Mes projets me servent à me sentir vivante. J’entends par vivante: vigoureuse. Je ne m’épanouis pas dans une routine sans projets. J’y végète. Bien sûr, le quotidien m’occupe et accapare une grande partie de mon temps et de mon énergie. Seulement, il ne peut être suffisant à mon épanouissement. J’ai alors l’impression de n’avoir qu’une activité réduite, de vivre dans une morne inaction, et de me sentir tout à fait médiocre. 

Je suppose que chacun possède sa méthode pour se sentir puissant: la mienne est dans ce que j’entreprends. 

Lorsque j’ai une idée nouvelle, je la fantasme d’abord. Uniquement. Sans me poser la question de sa faisabilité. Je me plais à l’imaginer à la manière d’une utopie. Longtemps. 

Parfois, je me lasse de ce songe: l’idée n’est pas retenue, je passe à autre chose. Mais d’autres idées-imaginations m’obsèdent, presque quotidiennement. Pour celles-ci, vient un moment où une progression s’impose à moi: vérifier si elle sont réalisables. 

Pour cela, je prélève des informations un peu partout. C’est plutôt imprécis et prudent dans un premier temps. Je lis, j’étudie, je compte, j’interroge les contacts qui peuvent m’être utiles. 

Tout cela aide mon projet à mûrir un peu, à se fixer dans ma réalité. 

S’il apparaît qu’aucun mur infranchissable ne me barre la route, alors je fonce. Dans une certaine frénésie et dans une sorte d’acharnement. J’ai de grandes ardeurs pour mes projets. Ils sont mon dynamisme. J’y plonge et je m’y noie complètement. Je puis donner énormément, y consacrant des heures, y sacrifiant mon sommeil et mes loisirs. Non! Le projet devient mon repos et mon seul loisir. Je deviens un cyclone, qui entraîne tout dans un élan d’enthousiasme. Mes amis n’osent alors plus me refuser une aide ou un soutien. Je deviens le projet. À part entière. J’y crois tant que, me semble-t-il, je parviens à convertir les plus sceptiques. Sans tricher. On ne convainc bien que lorsque l’on est sincère. 

Je ne suis même pas alors une meneuse: je suis disciple de mon projet. C’est lui le maître. Je suis son fervent défenseur. Je me mets moi-même à son service, presque humblement. En tous cas: studieusement. Dans une grande tension mentale. Non sans ce stress positif, qui donne des ailes, qui permet le dépassement de soi. 

Et puis vient enfin le moment de la concrétisation. Après tous ces efforts consentis, la cible est atteinte. J’en tire une certaine satisfaction, mais jamais aussi exaltante que la longue période de façonnage. Le projet réalisé ne m’appartient déjà plus. Je ne souhaite ni tirer des bénéfices d’un succès (plus ou moins grand) , ni m’en féliciter. C’est fait, voilà. Le grand jour m’intéresse presque moins que les difficultés qui m’y ont conduite. 

Et, souvent, au soir même d’un jour de petite victoire, je fantasme déjà un nouvel horizon...