Rassurez-vous, je ne chasse personne pour ma part. Mais j’avais envie de rebondir sur un texte écrit par HenryWar, et dont le titre est, vous l’aurez compris : « Je te chasse, Ô lecteur muet ». 

Dans ce texte, HenryWar dénonce les lecteurs qui ne réagissent jamais, même négativement, à ses écrits. J’ai également du mal à comprendre, moi, comment on peut aller lire un auteur chaque jour gratuitement sur Internet sans jamais ne manifester aucune réaction. Mais passons. 

Le fait est que j’ai aimé ce texte. Parce qu’il est à contre-courant de toute bien-pensance, de tout ce que l’on nomme unanimement « générosité », c’est à dire offrir un travail considérable à un lecteur qui ne rend rien en retour. 

J’aime ces sincérités qui dérangent, ou qui indignent. C’est empli d’audace, parce que évidemment, cela va générer à coup sûr des commentaires revoltés. Il faut avoir le courage d’affronter ensuite les foudres d’une indignation toute conformiste. Seul contre tous, ou tout comme. Indignation assez irréfléchie, d’ailleurs : on crie au scandale d’une seule voix uniquement par une sorte de réflexe, parce que cela va contre une forme de bienséance établie, contre les usages pourtant bien souvent infondés, de « bienveillance » et d’altruisme. 

Mais! 

Vous, blogueurs, vous pouvez difficilement comprendre les enjeux de ce texte. Lorsque l’on tient un blog, on ne sait pas précisément qui nous « suit », c’est à dire qui nous lit régulièrement. Nous nous contentons de savoir qui nous commente. 

En revanche, sur d’autres supports, le fonctionnement est bien différent. 

Si ce texte autoritaire et sévère, publié sur son blog -d’ailleurs, une lectrice s’est manifestée grâce à cet appel, et c’est beau!- n’a pas fait de « bruit « , il a eu un tout autre impact sur ce média qu’est Wattpad. Pour ceux qui ne connaissent pas Wattpad, il s’agit d’une plateforme, d’un réseau social, dans lequel on doit s’inscrire pour publier ses textes ou être lecteur des œuvres des autres inscrits. 

Lorsque l’on apprécie un auteur, Wattpad offre la possibilité de s’abonner à lui, c’est à dire - enfin, c’est ce que je croyais- lui montrer notre adhésion et avoir accès à son fil d’actualité. 

Et là, j’ai compris le problème. HenryWar y a ainsi plus de 170 abonnés. Pourtant, à chaque texte qu’il publie, une petite dizaine de lecteurs se manifestent. Au grand maximum. Souvent les mêmes, d’ailleurs. 

Alors, pourquoi donc s’être abonné à quelqu’un que l’on a peut-être jamais lu? D’ailleurs, en allant voir certains profils, je me rends vite compte que nombre de  lecteurs sont abonnés à plusieurs centaines d’auteurs. Comment peut-on lire plusieurs centaines d’auteurs à la fois? Je me le demande bien. Et, si on ne lit pas les gens à qui l’on s’abonne, quel est donc l’intérêt de ces abonnements? 

Je suppose pour ma part qu’il s’agit d’une forme de recherche de reconnaissance: peut-être que « ça fait bien » d’avoir beaucoup d’abonnés, et d’être abonné à un tas d’auteurs. De l’ordre du « paraître » tout à fait superficiel: n’importe si on lit, n’importe si on est lu, on a beaucoup d’abonnés, alors on se croit « célèbre», disons même « aimé », on se suppose une certaine importance, toute d’apparence mais qu’importe. 

Ainsi, j’ai très bien compris sa démarche: pourquoi donc garder 170 abonnés pour n’avoir que dix lecteurs maximum qui interagissent ? Et qu’est-ce qu’il coûte à un lecteur de laisser une trace de son passage, en guise de remerciement, au moins une fois de temps à autre? 

Ou même pour contredire, se révolter, montrer une violente hostilité, mais être vivant! Exister! Montrer que l’on est quelqu’un ! 

Paradoxe : ce texte, sur Wattpad, a suscité de nombreux commentaires, lui! Plutôt à charge et indignés, évidemment ( il s’y attendait, je suppose !). Mais des réactions, au moins! 

Enfin! Enfin des gens qui savent écrire, derrière ces pseudos ! 

Et moi, j’ai lu ce texte avec un grand plaisir, parce que j’aime ces élans de vérité qui dérangent, ces sincérités qui se fichent de contrarier ou d’indigner. Il faut du courage pour aller à l’inverse des autres. Pour ne pas « offrir sans rien attendre en retour », comme dans les bons principes de morale. Pour virer des lecteurs quand on « devrait » à tous prix vouloir les garder. Quand on aurait pour « devoir » de remercier humblement les gens d’avoir l’obligeance de nous lire un peu, ou même de s’abonner sans ne rien faire de plus. 

Du courage, un sain mépris de la passivité, et une absence d’intérêt pour des abonnés qui ne sont au fond que des fantômes. 

J’aime infiniment ceux qui bravent les conventions, ne seraient-ce que des conventions virtuelles, et qui assument leurs idées jusqu’au bout. Quitte même à perdre la totalité de son lectorat (du moins, de ses « abonnés »).