« On en a chacun une! ».

Voilà la deuxième fois que j’entends cette phrase en quelques mois. Et sur le même sujet. Et dans les mêmes conditions exactement.

Toujours un couple parental, toujours deux filles. L’ainée qui est à son père, la cadette à sa mère. 

Étranges configurations, étrange vocabulaire utilisé : une chacun! Comme l’idée d’avoir fait un premier enfant pour soi et l’autre pour son conjoint, ou l’inverse. 

La première fois, l’aînée, collégienne, écoutait du métal à longueur de journée, comme son père. Et ils allaient tous les deux à des concerts. Même look, même expressions. Étonnante réplique du père. 

Et hier, la gamine, aînée aussi, d’environ dix ans, baraquée comme le père, joue au rugby. « La relève », il l’appelle. Car il s’est blessé et ne peut plus jouer. Elle s’habille en survêtement, comme lui, et attend l’âge pour passer son permis moto. Comme son père!

Quant aux cadettes, la même configuration pour les deux : petites filles sages et féminines. Un peu maquillées, discrètes, bien coiffées. De petits sacs à main et accessoires féminins. Deux clichés de petites filles à leurs mères. Qui, d’ailleurs, sont collées à leurs mères. 

Quant à moi, je m’interroge. Et me dis qu’il est impossible d’être à ce point dans les traces de son père en tous points sans tricher un peu. Du moins, accentuer les similitudes pour lui faire plaisir. 

De même, cette posture de cadette à sa mère est-elle un choix? Il me semble que c’est plutôt une place qui a été donnée. Je suppose que la mère, envieuse de la première relation père/fille, a voulu se garder l’autre. Et la gamine aura compris quel rôle lui est accordé au sein de sa famille.

« On en a chacun une! ». Les parents sont fiers de cette état de fait. Comme s’il fallait engendrer un être qui marche dans nos pas précisément. 

Et, les deux fois, en deux lieux différents, l’assemblée semble cautionner et aller de son : « Ah oui! C’est vrai. C’est net! ». 

Et moi, je me sens incapable de donner cette adhésion qu’ils semblent attendre comme une fierté.