Si le jardin était plutôt joli et pas trop mal fait, il n’avait pourtant rien d’exceptionnel, en tous cas en ce début de saison. Les bourgeons se montraient de ci de là. Les allées étaient trop nettes, ai-je pensé. Le jardin ressemblait à un damier. Moi, j’ai toujours préféré les jardins d’inspiration japonaise, et la visite se montrait plutôt décevante. C’est avec cette impression que, quelques dizaines de minutes après être arrivé, je m’apprêtais à repartir par une allée un peu plus large que les autres, l’allée centrale sans doute, qui menait à une porte en bois peinte avec le mot « sortie » écrit dessus. 

 

Et puis, au bout de cette allée je l’ai vue. Elle était là, seule, au milieu de toute cette verdure. Elle était d’un rouge vif. J’ai envie de dire qu’elle était rouge sang. 

Elle se trouvait au milieu d’un parterre de fleurs, mais on ne voyait qu’elle. Les autres n’avaient pas terminé leur hibernation. Elle était seule et précoce. 

Je n’ai pas pu détacher mon regard de cette fleur durant les huit heures qui ont suivi. Elle m’a tout de suite captivé. Elle semblait si pure, si parfaite, et à la fois sa couleur rouge la rendait très provocatrice. Elle avait la couleur des rouges à lèvres si rouges qu’ils rendent les lèvres de celles qui le portent vulgaires. Je me suis penché vers elle pour voir si elle sentait bon, et son parfum m’a fait tourner la tête. 

Je suis resté là, à la regarder. Je n’ai à aucun moment songé à partir, à manger, à boire. Je suis tombé sous son charme comme on tombe malade. J’étais paralysé de curiosité d’abord, et puis d’extase. Je n’ai à aucun moment détourné mon regard de ma fleur. J’étais heureux.

 

A suivre...