(devoir de Lakevio du Goût. Oui, je sais, je suis bien en retard...). 

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Je me souviens de ce bouquet frais et odorant qu’il m’avait tendu sans un mot, il y a un an, et qui me fit sourire tant que mes yeux en brillaient d’émotion. 

Ces fleurs avaient l’odeur du linge propre et neuf. Un parfum envoûtant, qui me donnait une irrépressible envie d’y fourrer mon nez à toute heure. Et c’est sans retenue que je venais humer cette odeur neuve à pleines narines, comme pour m’en imprégner et la faire mienne. 

Le bouquet était si frais que l’on y distinguait, ça et là, de petites perles de rosée qui venaient chatouiller ma peau, dans un frisson de plaisir délicieux. Ces gouttes d’eau parfumées, je le jure, avaient des vertus épatantes. À chaque fois que j’entrais en contact avec le bouquet embrumé, je rajeunissais. 

Et quelles couleurs! Des pigments d’un violet éclatant, qui me renvoyaient une lumière si brillante qu’elle m’éblouissait et me jetait dans un trouble indéfinissable. 

Les violettes ont séché, à présent. Je les ai conservées pour mieux me souvenir de leur parfum à présent délavé et de leur fraîcheur d’antan. 

Pourquoi faut-il que toutes les fleurs sèchent? On me répondra par une loi scientifique et péremptoire que je ne veux pas entendre. C’est qu’il faudrait alors  « se faire une raison ». 

Ce bouquet a perdu tout son éclat. Son odeur est si fade, à présent. Quant à sa fraîcheur... 

Je le regarde parfois de mon regard triste, sans ne plus jamais songer à y fourrer mon nez ni à le toucher. Il se briserait ou me blesserait la peau de ses pétales rêches. 

Je le garde pourtant. Comme pour me souvenir qu’un jour, il a été mon plus beau cadeau. 

L’idée de le jeter me bouleverse trop pour le moment. Je le conserve comme une preuve d’un bonheur révolu mais qui fut pour moi étincelant. 

L’aimé-je encore, ainsi blême? Je me console en songeant qu’il aurait pu faner ou pourrir. Non, j’ai eu l’acuité de le faire sécher avec précautions afin d’en conserver un agrément d’apparence et de tendre nostalgie. 

Pourtant, je sais bien que tôt ou tard, au hasard  d’une ballade, je cueillerai bien un nouveau bouquet frais...