09 mai 2008
D'amour et d'eau tiède, donc... (partie 3)
Acte III scène 1
Lui sort de la douche grise, et s’essuie le corps avec une serviette éponge grise. Elle se regarde dans le miroir non loin de lui.
Lise- C’est terrible, de se regarder dans le miroir sans pouvoir ni se coiffer, ni se maquiller.
Jean- (ironique) Tu imagines, un peu, le temps que tu gagnes ?
Lise- (se tourne pour lui faire face) Le temps que je gagne sur mon ennui, tu veux dire ?
Jean- Arrête un peu de te plaindre, et viens contre moi…
Lise- Pourquoi n’y a-t‘il pas le moindre rasoir, ni même une pince à épiler ? Ils ont eu peur que l’un de nous se suicide, ou quoi ?
Jean- Ils ont eu peur qu’on s’entretue, je pense…
Lise- (rire narquois). Qu’on s’entretue ? Avec une pince à épiler ? IL y a mieux, pour un commettre un meurtre, non ?
Jean- Pas ici.
Lise- Hein ?
Jean- j’ai dit : pas ici ! La table et le canapé sont si lourds qu’on ne peut les soulever. Nous n’avons ni couteaux, ni fourchettes, ni même un morceau de ficelle. Nos gobelets sont en aluminium. Il n’y a même pas de lavabo, c’est pour dire… On peut attendre longtemps avant de noyer quelqu’un sous le jet de la douche… Le pire, c’est qu’avec cette eau toujours tiède, on ne pourrait même pas l’ébouillanter.
Lise- (air inquiet) Tu as déjà pensé à tout ça ?
Jean- J’y pense parce que m’en parles, Lise.
Lise- Tu me fais peur… (silence songeur)
Jean- Mais enfin, Lise, crois-tu que j’ai envie de te tuer ? Je plaisantais. (sourire)
Lise- Je ne le prétends pas, mais tout porte à croire que ça t’a traversé l’esprit au moins une fois !
Jean- Tu deviens folle ! Si je voulais te supprimer, il me suffirait que ton crâne heurte un coin de la table (sourire). Paf !
Lise- Arrête, Jean, t’es pas drôle.
Jean- J’arrête ! Je voulais détendre l’atmosphère. Loin de moi l’idée de te faire peur. J’ai été bête. Pardon. Allez, viens contre moi…
Acte III scène 2
Assis sur le canapé, enlacés.
Lise- Dis-moi… ou voudras-tu vivre, après ? Je veux dire… quand nous serons sortis de là ?
Jean- Peu importe. Je n’y ai pas vraiment réfléchi. Mais tu as raison ! Occupons donc notre temps à prévoir la nouvelle vie qui nous attend derrière.
Lise- Moi, j’avais pensé à la Corse. Ça nous changerait de Paris. Qu’en penses-tu ?
Jean- Et ta Bretagne natale ?
Lise- Aurons-nous assez d’argent pour y construire une maison de vacances ?
Jean- Tu parles, si nous aurons assez ! Tu plaisantes ? Avec l’enveloppe qu’on va toucher, on pourrait acheter une maison dans chaque département, et il en resterait encore pour toutes les meubler ! ET là, tu te diras qu’on a bien fait de se laisser enfermer ici. C’est quoi, un an ? Si après la vie nous donne tout, en échange ?
Lise- Oui, tu as sans doute raison… Tu crois qu’on devra quand-même retravailler un jour ?
Jean- Non ! Nous serons conseillés concernant les différents placements. Même nos enfants n’auront pas à travailler, Lise.
Lise- Si on en a un jour…(air triste)
Jean- On en aura ! Tu verras ! Les médecins ont dit que nous n’avions rien, Lise. C’était juste les soucis. Oui, les soucis… Tout ira mieux à notre sortie. Je te le promets.
Lise- J’espère que tu as raison…
Une sonnerie stridente retentit
Jean- Ah ! L’heure de la pilule !
Lise- Allons-y ! Un festin nous attend…
Ils se lèvent.
Acte III scène 3
Elle, assise à la table et lui faisant les cent pas au travers de la pièce.
Lise- (implorante) Viens t’asseoir, Jean ! Tu me donnes le tournis.
Jean - J’en ai mare, de sans cesse devoir m’asseoir, figure-toi . J’ai besoin de me dégourdir les jambes.
Lise- ça fait une heure que tu tournes en rond dans cette maudite pièce ! Tu m’agaces !
Jean- (arrête de marcher et la regarde droit dans les yeux). C’est réciproque, Lise !
Lise- (indignée)Comment oses-tu ?
Jean- Comment j’ose ? Je vais te le dire, comment j’ose ! J’ai besoin d’air, Lise ! J’ai besoin que tu me laisses respirer. Tu épies et commentes chacun de mes gestes. Je ne supporte plus de t’entendre me donner des ordres. Je ne supporte plus de t’entendre te plaindre sans cesse. J’ai besoin d’être seul, Lise, tu comprends ?
Lise- (nerveuse) Eh bien vas-y ! Vas-y, si tu ne peux plus me supporter ! Je ne te ferais même pas l’affront de te supplier ! Vas-y, qu’est ce que tu attends ? Appuie sur ce maudit bouton ! Vas-y !
Jean- C’est ridicule !
Lise- Je le sais, que tu en mœurs d’envie. Qu’attends-tu ? Que je te tourne le dos ? Tu serais si lâche que ça ?
Jean- Tais-toi, Lise ! Vas te reposer un petit peu. Vas prendre une douche, et essaye de te détendre. C’est insensé…
Lise- Excuse-moi, Jean. (tremblante) Cet endroit me rend folle. Je ne sais plus ce que je dis. Si je savais combien de temps il nous restait à tenir, je tiendrai mieux le coup. Mais là…
Jean- Rappelle-toi : le bonheur est au bout, Lise ! Il ne faut surtout pas les laisser gagner. Notre amour est plus fort que leurs théories. Si un jour l’envie d’appuyer sur le bouton te démange, penses-y, Lise ! Repense à tous nos projets. Repenses à notre couple, à toutes les épreuves que nous avons traversé par le passé…
Lise- J’ai pensé à tout, déjà, Jean : j’ai pensé à me laisser mourir de faim, j’ai pensé à hurler, à te frapper, à pleurer… mais jamais, O grand jamais je n’ai pensé au bouton.
Jean- (tout bas) Je t’aime, Lise.
FIN DE L'ACTE III
Faudrait peut-être que je trouve un titre?
Acte II scène 1
Tous les deux assis en tailleur sur le canapé gris. Mêmes tenues, même décor.
Jean- (doucement) Tu portais ta robe rose pâle, celle avec des bretelles en fine dentelle. Tu respirais la joie de vivre. Tu te souviens comme nous étions amoureux et insouciants ?
Lise- (souriante et enthousiaste) Oui, je m’en souviens. (soupir) Que c’est bon, quand tu me parles du passé… Tes histoires d’avant nous font passer le temps. Merci pour ce moment de détente. (soudain plus lucide) . En parlant de temps, as-tu la moindre idée de la date ? Sais-tu à peu prés depuis combien de temps nous sommes enfermés ici ?
Jean- Je n’en sais rien. J’ai envie de dire plusieurs mois, mais il est possible que ça ne fasse que quelques semaines. Nous aurions du compter des sonneries qui nous signalent les moments ou nous devons avaler nos pilules. Mais... ne t’en fais pas. Ils nous ont dit de ne pas nous en préoccuper. Quand ça fera un an, ils viendront nous chercher.
Lise- Et si l’un de nous deux tombait malade ?
Jean- Tu sais parfaitement que c’est impossible. Ils ont pris toutes les précautions pour ne pas que ça se produise. Souviens-toi tous ces tests, tous ces vaccins, et puis les antibiotiques que nous prenons chaque jour… Je crois même que l’appartement est stérilisé.
Lise- Pauvre de nous… je crois que...je préférerais tomber malade. Et… si l’un de nous arrêtait de prendre toutes ces pilules ? Plus de pilules qui nourrissent, plus de pilules qui reposent, plus d’antibiotiques universels. Rien ! Une grève de la faim ! Que se passerait-il ?
Jean- N’y songe même pas Lise. Tu sais bien que personne ne viendrait te sortir de là. Ils ne nous voient pas. Ils ne nous entendent pas. Le seul lien qui nous relie à eux est le bouton. Il n’y a que moi qui pourrait te sortir de là, en le pressant. Mais… tu connais la règle… Si ta vie était en danger, je n’hésiterais pas une seule seconde.
Lise- (soupir) Oui, Jean, je le sais. Ne t’en fais pas, je ne gâcherai pas tout.
Acte II scène 2
Lui est assis à la table grise, et elle fait les cent pas.
Lise- (agacée) Si seulement on avait un livre ! Ne serait-ce qu’un livre ! Pour deux ! Oh, je n’ai pas le culot de vouloir une télé, ou un poste de radio ! Mais un livre ! Même un mauvais, qu’importe… On pourrait le lire et le relire, et en parler ensemble! Même pas ! Si seulement j’avais ne serait-ce qu’un stylo ! Même sans papier ! J’écrirais sur le papier de toilette gris !
Jean- (soupir) Lise, tu avais promis…
Lise- Je sais, Jean ! J’avais promis de ne pas recommencer ! Mais c’est plus fort que moi. (hausse le ton) Tu comprends, ça ? J’en peux plus, Jean ! Je n’en PEUX PLUS ! J’ai envie de boire un café le matin. J’ai besoin d’un cigarette après déjeuner. Je rêve d’avoir sommeil. J’aimerais pouvoir téléphoner à quelqu’un, même à mon pire ennemi. (chuchotant) Je vais devenir folle.
Jean- De quoi as-tu envie de parler, Lise ? Bavardons ! C’est l’une de nos seules distractions possibles…
Lise- Je voudrais qu’on comprenne ensemble les raisons qui nous ont conduit jusqu’ici.
Jean- (irrité) Tu ne voudrais pas un peu parler d’autre chose, pour changer ?
Lise- Non, Jean. J’ai besoin de comprendre…
Jean- Soit ! Allons-y ! Tu les connais comme moi, les raisons, Lise ! A cause de ta dépression, tu as perdu ton job. La maison n’était pas finie de payer. Tu as recherché un autre emploi, en vain. Je ne gagnais pas assez pour nous faire vivre tous les deux, et payer les factures, les crédits. C’est allé crescendo. Les dettes se sont accumulées. La pile des factures à enflé. Puis, la menace des huissier, la banque qui appelait chaque jour, les chèques sans provision, la carte bleue avalée. C’est ça que tu veux entendre, Lise ?
Lise- ça n’explique pas ce qu’on fait là !
Jean- (nerveux) Qu’est ce que tu aurais préféré ? Que la maison soit saisie ? Qu’on soit surendettés ? Qu’on vende les meubles ? La voiture ? Ton alliance ? Tu aurais fait le trottoir, peut-être ? Arrête avec ça, Lise ! On avait pas de meilleure solution ! On a fait le bon choix, crois-moi !
Lise- On aurait pu repartir à zéro… Peu importe ce qu’on possède, tant qu’on est ensemble…
Jean- (sourire en coin) Et c’est toi qui dit ça ? Et ici, alors ? On est ensemble, n’est ce pas ? Et tu pleures pour qu’on te donne un livre !
Lise- Ici, c’est pas pareil…
Jean- (retrouvant son calme) Allez, restons-en là. Pensons à l’avenir, maintenant. Repartir à zéro, c’est ce que nous allons faire, chérie. Mais en mieux !
Lise sourit
Acte II scène 3
Etendus sur le canapé lit, nus, dans les bras l’un de l’autre…
Lise- Au moins, ça, ils ne peuvent pas nous l’enlever …
Jean- Je te préfère comme ça, Lise.
Lise- (sourire) Ils voulaient nous couper du monde des plaisirs, et celui-là, ils y ont pas pensé ! Tu crois qu’on a pas de pilules qui coupent la libido parce qu’ils ont oublié ?
Jean- Non, Lise. C’est volontaire.
Lise- Je pensais qu’ils voulaient nous empêcher d’avoir la moindre distraction pendant un an !?
Jean- (se racle la gorge) C’est pas tout à fait ça…
Lise- Ah oui ? Et c’est quoi, alors ?
Jean- Tu l’as entendu comme moi, lors des rendez-vous pré-enfermement !
Lise- J’étais tellement résignée et abattue que.. (pensive). Redis-le moi…
Jean- Nous sommes les cobayes d’une expérience tendant à prouver que l’amour ne se suffit pas à lui-même.
Lise- C’est à dire ?
Jean- C’est à dire que nous sommes enfermés là dans le seul but de démontrer qu’on ne peut pas vivre d’amour et d’eau fraiche.
Lise- Mais.. nous ? On le peut, n’est ce pas ?
Jean- (doucement). Oui, nous, on le peut. Et on va leur montrer qu’ils se trompent !
FIN DU SECOND ACTE
PS: Et demain? C'est samedi! Et le samedi, c'est le jour du défi! Cette semaine, une petit fille parle aux oies... Il n'est pas trop tard pour envoyer votre participation...