08 mai 2008
J’avais encore jamais pensé à…
Acte I scène 1
Un salon gris à la décoration épurée et inusitée.
Un homme est assis sur la banquette en acier, entre deux coussins de caoutchouc noir. Une femme lui tourne le dos et regarde par l’unique fenêtre grise en forme de poire.
Jean- Arrête donc de t’obstiner ainsi. Il n’y a rien derrière cette fenêtre. Viens t’asseoir…
Lise- Nous n’aurions pas dû accepter…
Jean- Avait-on d’autre choix ?
Lise- J’aurais peut-être pu retrouver un emploi, et nous aurions déposé un dossier de surendettement. On aurait vendu la maison. Qu’importe !
Jean- Arrête de te faire du mal, Lise… viens t’asseoir. Tu sais très bien qu’il n’y a pas de travail. Il n’y avait pas de meilleure solution. Tu le sais comme moi. Un an, c’est vite passé, Lise. Après, notre vie reprendra de plus belle. En mieux !
Lise- Jean, je te préviens ! Je ne vais pas tenir un an dans cette cage ! Plutôt mourir ! Ce lieu va me rendre folle, Jean. Fais quelque chose !
Jean- Nous avons signé, Louise… c’était bien précisé sur le contrat, qu’après être entré ici nous ne pourrions plus faire marche arrière.
Les yeux de Lise se ferment lentement, puis elle cache son visage de ses deux mains.
Acte I scène 2
Les deux personnages assis l’un en fasse de l’autre à une petite table grise, sur laquelle deux verres d’eau sont posés.
Lise- J’ai faim, Jean…
Jean- C’est tout à fait impossible !
Lise- Non. Je n’ai pas faim dans ma chair. J’ai juste envie de… manger, ne serait-ce qu’un trognon de pomme. Ne peut-on pas demander une pomme ?
Jean- Pas de nourriture. C’était bien clair dans le contrat. Fais comme moi, Lise. Pense à un plat savoureux à chaque fois que tu avales ton comprimé coupe-faim, et que tu bois une gorgée d’eau tiède.
Lise- (haussant la voix) C’est pire ! Je ne peux pas, Jean ! Je ne peux pas ! J’ai besoin de gout ! Si au moins ils nous donnaient de l’eau glacée, parfois…. Ou même de l’eau chaude, pour changer ! Je n’en peux plus, de cette eau tiède, toujours servie à la même température, toujours bue à la même heure, dans les mêmes verres gris ! Je ne tiendrai pas…
Jean- Calme-toi, Lise ! A notre sortie, je t’offrirai un dîner dans le petit restaurant, face à la mer, à Vannes. Tu te souviens de leur merveilleux fondant au chocolat ?
Lise- C’est toi qui as raison, Jean. Pensons plutôt à l’avenir… Pardon de m’être emportée. Je suis trop faible…(léger sourire)
Acte I scène 3
Tous deux étendus sur le canapé en acier gris, déplié en lit. Leur tête reposant sur des oreillers en caoutchouc noir. Ils portent les mêmes survêtements gris que dans les scènes précédentes. Il n’ont pas de couvertures.
Jean- (se rapprochant de sa compagne) On pourrait peut être profiter de notre enfermement pour nous distraire un peu, non ? Depuis combien de temps on ne s’est pas retrouvés tous les deux étendus dans un lit sans avoir sommeil ?
Lise- C’est pas le moment, Jean. Comment peux-tu penser à ce genre de choses dans ces conditions ? Je voudrais tant dormir…
Jean- ( qui se redresse) Elle veut dormir ! Madame veut dormir ! Moi aussi, figure-toi, je voudrais dormir ! Je me garde bien de t’en faire part. A quoi bon ? Arrête donc un peu de te plaindre, Lise. Tu rends la chose encore plus pénible. Si des pilules contrarient nos besoins de sommeil, aucune ne diminue nos appétits … C’est la seule distraction à laquelle nous avons droit, Lise. Je te proposais ça pour, disons, oublier un peu cet appartement le temps d’une étreinte…
Lise- (qui s’assied elle aussi) Pardon Jean. Ce soir … est-on vraiment le soir ? Comment savoir si nous somme la nuit ou bien le jour, avec cette lumière qui ne varie jamais ?... Ce soir j’ai pas envie.
(Ton implorant) Comment pourrait-on avoir envie de quoi que ce soit dans ces conditions ? Tout est gris, ici, Jean. Gris pâle, gris foncé, gris moyen, ou noir ! Les meubles sont gris. Les murs sont gris. Les verres sont gris. Nos vêtements sont gris et uniformes. La température ambiante ne varie jamais. L’eau est toujours tiède. Les pilules qu’on nous fait prendre n’ont pas de gout. Le savon n’a pas d’odeur. Tout est bien trop morne !
Jean- C’est bien ce que j’essaye de te dire, Lise. Le plaisir de la chair est notre seule distraction. Nous n’aurons pas d’autre réjouissance que celle-ci. Et tu voudrais nous en priver ?
Lise- (se lève d’un bond) Ne cherche pas à me culpabiliser ! C’est déjà assez difficile comme ça (Elle pleure et s’énerve en marchant). Qui a eu cette idée débile de venir passer un an ici ? je t’écoute ! QUI ? Qui nous a entrainé dans cette prison ? Qui a pris cette brillante initiative ? Réponds ! Aller, réponds !
Jean- (chuchotant) Voyons, calme-toi… Je t’en supplie. Calme-toi !
Fin du premier acte