Le week-end de trois jours m’a laissé un goût amer d’inconsistance. Ne rien faire de bien fécond me plonge toujours dans un certain mal-être, mélange de culpabilité et de dévalorisation de «moi », très désagréable. Je le vis comme un déséquilibre. Rien de ce qui participe à la satisfaction de moi n’y était, ou presque. 

Aussi, dès lundi, j’ai voulu rééquilibrer le tout, afin de me retrouver. C’est à dire de me sentir utile ou d’occuper mon temps à ce qui me procure de l’agrément ou un sentiment de « faire quelque chose ». 

Alors, j’ai rempli mon emploi du temps de la semaine. Plutôt: j’y ai ajouté des éléments, afin de me sentir productive, efficace ou divertie. 

Ainsi, mardi soir, je me suis rendue à un loto. Ce qui n’a pas été un divertissement, je vous rassure. Seulement, notre loto de l’APE aura lieu en janvier et nous avons l’habitude, chaque année, de nous rendre à un loto qui attire beaucoup de monde, afin de comprendre ce « qui marche », ce « qui plait », quels sont les lots appréciés et les animations qui font mouche. Cette année, nous avions choisi un très grand loto (2000 joueurs je crois), pour bien mesurer la différence. (Loto à plus de quarante kilomètres de la maison et un soir de semaine, pour bien faciliter les choses!).  Alors? Eh bien, c’est très pénible. C’est bruyant. L’équipe d’animation nous fout de la musique plein la gueule. Ça sent les frites et la bière. Les joueurs se battraient presque pour une place ou un carton. Un autre univers, en sommes. Je n’ai rien appris. Ah si, peut-être : je sais précisément à quoi je ne veux pas que notre loto ressemble ! Se coucher à 2h du matin pour ... ça! Mais enfin, il faut bien. Dernière chose à ce sujet: je déteste organiser et animer le loto. Je déteste l’idée du loto, même. Tout m’y est pénible. Seulement, je n’ai pas encore trouvé un événement pouvant rapporter autant d’argent en une seule soirée. 

Fort heureusement, mercredi soir, je me suis rendue à mon rendez-vous mensuel qui est le café philo. Je m’y plais. Vraiment. Nous étions plus de trente, cette fois, du lycéen au retraité, à débattre de « l’événement ». J’en suis sortie satisfaite et réjouie surtout d’avoir pu constater que l’on pouvait garder un certain espoir. Certains jeunes, un en particulier, élève de terminale, m’a surprise par son esprit vif et sa pensée assez singulière mais très cohérente. Une intelligence autre que scolaire et conventionnelle. Par ailleurs, je me suis réjouie de constater que le professeur de philosophie de ce même lycée valait quelque chose (euphémisme). C’est rassurant. Enfin, j’ai pu me procurer un recueil intitulé « Éloge du doute », ainsi qu’une pièce de théâtre consacrée à Léonard de Vinci, écrits par l’animateur du café philo, qui a lui aussi un esprit que j’apprécie particulièrement. Une bonne soirée, donc. Riche. Entourée d’individus qui me ressemblent un peu plus que la moyenne. 

Hier soir, j’étais à ma répétition de théâtre. Je me suis couchée tard une fois encore, mais satisfaite: ça avance bien. La scènette que je joue avec trois amies est bientôt maîtrisée (texte et mise en scène). J’ai pu enregistrer une « Italienne » en format audio afin de l’écouter régulièrement, pour savoir le texte parfaitement. Plus globalement, le spectacle entier prend forme. Ce matin, j’étais donc au collège dans l’intention de convaincre tout à fait -j’avais déjà obtenu un accord de principe , mais je voulais une promesse - un groupe de professeurs de monter sur scène. Ils le feront, on m’a promis. Je sais d’expérience que le fait d’avoir des enseignants qui font le clown sur scène, déguisés par exemple, assure une salle comble: les élèves paient cher pour voir ça! Enfin, l’affaire est conclue. Le spectacle, qui aura lieu en mai, sera une réussite. Il le faut. 

Il y a d’autres choses encore, mais je vais m’arrêter là pour cette liste.

Je voulais rompre le déséquilibre en me rendant productive et accaparée, et voilà que le déséquilibre inverse se produit. Il me semble que je suis trop sortie, que j’ai vu trop de monde, que j’ai fait trop de choses « mondaines ». Bientôt, le besoin de me retrouver se fera sentir. Pourtant, j’ai encore environ deux jours à ce rythme. Et je crois  bien que dimanche, rassasiée, presque agacée et harassée de tout cela, je retrouverai un équilibre avec simplement un bain et un livre, seule à la maison et au calme. 

Mais, pour l’heure, je n’ai pas -il faut croire- tout à fait chargé la mule jusqu’au dégoût. Pas au point d’annuler mes engagements, disons. 

Deux jours encore ! Comme un alcoolique boirait jusqu'au coma.