Il y a 6 ans, j’obtenais le sésame. J’étais pleine d’espérances parce que je crois en moi, et surtout parce que je crois profondément en l’être humain.
J’ai signé pour le sacerdoce et j’en ai été ravie. Une vocation, un appel. Païen.

Ma première mission, je l’ai accueillie comme un don du ciel. Et c’est encore le cas aujourd’hui. On est capable de déplacer des montagnes par amour, et de tout surmonter quand on nous le rend en amour.
J’ai connu aussi quelques désillusions, de petits échecs, des difficultés surmontables, lors d’autres missions, mais dans l’ensemble j’avais le sentiment de faire mon job, et de le faire bien.
Bon gré, mal gré, j’avançais pour les faire avancer. Dévouée, corps et âme, à ma mission, parfois au détriment de ma propre famille, j’avançais. Convaincue de faire au mieux.

Et puis elle est arrivée. Un après-midi de septembre, il y a plus d’un an. Le sept septembre 2016 a 16h exactement. Un an, et quatre mois précisément.J’ai compté les mois, j’ai compté les semaines et puis les jours. Parfois j’ai compté les heures et même les minutes qui me séparaient de son arrivée ou de son départ.

Et ma foi a été mise à mal. Vraiment mise à mal. Et j’ai compris les crises intérieures que pouvait provoquer le doute quand il s’installe dans le cœur d’un religieux.
C’était comme une torture intérieure. Un poison qui gangrène lentement le sacerdoce. Au plus profond de moi.
J’ai hurlé pour qu’il se taise. Je l’ai combattu de toutes mes forces.

Jusqu’au jour où il m’a terrassée. Je me suis avouée vaincue. J’ai rendu les armes. Et je me suis agenouillée.
Ces 16 mois m’ont donné une belle leçon d’humilité.
Mes épaules ne porteront pas à elles seules la misère du monde. Je le sais à présent.

Mais diable comme la séparation m’a libérée.
Elle est partie il y a deux jours...