Cela fait maintenant 5 mois et demi que je vis avec l'angoisse.
Cela faisait 13 jours hier (je ne me prononce jamais sur la journée en cours) que – il me semble- je la « dompte » mieux.

Après 5 mois et demi, je ne sais plus si c'est elle qui est coincée en moi ou bien si c'est moi qui suis sa prisonnière. Toujours est-il qu'on est bien obligées de partager le même corps et le même esprit.
Comme deux détenues dans 7m2 de cellule.

On doit s'apprivoiser. Pas parce qu'on s'aime mais parce qu'on n'a pas le choix.
Et je commence à me faire à l'idée d'une peine lourde, peut-être, avec plusieurs années de sureté. Ou la perpétuité. Peut-être.
J'espère une remise de peine mais je ne sais pas si elle se produira. Je ne contrôle pas cette situation.
Pas complètement.

Évidement, 13 jours, c'est un record, en 5 mois et demi. Celui d'avant était faible, par rapport: 2 jours et demi.
Je ne dis pas que pendant ces 13 jours je n'ai pas ressenti l'angoisse. Je constate juste que je n'ai jamais été « à deux doigts d'une crise ».

Chaque jour, l'angoisse me laisse tranquille plusieurs heures, je peux l'oublier, faire ce que je veux...
Chaque jour aussi elle est là, je la sens venir, je l'anticipe, je la prévois (comme avant avec mes migraines). Et je la gère comme je peux, plus ou moins bien (je pense à autre chose, je lis, je cuisine, je patiente jusqu'à l'heure du médicament, je câline les enfants, j'ai une conversation avec quelqu'un... j'ai diverses techniques).

Elle est là mais, depuis 13 jours donc, sous une autre forme. Soit elle se lasse un peu et recule, soit c'est moi qui la vis autrement. Ou un peu des deux.

Maintenant, par exemple, je peux faire la queue au supermarché. Un peu. (Deux caddies devant, par exemple).
J'ai pu aussi prendre la voiture et conduire ma fille chez une camarade.
Je n'ai plus peur la veille d'aller manger chez quelqu'un.
Je peux rester seule. Surtout.

Je sais que si aujourd'hui n'était pas le 14eme jour, que s'il y avait un recul, il ne faudrait pas que je le vive comme une rechute. Je le sais. Et pourtant j'espère quand même que ça n'arrivera pas.