Sans être fan, j’ai toujours eu beaucoup de respect pour Renaud. Je lui ai toujours reconnu un certain talent d’écriture, et puis une personnalité un peu atypique: des coups de gueule (même injustifiés parfois, il faut le reconnaître), des prises de position (plutôt conformistes souvent, certes), des affronts ou railleries publiques (Thatcher, Bernard Henri Lévy et j’en passe). J’éprouve donc... une certaine tendresse, pour Renaud. Et un respect pour ses textes, pour ce qu’il a écrit de beau à mes yeux. 

Je suis allée voir Renaud en concert il y a deux ou trois ans. Il n’avait plus de voix. Le public chantait à sa place. C’était un peu pitoyable, au fond. Pourtant: il était là, il assumait autant qu’il pouvait. Renaud semble toujours renaître: on le croit mort et enterré, au fond du gouffre alcoolique, on le dit foutu à jamais... et il sort un album, refait une tournée, et tout repart (avec un peu plus de difficultés à chaque fois, certes). 

Aussi, depuis les années 2000, j’ai attendu  chacune de ses sorties d’album avec une certaine impatience et une grande curiosité. En 2002, « Boucan d’enfer » m’a émue. Et surtout m’a surprise: on le disait cuit, mort, bon pour l’hospice. On ne donnait pas cher de la peau de l’alcolo-dépressif que sa femme avait quitté.  Bien sûr, cet album est bien loin d’être le meilleur, mais enfin il a le mérite d’exister, tandis que tous pensaient Renaud crevé ou tout comme. 

En 2006, il refait la même, en mieux. En homme amoureux et donc.... prolifique et poète. « Rouge sang » est selon moi un bon album. Bien écrit. Propre. 

Et puis, sa nouvelle femme l’a quitté. Et il est à nouveau parti en vrille. 

Jusqu’à... « Renaud », un album un peu mièvre, un peu frileux, mais avec encore quelques pépites. 

Et cette tournée qui a suivi, qu’il a assurée malgré son « état ». Je restais un brin admirative. 

Depuis... il a replongé (comme d’hab!). Et c’est en hôpital psychiatrique qu’un mien ami a pu le ... croiser. Un déchet, à ce qu’il paraissait. À peine l’ombre d’un homme. Un corps tremblant qui avait même du mal à parler: cette fois, Renaud semblait bel et bien fini. 

Alors, lorsque j’ai entendu, au printemps, qu’il allait sortir un album cet automne, j’ai voulu y croire. Sincèrement. Pourtant, le titre « les momes et les enfants d’abord » me semblait peu engageant. J’aurais dû me méfier. Je sais que Renaud a cette sorte d’obsession pour l’enfance. Obsession qui lui fait perdre grâce à mes yeux. La sienne, perdue à jamais, et qu’il regrette dans une nostalgie destructrice et comme une névrose incurable. Celles de ses enfants auront été ses sources d’inspiration mais parfois de manière bien trop convenue et très bateau. Et celle de tous les humains, finalement. L’enfant est pur, fragile, à protéger, digne de tous les intérêts et de tous les respects. Dans sa visions des choses. Cela m’a toujours un peu dérangée chez lui, comme une ombre au tableau, et pas la seule mais ce n’est pas le sujet. Le type écrit bien, parfois, mais il est gentillet, fragile, un peu fade, avec des pensées et sentiments trop convenus, classiques, faciles. (Ce qui fait peut-être sa popularité). 

Bref! Aujourd’hui, en avant première, j’ai pu écouter l’un des titres du nouvel album. Et en visionner le clip. J’ai fait l’impasse sur son... état (voix, état physique, mine déplorable). Je me suis concentrée sur les paroles, ce qui m’intéresse chez lui en général. 

Quelle déception ! Renaud chante pour les gosses, semble du moins (peut pas s’empêcher de se décrire en phénix et en ancien Renard, ni parler d’une dépendance à l’alcool... révolue! Alors on peut imaginer que c’est faussement destiné aux enfants, avec de tels messages). La mélodie est enfantine mais pas tout à fait nulle. Mais ces paroles! Diable! Un mélange d’innocence feinte et de sucre qui parle de petits chats mignons. Chantal Goya! 

Alors, ayant remarqué que ce clip, en vingt-quatre heure, totalise plus de quatre-vingt mille vues, j’ai voulu creuser: savoir ce que les puristes en pensaient. Si j’étais la seule à en être assez consternée. Et alors là, j’ai eu une surprise incroyable : sur les réseaux sociaux, les fans trouvent la chansons des gentils dauphins, des chevals et des hiboux... formidable! Comme si... leur passion pour l’artiste était une passion aveugle. Comme si, grâce à ce qu’il a écrit avant, tout lui serait non seulement pardonné, mais pire: tout ce qu’il ferait d’à peu près nul serait aussitôt applaudi et criblé d’éloges. Sont-ils aveugles? Tout du moins... sourds? 

Moi aussi, évidemment, je l’ai dit, je garde une tendresse pour Renaud, et l’admiration pour ce qui a été écrit. On ne peut lui enlever ça. Néanmoins, de là à trouver ce genre de connerie absolument géniale... 

Enfin, je ne veux pas parler trop vite et j’espère que dans cet album, il y aura quelque chose de bon. Au moins un texte. C’est à espérer, du moins.

Et, je voudrais conclure en remerciant Goldman de s’être arrêté, finalement. Malgré ce que j’ai pu en dire et en penser. Goldman a peut-être senti qu’il avait tout écrit, que jamais plus il ne ferait mieux ou du moins aussi bien que ce qu’il avait déjà écrit. Je le remercie de m’éviter d’avoir pitié de lui, de trouver ses textes nuls mais de feindre l’admiration par tendresse et gratitude pour ce qu’il m’a apporté avant. Vraiment! Merci!