Charles pleure. 

Il a pleuré il y a quelques jours déjà. En prévision de l’affliction à venir. Et, aujourd’hui, il a beaucoup pleuré face à la catastrophe inéluctable. 

Ce soir, il pleure encore de la peine éprouvée cet après-midi.

Charles pleure beaucoup. Comme jamais il n’avait pleuré de chagrin sincère. 

Nous avons accueilli une jeune fille ici durant trois semaines. Quinze ans, adorable. Un relais : remplacement de congés payés. Charles savait, pourtant, qu’elle ne resterait pas.

Quand ils étaient plus jeunes, lui et le petit brun (jusqu’à quatre ou cinq ans), quand un jeune arrivait et qu’ils l’appréciaient, me demandaient : « Est-ce qu’il/elle est à nous, maintenant ? ». Leur façon à eux de demander si il/elle allait rester ou s’il s’agissait d’un relais. 

À présent, ils ont grandi et le vocabulaire a changé. Pourtant, il savait: elle n’était pas à nous, mais juste de passage. 

Charles pleure. Il s’épuise de larmes. Première fois que ça arrive. 

C’est vrai que cette jeune fille a quelque chose en plus. On l’a tous ressenti. On l’aime tous. Mais Charles l’aime tout particulièrement. 

Il faut dire que Charles a passé énormément de temps avec elle. Elle s’en est occupée à temps plein, presque. Par goût. Elle est allée à la piscine avec lui. Ils ont sauté dans le trampoline, ont regardé des films ensemble. Une vraie petite maman attentionnée, toujours patiente et toujours disponible. Non: une grande sœur, plutôt. Mais très obligeante. 

D’ailleurs, elle a été séparée de ses deux petits frères, dont elle s’occupait comme une mère, avant... 

C’est un peu dur pour moi, aujourd’hui, de voir Charles aussi malheureux. Parce que ... c’est de mon travail, au fond, qu’il souffre. Un peu.