Ce matin, j’ai eu soudain envie, je ne m’explique pas par quel cheminement, de pleurer fort dans tes bras. De la fatigue, sans doute. Une faiblesse passagère. Des difficultés dans mon travail. 

Pleurer de tout mon soûl contre toi. Que mes larmes soient absorbées par ta chemise et mon chagrin par ton corps. 

Pleurer contre toi. Jusqu’à épuisement de mon mal. Et puis, vaincue et rassasiée de consolation, asséchée, m’endormir, exténuée après tant d’effusions sincères et éclatantes. 

Ce matin, j’ai eu également besoin de te parler. Bavarder avec la multitude me fatigue. Je ressens un décalage, une sorte de défaut de similitude entre moi et les autres qui m’afflige. 

Navrée de parler une autre langue, que personne autour ne peut comprendre, je me sens naufragée. Et si seule parmi les autres. 

J’ai éprouvé ce besoin pressant de te parler. Parce que, par contraste, la foule de mon entourage ne peut m’entendre. 

Je suis une naufragée. Elle est la houle, nombreuse, qui m’entoure et s’agite autour de moi, mais qui ne peut percevoir mes hurlements de pensées. 

Et toi, toi, tu es l’Ile refuge.