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J’ai lu dans le journal qu’une crèche vivante serait installée sur la place de l’église. Une crèche! Le doux Jésus, la vierge, les animaux, et compagnie. 

Ce qui d’habitude m’agace seulement en loin a provoqué en moi, cette fois, une colère froide. À peine une colère, même: un mépris capable d’agir. C’en était trop pour moi. Il fallait bien que je... 

C’est fou comme un emportement calme rend efficace et méthodique. J’ai su comment faire presque sans avoir à y réfléchir. Mon plan s’est élaboré, pour ainsi dire, seul. Comme une suite logique à mon exaspération. Je n’ai sans doute pas reçu la grâce de dieu, moi, mais je suis doté de cette grande conscience lucide, de celles qui poussent à agir et qui portent l’Homme à se réaliser et à accomplir son œuvre ultime. 

Tout comme Marie, j’étais l’élu. Sans dieu ni maître, pourtant. Naviguant avec pour seule boussole la belle épuration, la purification suprême de l’Humanité. 

Il était quinze heures exactement quand, habillé en roi mage, mon présent à la main, j’ai pris ma place de figurant dans cette belle et émouvante nativité. 

Mon entrée a probablement surpris un peu, mais personne ne m’a pourtant empêché. 

Et j’ai fait, moi, le plus beaux des cadeaux à l’homme ! Je me souviens du regard de Marie lorsque j’ai pointé mon arme sur elle. J’y ai vu une brève lueur d’effroi incrédule. Juste avant que j’appuie sur la détente.

Je me suis montré efficace et propre. Les gens ont a peine hurlé, au début. Et rapidement, la foule fervente s’est muée en un troupeau d’apeurés hurlant et piétinant son prochain pour sauver sa peau. C’était pitoyable à voir. 

Même Joseph, j’ai dû lui tirer une balle dans le dos. Ce cretin n’était pas si pressé, finalement, de rejoindre le paradis. Il commençait à s’enfuir. 

La foule avait déguerpi déjà lorsque je me suis approché du berceau. C’est lâche, un croyant, au fond. Ça parle de sauver l’humanité par la foi et ça ne donnerait même pas sa vie pour secourir l’enfant-Jesus. 

J’ai hésité un instant. Et puis je me suis repris: ne pas achever mon œuvre pour une bête sensiblerie aurait tout gâché. 

Alors j’ai tiré aussi. Je devais accomplir mon devoir, faire mon grand ouvrage jusqu’au bout. 

J’ai laissé en vie ceux que l’on nomme les animaux. J’aime encore mieux un être sans jugement qu’un mouton crédule. Car après tout, ce sont ceux que j’ai supprimés, les vrais moutons. 

Je n’ai aucun regret. Je ne comprends même pas pourquoi la société ne m’a pas remercié de cette purification saine. Je n’ai fait que lui rendre service, après tout. 

Même les trépassés devraient me remercier: ils seront morts en Martyrs, en héros pour n’avoir pourtant rien accompli de grand. Et, grâce à moi, ils auront retrouvé leur royaume des cieux bien plus vite que prévu. Dieu les a appelés à lui par mes mains, en quelque sorte. De quoi se plaignent leurs proches? Que veulent les croyants sinon être au plus proche de dieu? 

Quant à moi, j’ai jeté mon arme parmi les poules, je me suis assis dans le foin et j’ai attendu sereinement qu’ils viennent m’abattre. Ces cons ne l’ont même pas fait. Ils m’ont capturé vivant. Je n’ai été ni tué ni torturé: ça n’a même plus assez de courage ni de puissance pour la vengeance, c’est affligeant.  Je n’ai même pas eu le droit à un procès. Leur société excusant tout, des experts ont estimé que ma santé mentale expliquait mon geste. Moi qui suis plus sain d’esprit qu’eux tous réunis! 

Les imbéciles ...