Val ...

Que c'est dur de trouver une description à la fois courte, attractive et de qualité. J'sais pas faire...

10 mai 2008

D'amour et d'eau tiède (suite et fin)

Acte IV scène 1

Tous les deux assis dans le canapé

Lise- (en larmes) Presse ce bouton, Jean. Je t’en supplie… Je n’y tiens plus ! Si seulement j’avais une idée du temps qu’il nous reste à tenir… Mais là, je ne peux plus !

Jean- Ce serait trop bête de tout bousiller sur un coup de tête , Lise.

Lise- Ecoute… Et si l’un de nous appuyait sur le bouton, et, une fois dehors, envoyait la moitié de ses gains à l’autre ?

Jean- Tu connais la règle, Lise !

Lise- (sûre d’elle) Je la connais ! IL n’est écrit nulle part que nous ne pouvons pas partager.

Jean- Et après ? Qu’est ce qu’on fait, chacun de notre côté, pendant dix ans ?

Lise- On s’attend !

Jean- Ici, tu ne supportes même plus l’attente. Et tu me dis que tu m’attendras dix ans ? Tu sais qu’on ne peut avoir aucun contact, sous peine de devoir tout rembourser ?

Lise- Je le sais. Je le sais mais j’en peux plus, Jean ! C’est pas humain, de rester ici. Je ne tiendrai pas un jour de plus.

Jean- Tu te souviens de ce qu’on s’était dit ? Que notre amour serait plus fort…On s’était dit qu’ils se trompaient, Lise, que nous tiendrions sans problème, qu’un an c’était vite passé, qu’ils se mettaient le doigt dans l’œil, avec leur stupide théorie. Tu as oublié ?

Lise- Non, Jean. Je n’ai pas oublié. Mais c’est nous qui nous sommes trompés. Ils ont raison, Jean ! L’amour, même fort, ne suffit pas. Et tu le sais comme moi. On ne peut pas vivre sans autre plaisir que celui d’être ensemble. C’est tout à fait impossible. On a été trop naïfs, Jean ! On s’est crus plus forts que les autres, plus amoureux. On a surestimé notre amour, j’en ai bien peur.

Jean- Dois-je comprendre que tu abdiques ? Tu renonces à notre couple ? Il ne vaut pas un an de sacrifice ?

Lise- Je ne renonce à rien, Jean. Appuie sur le bouton. Une fois dehors, tu me feras parvenir de quoi vivre. Dans dix ans, l’interdiction sera levée, et nous reprendrons tout à zéro.

Jean- Tu es folle…

Lise- Je voudrais juste que tu y réfléchisses…

Acte IV scène 2

Lui est allongé sur le canapé lit, elle est debout, le front collé à la fausse fenêtre.

Jean- Tu n’as pas dit un mot depuis des lustres.

Lise- Je croyais que tu voulais la paix ?

Jean- Arrête tes sarcasmes !

Lise- (agitée) Ah ! Tu vois ? Quand je dis un mot tu me demandes d’arrêter !

Jean- Je te demande d’arrêter cette mauvaise foi, pas de ne pas parler !

Lise- Ma mauvaise foi ? Et la tienne, alors ? (plisse les yeux) As-tu réfléchi, Jean ?

Jean- (soupir) Ne recommence pas …

Lise- Qu’a- t’on fait, ces dernières vingt quatre heures ? Hein ? Et celles d’avant ? Je t’écoute ! Qu’a-ton fait ? Et la semaine dernière ? Et le mois dernier ? Que ferons-nous demain ? Et après demain ? J’étouffe, Jean !

Jean- (se lève, marche en sa direction et lui caresse les épaules). Si ça se trouve, il ne nous reste que quelques semaines. Tu imagines ? Tout gâcher pour quelques semaines ?

Lise- (se dégage de l’ étreinte) Mais ça fait des jours que tu me dis ça, Jean ! Voire peut-être des mois ! Si ça se trouve on se plante, et il nous reste encore plusieurs mois à tenir, Jean. Et cette idée m’est insupportable. (chuchote, le regard hagard) Insupportable…

Jean- Soit ! (lui prend la main et la conduit brutalement jusqu’au mur opposé). Vas-y, alors ! A toi l’honneur ! Appuie ! Vas-y ! Puisque tu n’en peux plus ! Puisque tu ne peux plus me supporter ! (hurle) Presse-le, ce putain de bouton, Lise !

Lise- (en pleurs)Non… Pas comme ça, Jean.

Ils s’enlacent calmement.

Acte IV scène 3

Etendus sur le lit, dans les bras l’un de l’autre.

Lise- Crois-tu qu’on prend la bonne décision ?

Jean- Mais c’est toi qui…

Lise- Je sais ! Je n’y tiens plus, ici, Jean ! Je pense que nous faisons le bon choix…

Jean- Si tu le dis…

Lise- Tu n’en est pas certain ?

Jean- J’ai le sentiment que nous aurions pu tenir encore.

Lise- Pas moi !

Jean- Mais tu vas mieux, depuis quelques repas…

Lise- Je vais mieux parce que je sais que la fin est proche.

Jean- Tu vas mieux à l’idée de ne plus devoir me supporter ?

Lise- Ne soit pas bête…

Jean- Avoue quand-même que tu es soulagée à l’idée que nous sortions d'ici l'un sans l'autre ?

Lise- Je suis soulagée à l’idée de sortir d’ici tout court. J’aurais préféré que l’on sorte ensemble, main dans la main, mais je n’en peux plus . Si nous restons, je vais devenir folle.

Jean- C’est ta décision. Tu es prête ?

Lise- Non, attends ! Je veux encore profiter de toi un peu. Promets-moi d’abord de ne pas m’oublier…

Jean- Je te ferai passer de l’argent liquide par ma sœur. Elle te contactera pour te verser une pension chaque semaine.

Lise- Je ne te parlais pas d’argent…

Jean- Je patienterai, Lise. Je penserai à toi chaque jour. Tu auras de mes nouvelles par ma sœur. Elle sera notre messager.

Lise- On ne pourra même pas s’appeler, ou s’écrire ?

Jean- J’ai bien peur que non ! Tu sais bien qu’ils ne sont pas nés de la dernière pluie. Il y a trop d’argent en jeu. Ils nous surveilleront.

Lise- Dix ans, c’est…interminable !

Jean- Tu as le droit de changer d’avis, Lise. Dis-le si tu ne veux plus ! C’est maintenant ou jamais !

Lise- Non ! Je suis prête… Allons-y…

Ils se lèvent, se prennent par la main et marchent en direction du mur.

Ils s’arrêtent face au mur et se tournent l’un vers l’autre.

Lise- A dans dix ans, Jean.

Jean- A bientôt, Lise…

FIN DE L’ACTE IV

EPILOGUE

Même pièce, mais à la décoration différente. Meubles rouges, lumières tamisées, fond de musique classique. Sur la table en forme de cœur, une énorme coupe de fruits et un luxueux sceau à champagne.

Lise est assise sur un canapé rouge, entre deux coussins rouges en forme de cœur. Ses cheveux sont montés en chignon. Elle porte une robe de soirée rouge vif et très décolletée.

Un homme est debout, face à la fausse fenêtre rouge en forme de cœur. Chacun d’eux tient une coupe de champagne.

Lui- Avez-vous la moindre idée du temps qui s’est écoulé depuis notre entrée ici ?

Lise- Je vous conseille de ne pas y penser…

Lui- Nous aurions du compter le nombre de vaporisations de parfum d’ambiance. 

Lise- C’est inutile, vous savez ! Il n’y a aucune régularité entre chaque vaporisation.

Lui- Quel ennui !

Lise- Je ne vous le fait pas dire, mais je préfère que vous gardiez vos réflexions pour vous. Vous allez me faire déprimer. Racontez-moi plutôt quels circonstance vous ont conduit ici, ça nous fera passer le temps.

Lui- Je suis célibataire, et j’ai besoin d’argent. Je suis poète à mes heures, et le fait de pouvoir écrire sans être obligé d’aller travailler pour gagner ma vie me tente. Qu’est ce que c’est, une année, si toutes les autres ne sont que plaisir ?

Lise- Vous êtes poète ? C’est merveilleux… Vous me ferez lire vos poèmes ?

Lui- Je m’en ferais une joie. Et vous ? Quelles sont vos motivations ?

Lise- Moi ? (abattue) L’homme que j’aimais m’a trahie. Nous nous aimions, et puis l’argent lui a monté à la tête. Il m’a oubliée, me laissant sans le sou… J’ai un crédit immobilier à payer, et des dettes à rembourser.

Lui- Je vois… Je suis désolé de vous avoir posé cette question.

Lise- ça ne fait rien…

Lui- Ils jettent quand même sacrément leur argent par les fenêtres, dans ce labo (sourire).

Lise- Que voulez-vous dire ?

Lui- Qui peut être assez stupide pour penser qu’un homme et une femme qui ne se connaissent pas puissent tomber amoureux simplement en étant immobilisés dans un milieu propice ? (rire)

Lise- Et si leurs théories étaient fiables à cent pour cent ?

Lui- Vous plaisantez ? (Sourire) Avec tout le respect que je vous dois, et malgré le fait que je vous trouve tout à fait charmante, je doute que nous quittions cet endroit ensemble !

Lise- (comme pour elle même) Nous en reparlerons dans un an.

F I N

Posté par pitchval à 21:37 - Une simulatrice - Commentaires [27] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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