07 mai 2008
Madeleine… visuelle ?
Samedi dernier, je sors de chez des amis et je passe, en voiture, devant la petite gare de leur ville.
Mon esprit fait un bon de quelques années, et sa fantaisie occupe mes pensées sur la route jusqu’à la maison.
La gare… un lundi matin de l’automne 2001. N’importe lequel. La cérémonie s’est répétée durant des semaines. Il est six heures du matin, et il fait nuit et froid. Il se gare devant la gare. Nous descendons. Nous sortons ma valise du coffre. Le billet est déjà acheté. Je suis gelée. Nous allons tous les deux attendre mon train pour Paris sur le quai, avec les nombreux salariés percherons qui bossent à Chartres ou en Ile de France. Dieu sait qu’il y en a !
Je suis gelée. Je suis crevée. Je suis chagrin. J’ai faim… Je ne rêve que de dormir dans un lit douillet et chaud. Je rêve d’un café brulant et de croissants. Je rêve de câlins et de vêtements plus chauds. J’ai un peu la nausée. Je sais que la journée sera rude. J’ai presque envie de pleurer.
Il me sourit timidement. Il me dit que ça va aller, que je vais pouvoir dormir dans le train, qu’il m’appellera à midi, que la semaine va vite passer…
Je ne l’entend pas. Il se trompe. Ça va être l’horreur ! Ces yeux trahissent ses sentiments. Il s’en veut ! Je lui fait de la peine, avec ma pauvre mine. On avait pourtant dit qu’on recommencerait pas… On a recommencé ! Et c’est moi qui vais en payer le prix. Il le sait. Il a envie de dormir, mais il attend avec moi. Il sait qu’il pourra dormir plus tard, dans la journée. Il ne bosse pas, le lundi, LUI ! Il sait que moi je ne pourrais pas me poser une seconde, et ça le tourmente.
Le weekend a hébergé nos excès, comme à l’accoutumée. La nuit a été blanche. Nous avons attrapé le temps, traqué la moindre minute, volé quelques heures au sommeil qui en est trop gourmand. Le sommeil se vengera !
La nuit a été douce et morose à la fois. Les bras étaient chauds et accueillants, les paroles tendres, mais la menace de la séparation prochaine planait a dessus de nos tête, avec celle de la culpabilité… ça va être dur, au matin…
Le matin est arrivé trop vite, comme chaque lundi. A cinq heures, ses bras ont dû me délivrer et céder leur place à l’eau de la douche qui ne m’a même pas donné le coup de fouet espéré. Après un café terminé à la hâte en attachant nos manteaux, nous sommes partis. Nous avons adopté cette gare, qui a l’avantage de nous offrir dix bonnes minutes supplémentaires, par rapport à celle de Nogent. Dix minutes, quand on est toujours à la bourre, ça compte ! Le silence était pesant et oppresseur, dans la voiture. Malgré tout, j’aurais aimé que la virée ne s’arrête pas. Foutu ! La gare est là, et dans dix minutes mon train m’arrachera à lui sans scrupules. Maudit TER du lundi matin…
Je monte le cœur lourd, et après une dernière caresse. Le train part et moi, assise, je me noie dans le supplice qu’il m’inflige. Que je m’inflige ! J’ai le cœur lourd, les paupières aussi. J’ai un peu mal à la tête. J’ai envie de pleurer. Je ne m’endort pas dans le train. J’y arrive pas. J’arrive à Montparnasse la tête en vrac, après l’enchainement de toutes ces gares que je connais par cœur. Je me fait violence pour ne pas jeter un œil aux horaires des TER Paris-Le Mans, et je descend dans le métro, direction grenelle, en ne rêvant qu’au weekend passé et en imaginant le prochain.
La journée sera dure. La semaine sera douloureuse, malgré les abus d’appels téléphoniques.
Heureusement, cette gare, c’est aussi celle des vendredi soir, ou le train prenait toujours un retard qui n’était certainement fait que pour accentuer délicieusement notre impatience.
On ne retenait aucune leçon des lundi périlleux. Le weekend qui s’annonçait, on le passerait encore en veillant à l’extrême… bien au delà du raisonnable.
Hé ? Manu ? ça fera bientôt sept ans, tu te rends compte ?
Dis ? Manu ? C’est quand qu’on se sépare pour de faux ? Pour le bonheur de se retrouver ?
Il faut avouer que maintenant, la perspéctive d'une nuit blanche est peu réaliste...
Commentaires
J'ai toujours envie de pleurer dans les gares comme au théâtre ou à un concert. Je ressens par milliers les émotions qui erren dans ces lieux.
On a envie de lui déposer un bisou sur le bout du nez en passant.... Mais non pas à Manu... je ne me permettrais pas.... Non, mais au capitaine, oui!
Je ne supporte pas les adieux même s'ils ne sont pas définitifs. J'ai une boule dans la gorge et mes yeux me trahissent.
Mais c'est vrai Val que ce sont de beaux souvenirs pour vous deux... :)
Quant à la diapo : doux moment de la sieste avec papa ! quelle chance ..
Oh, Aude, moi aussi les concert me font cet effet là...
Tilu, je suis certaine que Manu aussi prend les bisous sur le bout du nez ;). Bisous :D .
Moi aussi, Brigou, je deteste les adieux et les "au revoir". ça fait de la peine...
La petite image volée, c'était hier soir ;).
Des gares, des séparations, des retrouvailles... ça me replonge dans des souvenirs aussi douloureux que ceux que tu racontes.... Cette ambiance lourde des lundis matins est tellement bien décrite que j'ai eu l'impression de les revivre.... Un petit bisou pour le petit bout et un pour toi aussi....
Val... On ne t'a jamais dit qu'il était dangereux de jouer avec les bougies !....
Miss-ter, je ne joue pas, j'ai choisi le destin de martyre.
Merci pour les bisous :D
Fondante et un peu surette à la fois ta madeleine, mais surtout remplie de saveur... et puis, maintenant, la douceur de partager des instants volés, ça n'a pas de prix.
Attends un peu que Manu te filme en train de dormir, a ronfler, la bave aux levres!! et puis qu'il mette ca sur YouTube!! je vais bien me marrer!!
...après une dernière caresse le train part...
Oh ça ! c'était il y a longtemps ! Quand les trains s'appelaient Micheline.
Vous ne dites pas qui caressait le train !
Qu'il est beau ce tit bonhomme.....
Ondine, Surette? Vrai? C'est mon inconscient, alors... ;)
Janeczka, si je savais que ça le contrarierait, je ne le ferais pas...
POur que Manu me filme, il faudrait qu'il soit éveillé quand je dors. Pour cela, il faudrait que je sois malade.
Mais...ça serait de bonne guerre, c'est vrai!
Papistache, je n'ai jamais écrit "après une dernière caresse le train part". Si, si! relisez!
Klo, merci :D
'et après une dernière caresse. Le train part'
Dixieme paragraphe!
Je monte le cœur lourd, et après une dernière caresse. (point !!!)
Le train....
C'est pas tout à fait comme :
Après une dernière caresse le train part.
SI?
J'supporte pô d'être séparée de mon JF et pourtant...
Qui sait, de bons souvenirs pour plus tard? J'en doute!
Sont mimis tes z'hommes à la sieste.
Sourire
Vanina
Oh ! Val ! J'avais vu le point. J'ai pensé à un lapsus clavis.
Votre phrase est tellement plus jolie ainsi :
Je monte, le cœur lourd ; et après une dernière caresse, le train part, et moi, assise, je me noie dans le supplice qu’il m’inflige.
Bien sûr, j'ai dû ajouter quelques virgules. mais c'est vraiment une jolie phrase.
Je ne sais pas pour vous, mais moi, je passe mon temps à réécrire les passages que j'aime chez tel ou tel. Je tords les phrases, les découpe, les rassemble, les modèle, les fais miennes puis les remets en place en refermant le livre.
Bien sûr que vous n'avez pas caressé le train. Mais, moi, lecteur, en vous lisant, j'ai pensé aux conducteurs de locomotives et à leur relation passionnelle avec leur machine. Tant pis, tant mieux, fallait pas écrire ça. Vous avez déclenché la machine à rêves. Ma machine à rêves. Je prends votre texte et j'en fais autre chose, parce que ça me fait du bien à moi.
Fallait pas écrire une si jolie phrase. C'est de votre faute. Ne faites plus de jolies phrases si vous ne voulez pas que je vous les emprunte pour nourrir mon imaginaire.
Rançon du talent. Faut raquer Val ! Faut raquer ou faut se défausser.
Vous avez compris que j'ai aimé votre texte. Fallait pas m'obliger à vous faire des compliments.
En fait, ce que j'écris là, c'est déjà ce que je disais tout à l'heure avec la Micheline mais juste avec plus de mots. Juste avec plus de mots, Val.
Si ça vous gêne les compliments, ne lisez pas mon commentaire.
Si vous l'avez lu, oubliez-le !
oh! qu'il est joli ce texte, Val. tout en douceur, avec ce petit soupçon de nostalgie qui nous prouve bien...que toi aussi tu vieillis :))
Si, si, quand on commence à écrire des textes qui enjolivent le passé, c'est foutu;))
Sans rire, je l'aime beaucoup ce texte très tendre et poudré du voile du souvenir.
Vanina, justement Manu m'a dit:
"ça va pas? On a detésté cette periode... rapelle-toi! "
Et c'est vrai! J'ai pas qu'on soit séparés.
Quand nous avons changé de région, Manu est parti seul dans un premier temps. Je devais le rejoindre plus tard avec bébé-Gaby. J'ai pleuré comme s'il partait pour le front ;).
Ah! Papistache! C'est une jolie phrase parce que vous y avez ajouté un ingredient magique, certainement...
Mes livres sont plus sympas que les votres: dans les miens les mots se remettent en place tout seuls, quand je les referme :D .
Papistache, en vrai, je les aime bien, vos compliments. Imaginez un grand chef à votre table enthousiasmé par votre soupe au pistou (la votre! Un chef!).
Ah oui? Fabeli? C'est foutu? C'est l'âge?
Vrai que pour la passion fusionnelle, je veux dire, fusionnelle et exclusive, et tout ce qu'on voudra, c'est foutu. Tant pis, restent les souvenirs, bons et moins bons...
Non, mais qu'est ce que tu me fais dire, toi!?
Ah folle jeunesse qui use et abuse de ses week end!
Tu me donnes envies d'être jeune! (il n'est peut-être pas trop tard!)
Bise
Catherine, je pense qu'on peut user et abuser de ses weekends à tout âge ;).
C'est exprimé avec une telle beauté, ton texte m'embarque dans le monde des songes... dommage, parce qu'à priori à 8h du mat' au boulot, on n'est plus censé rêver... quoique...
Souviens-toi toujours de ces instants volés avec ton chéri. Et à la moindre occasion, n'hésitez pas à vous revoler un week-end ainsi, c'est vital. Bises pour la journée
P.S.: La réponse à ta question plus tard, en privé...
Courage, Laura, (dit-elle alors que chez elle c'est férié) ;).
Pour ma question, c'était avant tout de la curiosité et je ne t'oblige pas à y répondre. Bisous.
Quel courage tu as eu ! c'est pas normal de souffrir comme ça pour gagner sa vie :)
Le travail n'est plus une valeur pour moi, surtout aujourd'hui où la valeur ajoutée est dans la spéculation et dans l'escroquerie, et non plus dans le travail. Me décarcasser pour engraisser des voleurs : non merci !
ppm00, et le pire, c'est que j'etais étudiante, et que je ne gagnais... rien ;).
C'est pas humain. J'espere que jamais je n'aurais à le refaire (me separer de lui, par travailler hein? ).
Jolie histoire ! Ca me rappelle mon mari et moi au début : lui dans le sud, moi à Paris ! Ah ces heures de train !
Oui, les heures de train...
Moi, c'etait court... moins de 2 heures... mais répétés très souvent!
Joli texte, mais je ne suis pas un bon juge, j'adore tout ce que je lis chez toi !
Et puis tous ces souvenirs qui remontent... Nous, c'était Paris-Roubaix, et heureusement, ça n'a duré qu'un an, c'était douloureux et en même temps le début de notre histoire, et donc le bonheur à chaque minute...
C'était il y a 10 ans... Et c'est vrai que maintenant, il faudrait parfois qu'on se force à se séparer, oh, pas longtemps, pas loin, mais juste pour se manquer un peu, pour chercher le creux et le chaud de l'autre sur l'oreiller, sa respiration, son odeur, et pour oublier quelques instant les 3 adorables stroumpfs qui remplissent notre vie...
Liliba, je suis toujours flattée par ce genre de complment. Flattée et surprise que mes petits textes plaisent.
Paris-Roubaux? Ne me dis pas que vous faisiez la route en vélo ;).
Pas en vélo, non, le quai de la gare de Roubaix à 6h23 le lundi matin était vraiment trop... trop... enfin bref, je m'en souviendrai toute ma vie !
Ce sont des choses que l'on oublie pas ;) .
beaujour VAL
va falloir que je sois plus régulière parc'que je crois en avoir raté pas mal....
vive le portable que l'on peut emmener sous le pommier à l'ombre d'une sieste normande.
bisous
Rsylvien quand on profite du beau temps en famille, on ne rate rien ;). L'essentiel est ailleurs que sur mon blog.
Di-moi... on pourra peut être enfin se voir, cet été?
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