Le père de mon amie est mort. Il y a quelques jours. Et ses funérailles ont eu lieu hier. 

Elle n’a pas pleuré le jour de sa mort. Elle a compris. Elle attendait presque que la mort vienne soulager son père. Comme un événement heureux. Pourquoi un départ ne serait-il pas heureux, si la vie n’est plus que hôpital et souffrance? Évidemment. Logique. Et pourtant, elle était bien la seule de sa famille à voir les choses de manière aussi rationnelle. 

Sa pauvre mère, sa pauvre sœur, n’étant pas bien en capacité, à cause du chagrin, de prendre certaines choses sur leurs épaules, c’est elle qui s’est chargée de tout. 

Le surlendemain du décès, nous faisions une petite soirée entre copines en sa mémoire. 

Le veille des funérailles, elle fit une sorte de petite fête improvisée, en famille et en comité restreint (seuls ses proches pouvant comprendre, je suppose). 

Et les funérailles furent belles. Elle me les a racontées. Le reste de la famille, gens plus moraux, traditionnels et enfermés dans des conventions, furent les témoins de cet impair innommable : elle avait apporté des marqueurs indélébiles. Et a invité les proches, notamment les plus jeunes, à écrire spontanément ce qu’ils désiraient sur le cercueil avant l’incinération. Cercueil qui brûla ensuite accompagné de musique joyeuse, sous le regard médusé de tous les cons. 

Elle conduit ensuite sa tribu au Macdo, tandis que les bien-pensants refusaient de ce joindre à eux, et choisirent un restaurant qui serait plus « de circonstances ». Les cons! 

Et, le soir, à nouveau nous faisions la fête. Et les conformistes décidèrent, outrés, de se barrer. 

Et c’était beau!

Attention! Mon amie aimait profondément son père. Comme une fille aime son père. Elle a pleuré, oui. Évidemment. Sur son sort à elle, sur celui de sa mère. Évidemment, à présent il faudra apprendre à vivre sans lui. 

Mais pourquoi le chagrin s’accompagnerait-il de tous ces rites stupides? De ces habitudes mornes? De ces épanchements parfois peu sincères? De ces moues feintes parce que de circonstances ? Pourquoi ne pas faire exactement comme on en a envie? Quelle loi impose que des funérailles se déroulent comme ci ou comme ça? 

C’est mon amie depuis plus de vingt ans. Qu’est-ce qui pousse à faire perdurer et même entretenir une amitié ainsi, juste par habitude ? Rien! 

Je l’aime toujours parce qu’elle n’est pas conventionnelle. Parce qu’elle s’est détachée de toutes ces choses imposées, dictées par des coutumes idiotes et infondées. Parce que le regard des grégaires conservateurs glissent sur elle. 

Et, même dans la mort de son père, elle ne m’a pas déçue.