Il est seize heures. Il pleut. Je suis assise dans la salle d’attente des familles. Pour le parloir. Centre pénitentiaire.
La salle est surchauffée.
Nous ne sommes que trois, à cette heure. A l’autre bout de la salle, une jeune femme qui semble avoir vingt ans à peine, est assise , les yeux fixés sur son téléphone portable. L’autre personne tente par tous les moyens d’attirer son attention. Il s’agit d’un bébé. Une petite fille, de huit ou neuf mois, attachée dans une poussette et prise au piège dans une grosse combinaison très chaude. La petite chouine d’abord, puis pleure, et enfin hurle. La maman lui chuchote « chuuut » , en secouant la poussette comme pour la bercer, mais sans lui jeter le moindre regard. Si elle l’avait fait, elle se serait aperçue que la gamine boue. Il crève de chaud là dedans et sa combinaison semble très épaisse. Ses joues sont écarlates.
Je tente de lui venir en aide: «  tu dois avoir chaud ma puce... ».
Enfin la jeune femme quitte des yeux son téléphone. Malheureusement pour le bébé, c’est pour me regarder moi.
«  c’est qu’elle est fatiguée. On est parties ce matin de région parisienne. On a pris le RER, après le train. Ensuite le bus, et voilà... on a mis 4h et tout à l’heure on fait pareil pour rentrer. Elle en a marre là... ».

Elle n’est pas la seule à en avoir marre a mon avis, la petite. La jeune femme est lasse. Irritable. Elle perd patience devant les plaintes du bébé.

Quatre heures de transports en commun, avec trois changements, pour une heure de parloir. Et la perspective de quatre heure encore pour le retour. Avec une poussette, des couches, des biberons, des pleurs.

Je ne te connais pas, garçon. Je ne te verrai jamais, mais j’espère que tu les mérites.
Je ne sais pas ce que tu as fait non plus... mais ce que je sais, c’est que ce sont elles deux qui sont punies.