(Devoir du Goût)  

62B661A9-3D1D-4678-8D1D-3B92624E1999

J’ai fait ce qu’il fallait faire. Tout s’est bien passé, finalement. 

Rien n’est grave, après tout. Cela arrive à d’autres. Depuis la nuit des temps, sans doute. 

Avais-je le choix, de toute façon ? 

J’ai tout lavé, à mon avis. Effacé toutes les traces. Quand je serai habillée, il me restera encore du temps pour vérifier. Plusieurs heures. J’ai eu de la chance que ça arrive en milieu de journée. Que se serait-il passé si ça avait été le soir? Ou bien la nuit? N’importe, ça n’a pas été le cas. Je n’ai pas été si malchanceuses, pour une fois. 

Rien n’est grave. Tout s’est déroulé à peu près bien. J’avais si mal, pourtant. J’ai cru mourir. Mon corps se fendait en deux. J’en tremble encore un petit peu. Me calmer. Respirer. Analyser la situation. Me remémorer l’enchaînement des choses pour voir si je n’ai rien oublié, si j’ai tout bien fait. Une dernière fois. 

La douleur m’a jetée dans le canapé sans que je puisse me relever. J’ai pleuré, je crois. Je ne me souviens plus exactement. C’était si inattendu. 

Je suis si fatiguée, à présent. Il faut pourtant bien que je m’affaire encore, que je vérifie tout. Et si Patrick se doutait de quelque chose, à son retour? 

Ne pas y penser. Ne rien anticiper. Finir de me laver pour l’instant. Ne négliger aucun détail. 

Au paroxysme de la douleur, dans un déchirement de chairs, c’est là qu’il est sorti. Il était glissant, tout mouillé. Difficile à attraper. J’ai bien cru qu’il allait tombait par terre. 

J’ai bien enlevé le plaid du canapé? Oui, oui. C’est fait. 

Vérifier si rien n’est passé à travers. Je le ferai juste après. 

Qu’est-ce que j’aurais pu faire d’autre que ce que j’ai fait? Il le fallait bien. J’ai eu très mal, mais la pire douleur ne fut pas physique : c’est quand j’ai dû le faire. Heureusement, ça n’a pas été trop long. Je n’ai pas pu regarder. J’ai détourné le regard tout du long. J’ai laissé mes mains bien appuyées jusqu’à ce que je ne sente plus rien bouger. J’ai su que c’était fait. Ensuite, j’ai tout emballé dans le plaid. Lui, les déchets, mes vêtements, tout. J’ai paniqué un peu, et je saignais tant. J’ai trouvé un sac de sport, et j’ai tout mis dedans. 

Ah, il va falloir sans doute nettoyer tout le sol, j’ai dû laisser des traces sur le carrelage.  Je saignais tant. Rien n’est grave: j’ai du temps pour cela. 

Ne plus y penser à présent. C’est fini. Me concentrer uniquement sur ce qu’il me reste à faire. Je vais m’habiller et aller jeter tout ça dans un conteneur. Loin d’ici. Et on n’en parlera plus. Ce n’est pas grave. C’est fait. 

Et, à mon retour, je récurerai tout. J’examinerai chaque endroit: je nettoierai la maison de fond en comble. Ce sera facile lorsqu’il ne me restera plus que ça à faire. 

Allez, je vais m’habiller. Il me reste un peu de travail encore. Même si j’ai fait le plus dur, à présent. 

Ah, mince:  encore une trace, là. Sur le pied. Il faudra que je mette cette serviette dans le sac, avec le reste. Et que j’ouvre les fenêtres. Ça sent le sang chaud. 

Tout ira bien, après ça. Rien n'est grave. 

Quand j’ai voulu vérifier qu’il ne respirait plus, j’ai vu que c’était un garçon. Ça aurait été gentil, d’avoir un petit garçon. 

N’importe. Ce n’est rien. Ne plus y penser. Et terminer le nettoyage.