Je sais pourquoi je ne regarde presque pas la télévision : ça m’énerve. 

Mais, parfois, histoire de vérifier que je ne me trompe pas à son sujet, je l’allume. Pour une raison bien précise, jamais au hasard. 

Et, hier, j’ai voulu visionner un documentaire concernant directement... ma profession. 

Oh, sans illusions, je n’en n’attendais rien de spectaculaire. Mais, tout de même, je n’avais pas pensé que ça m’énerverait tout à fait. 

« L’enfer des enfants placés », le titre racoleur donne le ton. Évidemment. 

On pourrait simplement débattre de ce titre. Bien entendu que ce n’est pas une colonie de vacances, un placement. Mais qui sont les premiers à accuser? Sont-ce vraiment, en premier lieu, les services sociaux ou les intervenants ? Omerta là-dessus. 

Des gens inaptes ont fait des enfants, et la société a laissé faire. Je sais, c’est cru, mais à un moment donné, il faut le dire. C’est fait. 

Suite du titre: « Les sacrifiés de la République ». Un titre qui émeut. Encore racoleur. De qui sont-ils les sacrifiés au juste? 

Ainsi, on aura droit à tous les dysfonctionnements d’une institution qui va mal, comme tous les services publics d’ailleurs. Ça a au moins cet intérêt: pointer du doigt les faiblesses d’une énorme machine qui ne sait se remettre en question. Parce que évidemment, si elle le faisait, elle se désintègrerait en toute logique. Il faudrait tout raser. Et reconstruite... autre chose. Elle devrait se supprimer elle-même pour mieux renaître. Impossible. Chacun croit faire son travail juste et bien. Bref. 

J’apprends que même la ministre de la santé et des solidarités a refusé de participer au débat qui suit le documentaire. C’est si courageux. Mais... elle savait qu’elle allait au casse pipe bien sûr. Peut-on lui en vouloir? Comment défendre une machine infernale, l’indéfendable ? 

Le documentaire (sans surprise, il faut du sensationnel) : agressions sexuelles dans les foyers, violences physiques et psychologiques, etc.

Ensuite viennent les parcours d’enfants sortis de l’ASE: cassés, détruits, à la rue. Les témoignages d’éducateurs: pas de moyens, pas de solutions, en souffrance. On le sait ça. C’est la même chose à l’école ou dans les hôpitaux, et pour ainsi dire dans tous les services de l’Etat. 

Mais quelles solutions ? Aucune! Sauf...

Le devenu célèbre Lyes Louffok raconte à nouveau son histoire: les aberrations, les changements de familles d’accueil, la maltraitante ... 

Seul moment intéressant dans l’émission : ses propositions. Radicales.

Retrait de l’autorité parentale, création d’une ministère de l’enfance, facilitation de l’adoption de ces enfants. 

Oui mais ça choque, non? Ces pauvres parents... ce serait leur enlever une deuxième fois un enfant déjà perdu par eux. 

Mais... et l’intérêt suprême de l’enfant? N’est-ce pas cela, sa protection? 

(Je modère un peu mon propos. Tous les parents d’enfants placés ne sont pas des parents à qui il faut retirer les droits parentaux. Mais dans ce cas, cessons les placements et proposons un accompagnement. Un vrai. Dans leur parentalité. )

 

Bref. Je m’emporte. Je vais bientôt cesser. Je m’énerve à nouveau. 

Ah, si dernière chose: 

Messieurs, Mesdames les journalistes,

S’il est probablement très important de montrer comme des familles d’accueil sont maltraitantes (bientôt plus que les parents), je n’entends pas bien en quoi il serait mal (imprudent, risqué, peu vendeur, mettez ce que vous voulez) de parler de toutes les autres, mince! Toutes ces familles qui donnent sans compter, qui intègrent les enfants et adolescents tout à fait, se plient en quatre pour qu’ils aient la vie la moins dure possible et leur ouvrent le champ des possibles en ayant un peu d’ambition pour eux. Et, je vous l’assure, il y en a même qui les aiment, ces enfants.

Dommage, ce fâcheux « oubli ».