Elle m’avait envoyé un message dans la semaine. Elle est dans le coin, a envie de me voir. J’avais donc deux heures à lui accorder cet après-midi. 

Elle me demande de la prendre devant chez son père. Ok!

Je suis à l’heure. Elle m’attendait sur le trottoir. Elle monte dans ma voiture et me dit immédiatement : « Ça va me faire du bien. J’avais besoin de te voir! ». 

Je comprends tout de suite: elle a des problèmes.

Effectivement. Elle n’est pas là « de passage » comme elle me l’avait annoncé par message. Ça n’allait plus avec son copain. Il ne l’aimait plus, n’était jamais là, devenait indifférent, si ce n’est méprisant, depuis des mois. Alors, elle a été digne. Elle est partie, elle l’a quitté. Et il ne l’a pas retenue. 

Évidemment, elle a tout perdu. Retour à la case départ, chez son père. Elle avait un appartement avec lui, elle avait un emploi, mais rester seule sans personne à plusieurs centaines de kilomètres... elle est donc revenue. 

Une question me chiffonne, même si je la « félicite » d’avoir agit ainsi: pourquoi avoir attendu des mois? Tout simplement parce qu’elle voulait prouver quelque chose. Bêtement. Qu’elle pouvait avoir une vie stable. Bordel, à 19 ans! On n’a rien à prouver! 

N’importe !

Je l’emmène boire un café au Macdo. 

Elle hésite. Puis dit enfin. Elle craint d’être enceinte. Depuis... plusieurs semaines.

Putain! Elle n’a rien fait. Pas de test, rien. Trop peur.

Je gueule, évidemment. Et puis je prends l’initiative. Aller dans une pharmacie, puis aux chiottes du Leclerc. Deux heures, ça passe vite. Elle se laisse faire. C’est ce qu’elle attendait de moi. Elle n’est pas enceinte. C’est toujours ça.

Dernier problème : elle n’a pas de travail. Je songe à un ami qui vient de quitter son poste. Je l’appelle. Il me file le numéro de sa patronne. Elle appellera. Il reste quelques inconvénients : trop loin de chez son père. Bof, si il y a une période d’essai, elle viendra à la maison. Si elle est prise, je serai garante pour un appart. Voilà. C’est simple.

Je ne suis pas gentille. Je ne suis pas philanthrope. Je l’ai aimée parce qu’elle était aimable. Je l’aide par orgueil. 

Elle est la deuxième, permis la dizaine de gamins passés chez moi, à être majeure. Mais la première est déficiente intellectuelle : je n’aurais été qu’une prise en charge avant d’autres prises en charge. Pour elle, j’ai été un tremplin. Après moi, l’autonomie et les responsabilités. Je veux qu’elle réussisse. Orgueil!

Et reconnaissance. Ce qu’elle ne sait pas, c’est que c’est elle qui m’a appris mon métier. Et à le faire bien. 

Un petit brun qui arrive bébé, c’est facile. Mais une adolescente qui débarque alors que mon aîné n’est encore qu’à l’école primaire, c’est ça qui élève. Avoir les bonnes distances, les bons comportements, les bonnes limites. J’ai appris. Parfois à ses dépens. Elle aura été mon adorable tube à essais. 

Je veux qu’elle s’en sorte. Je le veux.