LES COMMENTAIRES SONT OUVERTS.

JE NE COMPRENDS PAS POURQUOI ILS SONT FERMÉS PAR DÉFAUT À CHAQUE BILLET QUE JE POSTE. J’EN SUIS DÉSOLÉE. 

Élisa avait un livre à acheter pendant les vacances de Noël. L’Odyssée. Enfin une partie. Des extraits, quoi. Elle ne devait pas le lire pendant les vacances et c'etait tant mieux. Pour moi.

 

J'ai pris l'habitude de lire ou de relire tous les livres que les enfants de la maison ont à lire. Pour m'assurer que c'est fait, dans un premier temps, et puis éventuellement pour les aider ou répondre à leurs questions. Bref, pendant les vacances de Noël, j'ai déjà relu « Pierre et Jean » pour Gabriel, alors...

 

A la fin des vacances, ayant terminé Pierre et Jean, je lui ai demandé de me prêter son livre. Afin de m'avancer un peu.

 

Je n'ai jamais lu l’Odyssée. Pas même des extraits. Lorsque j’étais en sixième, on étudiait « Les lettres de mon moulin ». Je m'en souviens très bien puisque j’avais entrepris, le dimanche après-midi, d'apprendre le livre entier par cœur. Les dimanches après-midi d'enfant, chez mes grands-parents, c’était Jacques Martin... ou apprendre un bouquin par cœur. Le choix a été vite fait.

Je dois cela a Jacques Martin : une très bonne mémoire grâce à des heures d’entraînement.

 

Je me souviens donc que Elisa m'a passé son livre dans le week-end. J’étais assise dans le canapé au moment ou elle me l'a tendu. Je l'ai posé sur la table basse avec l'intention de l'ouvrir plus tard.

Je n'y suis pas revenue plus tard. J'ai oublié. Ce dimanche nous fêtions les 13 ans de Gabriel, alors l’Odyssée...

Mais voilà que voilà …

 

(Source : les 3 petits cochons de Henri Dès). J'ai demandé à Charles de confirmer.

 

Mais voilà que voilà, lundi matin, à l'heure de partir au collège, le livre avait disparu. On a cherché partout. Pas d’Odyssée. La table basse était vide. On a fouillé sur le bureau, dans les tiroirs du bureau, dans des endroits aussi absurdes que les tiroirs du buffet de cuisine. Pas d'Odyssée.

Me souvenant l'avoir posé sur la table basse pour l'y oublier, j'ai « accusé »Manu, qui n'aime pas voir les choses traîner. Il ne l'avait pas touché. J'ai demandé à Gaby... mais il a déjà bien du mal à ouvrir de siens, de livres, alors du rab …

J'ai accusé Élisa de l'avoir repris et peut-être glissé dans son sac à dos ou remonté dans sa chambre. Elle était sûre que non. J'ai posé la question rapidement aux deux petits mais ils ne savent pas lire.

Finalement, j'ai tranché : la responsable de la perte devait être Élisa, sans aucun doute. Elle l'a très mal pris et a clamé son innocence.

 

Je n'ai pas choisi d'accuser Élisa parce qu'elle est l'enfant du milieu ou parce qu'elle est ma seule fille. C'est juste qu'il lui ai déjà arrivé de perdre différents objets et de jurer qu'elle n'y avait pourtant pas touché.

 

Une fois tous les enfants partis à l’école, prise de remords parce que c'est à moi finalement qu'elle avait confié son livre, j'en ai commandé un autre exemplaire.

 

Merci Amazon premium. Heureusement il s'agit d'un lire de poche à 3€.

 

Un nouvel exemplaire de l'Odyssée est arrivé hier. Élisa ne sera pas punie ni pénalisée.

L'histoire aurait pu s’arrêter là. Sauf que ce matin, vers 7h30, Manu monte réveiller les enfants comme tous les matins et trouve l'exemplaire perdu bien en vue, sur la marche la plus haute de l'escalier.

Réunion au somment. Ou plutôt au petit déjeuner. Qui avait retrouvé le livre pour le déposer bien en vue avant que tout le monde ne se lève ? C'était personne ! Évidemment !

Enfin presque. Il manquait à la table mon grand guinéen, qui ne va pas au lycée en ce moment parce qu'il et en arrêt suite à une opération, et qui fait donc la grasse matinée.

Mon sixième sens infaillible en a déduit que c’était lui le responsable. Il aura voulu lire le livre, l'a pris en bas, l'a monté dans sa chambre, et lorsqu'il a compris que la perte de ce livre était devenue une affaire d'état, l'a déposé en douce en haut des escaliers.

 

Je suis très forte en déductions. J'aurais pu être inspectrice de police.

Sinon, pour info, cela fera bientôt un an que j'accueille ce grand garçon guinéen de 16 ans.

 

J'ai donc attendu qu'il se lève et je lui ai parlé du livre. Il m'a juré ne jamais avoir vu ce livre et je l'ai cru. J'ai décidé de laisser tomber cette enquête stupide. Enfin presque.

Ce midi, à table, en prenant soin de scruter les visages des uns et des autres pour repérer une moue de petit coupable, je parle, d'un ton neutre, de l’étrangeté de cette histoire. Un livre qui disparaît et réapparaît tout seul en haut des marches...

Cette fois ma méthode de détective a fonctionné. Si vous aviez vu la belle tête de petit coupable de mon petit brun !

 

Mon petit brun est à la maison depuis 4 ans et 5 mois. Il est arrivé à 17 mois et va avoir 6 ans. Une belle histoire...pas terminée.

 

Comme tout le monde a le droit à un procès équitable, je lui ai laissé la parole :

« Mais Tata ! Comme dimanche il y allait voir des invités, tu as dit qu'on devait monter tous le désordre qu'on avait mis en bas dans nos chambres. Tu te souviens ? C'est pas ma faute si il y avait un livre. J'ai tout mis mes jouets dans un bac a jouets, et quand j'ai joué cette nuit...

 

Le petit brun souffre d’insomnies depuis toujours. Très handicapantes pour lui.

 

Quand j'ai joué cette nuit j'ai vu le livre, alors je l'ai posé en haut des marches pour que Élisa le retrouve. »

 

Fin de l’enquête. Fin de l'histoire. Maintenant j'ai mon propre exemplaire, du coup.

 

Si il y a une vraie chute ?

Oui !

Je sais ce que vous pensez de mon histoire. Je sais ce que vous vous dites et vous avez raison.

J'aurais pu raconter cette anecdote en trois lignes. Et encore.

Et d'ailleurs, merite-t-elle d’être racontée ? Assurément non.

 

"Ce sont les lapins qui ont été étonnés !… Depuis si longtemps qu’ils voyaient la porte du moulin fermée, les murs et la plate-forme envahis par les herbes, ils avaient fini par croire que la race des meuniers était éteinte, et, trouvant la place bonne, ils en avaient fait quelque chose comme un quartier général, un centre d’opérations stratégiques : le moulin de Jemmapes des lapins… La nuit de mon arrivée, il y en avait bien, sans mentir, une vingtaine assis en rond sur la plate-forme, en train de se chauffer les pattes à un rayon de lune… Le temps d’entrouvrir une lucarne, frrt ! voilà le bivouac en déroute, et tous ces petits derrières blancs qui détalent, la queue en l’air, dans le fourré. J’espère bien qu’ils reviendront."

 

Elle est folle !