me conduit aux urgences.

On arrive là bas. J’ai mal et j’ai un peu peur.

On nous ne fait pas attendre. On passe devant tout le monde.

On m’examine.

Je dois passer une échographie, puis on attend les résultats.

Je ne sais pas ce qui va se passer ensuite. On stresse tous les deux, à attendre.

D’un coup d’un seul, on vient me chercher avec un fauteuil roulant. Je peux marcher. On ne veux pas me laisser marcher.

On m’allonge, et on perfuse. Je vais être hospitalisée.

Pas ici ! Ici il n’y a pas de service obstétrique.

Le Samu va venir me chercher.

On attend.

Ou vais je aller ?

Chartres ou Le Mans !

On ne nous dit rien.

On ne sais pas ce qu’il se passe, ce qu’il s’est produit à l ‘intérieur.

Je vais partir au Mans, à l’hôpital, et j’sais pas vraiment pourquoi.

Je regarde Manu, affolé, et je sais qu’il redoute le pire.

C’est notre premier bébé.

Je m’endort.

J’ai du mal à ouvrir les yeux.

Je suis épuisée, tout à coup.

J’entend des bip.

Les gens s’affolent.

Il y a plein de monde autour de moi, tout à coup.

On fait sortir Manu. J’ai envie de dire que je veux qu’il reste, mais je n’arrive pas à parler.

On me colle des électrodes.

Chute de tension.

Ouf ! Je vais mieux.

Je me sens mieux déjà.

Manu revient.

Le médecin vient nous parler.

Le Samu en ambulance sera trop long a venir.

Il est pas rassuré, le doc.. ça nous rassure pas vraiment…

Un hélicoptère va venir me chercher.

Faut que je parte vite !

On est très très inquiets.

Manu ne pourra pas monter dans l’hélico

Il doit partir maintenant avec sa voiture, et il me rejoindra là bas.

Il s’en va. Le pauvre… il a une de ces têtes…

On me monte dans l’hélico avec le brancard.

J’ai peur.

Ils sont sympa là dedans, ils me parlent du paysage, ils prennent soin de moi.

Ils sont plus coopératifs.

Apparemment y’a une grosse tache sombre prés du bébé.

Ils savent pas trop ce que c’est ici…

C’est pour ça que je pars là bas.

On perd pas de temps à arriver au Mans. C’est vraiment rapide, l’hélicoptère.

Des gens m’attendent.

On m’examine, on me fait une échographie, on mesure…

Ici, ils sont sympas, ils expliquent.

J’ai un décollement important du placenta. Le placenta est décollé… sur une bonne dizaine de centimètres.

Traitement, perfusion… et chambre.

Alitée !

Interdit de me lever.

Manu arrive et on est un peu soulagés.

Si j’bouge pas, ça ira.

Je rentre après quelques jours d’hospitalisation.

J’ai plus droit de bosser.

J’ai pas trop l’droit de marcher, de conduire, de porter.

Alitée, sauf pour manger et me laver.

Un mois après, tout était recollé.

Trois mois après, Gabriel est né.

Je raconte ça, mais je sais pas pourquoi.

Le souvenir m’est revenu comme ça.

Plus de peur que de mal, heureusement !

Sinon, une petite anecdote rigolote pour une happy end :

Il y a trente minutes :

Gabriel a déjeuné, puis on lui a donner un bonbon après le dessert, on fait ça parfois…

On pensait qu’il l’avait manger, alors on l’a couché pour sa sieste.

De son lit il nous appelle : « Papa, Maman, bobo dans la tête »

Il est malade, en ce moment.

On lui dit de dormir, et que ça ira mieux après. On ne se déplace pas.

Il insiste : « Si si, vite, bobo à la tête, la haut » !

Manu de déplace.

Je l’entend rire.

Ça l’amuse, alors que son fils a mal à la tête ?

Il m’apporte le lutin qui en menait pas large.

En fait, il disait : « Bonbon dans la tête ».

Son bon-bec était collé aux cheveux… on a du couper !