14 mai 2008
Seule
Il y a des jours ou je me sens bien seule… complètement isolée, en décalage avec le reste de mes semblables. Il y a des jours ou je me sens presque abandonnée, et ce mercredi était un jour de cette solitude détestée.
J’ai été seule toute la journée. Enfin, seule… avec les enfants !
Nous sommes entrés dans la période ou leur papa doit travailler beaucoup. Et nul besoin de la douceur des températures pour me le rappeler ! Son absence s’en charge. Il fait vide, à la maison…
Il fait vide dés le matin. Des obligations l’obligent à quitter femme et enfants à six heures. On se réveillera sans lui…
Il fait vide la journée. Evidement, ça ne change pas du quotidien, le vide de la journée, mais là, il est plus pesant qu’à l’accoutumée.
Et puis surtout, il fait vide le soir. Papa ne rentre pas avant vingt heures, le soir…
Et c’est long…Surtout que, il a tellement fait le vide, qu’il est vidé ! Une heure plus tard il sera couché . Et il fera vide jusque tard.
Alors, je sais que c’est nécessaire et inévitable. J’ai bien conscience que je suis loin d’être la seule à avoir l’impression de tout gérer à la maison. Souvent, je le vis très bien. Seulement, parfois, le vide est un peu plus lourd. Et là, mercredi, il a pesé dix tonnes.
On est mercredi et au réveil, Papa est déjà parti depuis longtemps. Tant pis, le matin, on est souvent tous très occupés. A midi, on mange tous les trois, et on en a l’habitude.
Mais l’après midi…
Ce mercredi après midi m’a étouffée.
Etouffer de solitude, c’est pas banal ! Pourtant c’est plutôt approprié. Un drôle de chagrin m’a étranglée. Les lutins dormaient, et moi, je me suis sentie énormément seule. Amèrement seule.
Oh, ce n’est pas une question de manque de tâches à accomplir. D’ailleurs, j’ai pas encore rempli les déclarations d’impôts, j’ai du linge à repasser en permanence et mes plantes en pot attendent leur nouveau terreau depuis des lustres. Non, ce n’est pas réellement de l’ennui…
Est-ce vraiment de la solitude ? On est trois, avec les lutins ! Comment oser prétendre qu’on est seule quand on a deux adorables bambins autour de soi ?
Non, c’est cette impression de désert à perte de vue… C’est le fait de savoir que quand il rentrera, vers vingt heures, et que je lui dirai bonsoir, ce sera le premier adulte avec qui j’aurai eu une conversation depuis la veille au soir.
Que dis-je ? Conversation ! Il sera crevé. Il parlera peu et pensera déjà à aller se coucher. Une heure après son retour, il sera couché…
C’est le fait aussi de diner seule avec les enfants, un peu fatiguée moi aussi de m’en être occupée seule depuis le matin.
C’est le vide !
Evidement, je ne supporte pas ces quelques mois aussi mal. Heureusement, parce qu’autrement …
Non ! C’est chronique !
Par exemple, je vais bien mieux le supporter les jours d’école, ou quand il fait beau, ou quand une amie passe, ou quand…
Ce mercredi, non ! Pas de ballade à la plage, ni de jeux au parc, ni de gouter dehors. Il a plu une bonne partie de la journée…
Le vide ! Le vide !
Et le pire (enfin, non ! Tant mieux pour eux !) c’est que j’ai l’impression que ce vide ne les atteint pas, les petits… Il se sont bien amusés, j’ai l’impression… Papa ne leur manque que s’il est absent au moment du coucher. Autrement, ils y pensent pas.
J’ai bien essayé de jouer avec eux, pour tromper mon vide…comme une petite fille mise à l’écart des groupes, dans les cours de récréation :
- Gaby ? Je peux jouer avec toi ?
- Oui, Maman.
- Tu joues à quoi ?
- Au chevalier vert !
- Tu m’expliques…
- Ben toi, Maman, tu cours et moi je cours derrière toi avec mon épée.
- Ah ! Tu veux pas plutôt qu’on fasse un puzzle ou de la peinture?
- Non ! Mais si tu veux on peut jouer à Spiderman .
J’ai tenté aussi avec Elisa, mais j’ai lu dans son regard méfiant :
« T’as pas intérêt de venir m’embêter, Maman ! ».
J’ai laissé tomber…
Le vide !
Le vide qui me fait penser, parfois, que si nous n’avions pas déménagé, ces jours là, je tuerais mon vide chez mon Papy, ou avec ma meilleure amie.
Le vide qui me fait regretter de ne pas vivre à coté de la famille, ni des amis proches, et de ne pas connaitre les voisins…
Le vide qui me ferait presque espérer que le facteur sonne pour apporter un colis, ou qu’un agent EDF passe relever le compteur…
Le vide qui me rend un peu inerte, et me laisse un mauvais gout de « journée pour rien »…
Le vide qui me fait dire que, sans le voir, je ne suis rien.
Pourvu qu’il fasse beau, ce jeudi ! Pourvu qu’il fasse beau… parce que je l’ai vaguement entendu parler de douze ou treize heures de boulot !
Bon, et puis, surtout ne faites pas attention à ses pleurnicheries !
Faut toujours qu’elle se fasse plaindre, celle-là ! C’est pas croyable…
Et croyez-moi, si vous rentrez dans son jeu, vous n’allez plus vous en sortir !
J’vous aurais prévenus…
Tanka d'une nuit d'ete
Une soiree d'ete
Dans mon hamac celeste
Je repose mon ame
Bercee par le chant des fees
Et les rires des etoiles.
A midsummer night's tanka
A summer evening
In my celestial hammock
I rest my soul
Lulled by the song of the fairies
And the laughters of the stars.