Une semaine plus tard, et à la même heure, elle se trouvait dans le même bureau. C’était le passage obligé du lundi. 

Et, comme la fois précédente, elle conversait gentiment avec la secrétaire. 

Dire qu’elle ne s’attendait pas à son arrivée imminente à lui serait mentir. Elle savait. Ils avaient tous deux les mêmes obligations hebdomadaires. 

Cette fois, c’est en sortant de l’étroit bureau qu’elle tomba nez à nez avec lui, pile dans l’encadrement de la porte. Il arrivait. 

Elle n’eut pas le temps de se poser de questions. Et la dernière rencontre lui donnait à présent du courage et une certaine confiance. Elle sourit, sans paraître gênée, le regarda franchement, et lui tendit naturellement la main, en lui disant « bonjour », de sa voix claire et sûre. 

Il s’apprêta à lui tendre la main, lui aussi. Elle aperçut le mouvement très bref du bras qui se soulève, comme un réflexe. Mais il se ravisa, lui sourit, approcha son visage du sien en lui disant simplement : « Non, je te fais la bise! ». 

Jamais elle n’avait pu, quand elle l’avait voulu, l’approcher de si près. Jamais auparavant elle n’était entrée en contact avec sa peau. Ni n’avait pu sentir son parfum, très raffiné et masculin. 

Elle se sauva bien vite après les deux bises: cela suffisait amplement pour le moment. 

Plus tard, au volant de sa voiture, sur le chemin du retour, elle se souriait à elle-même. De ce petit succès comme tombé du ciel. Et elle moquait d’une autre elle-même, comme un pied de nez à l’adolescente qu’elle avait été, qui aurait à l’époque tout donné pour n’obtenir de lui qu’un regard, ne serait-ce que furtif, mais bienveillant. Pas même un mot, pas même une bise, mais un simple regard doux. 

Et elle se souvenait de l’objectif qu’elle s’était fixée récemment : lui montrer qu’elle était devenue une personne aimable, fréquentable, recommandable, et même... une personne que l’on a envie de connaître, et dont on apprécie la compagnie. 

Objectif quasiment atteint, et sans effort aucun, peut-être ... avec presque trop de facilité: sa réputation avait dû jouer en sa faveur. Son comportement à lui semblait supposer qu’il le savait déjà. 

Le reste ne serait que du bonus...