Le réveil sonne chaque matin avant huit heures. Ne pas se laisser aller. Se lever la première. Accueillir les petits yeux encore ensommeillés mais qui m’ont entendue. Surveiller leur petit déjeuner en loin, puis leurs toilettes de près. Allumer les dessins animés pour une heure. Une heure de tranquillité durant laquelle... je dois me préparer et m’occuper du linge. Tout ce linge ! 

Faire la classe ensuite à trois CE1 pendant une heure. Calculs et grammaire, orthographe, conjugaison le matin. Immuablement. Lorsqu’ils peuvent travailler en autonomie, je lis cinq pages d’un livre en cours. En une heure. Toujours ça de pris. 

Ensuite, leur rendre leur liberté et préparer le déjeuner. Pour huit. Tandis que ça cuit, vider et remplir un lave-vaisselle. Songer vaguement, pendant ce temps, à ce que j’aimerais écrire. 

Déjeuner en famille. Ordonner un peu aux autres leur travail imposé, en vrai chef de chantier. Untel va débarrasser la table, tel autre passera l’aspirateur et le troisième lavera la salle de bain du haut. Voilà pour aujourd’hui. 

J’exige une sieste d’une heure en début d’après-midi. Du moins, un confinement dans les chambres, que chacun puisse jouer en autonomie et sans écran. Moi, je sieste, en général. Ou bien je lis. Une heure, c’est si rapide. J’écris seulement des morceaux de phrases, des débuts de paragraphes, qu’il faudra reprendre plus tard. 

L’heure de la classe de CE1 arrive vite. Lecture, géométrie, science l’après-midi. Et puis envoyer les devoirs aux instits. Classe jusqu’à l’heure du goûter. Surveiller à nouveau, en loin, les brioches au nutela et apaiser les conflits. 

Ensuite, je leur offre deux heures. De présence attentive. Lorsque le temps le permet, et que j’en ai envie, je joue dehors. D’autres jours, on joue au Monopoly ou on loue un Disney. Parfois, ces deux heures sont entrecoupées de pauses de ma part. Ou alors, les séances sont suspendues par une mère ou un père qui appelle son enfant au téléphone. Seul moyen de communication entre eux, en ce moment. 

Ensuite, préparer le dîner pour huit, vider et remplir à nouveau le lave-vaisselle. Le dîner est toujours un peu plus compliqué. La tombée de la nuit fait surgir les angoisses. La plus jeune demande quand elle reverra sa maman. Personne n’a de réponse à lui donner. Si seulement on savait quand elle allait pouvoir revoir sa maman... 

Je me pose quelques minutes dans le canapé tandis que les enfants débarrassent. Je songe à tout ce que je vais pouvoir faire dès vingt heures, heure de ma liberté retrouvée. Soit on les couche, soit ils regardent un dessin animé dans la chambre d’un ado, ou encore ils se posent devant un film avec Manu. 

Je prends un bain dans un calme absolu. Et je songe, dans mon bain, à ce que je vais pouvoir faire après : terminer un écrit, lire une centaine de pages. 

Mais déjà on frappe à la porte de la salle de bain. Elisa a besoin que l’on rédige en anglais une biographie de Sherlock Holmes. Ou bien la demoiselle demande à ce que je corrige les fautes d’orthographe de sa rédaction. Tant pis pour moi. Je n’écrirai rien et ne lirai pas. 

Je tomberai de fatigue après seulement dix pages. Le journal de Green attendra. 

Je dois encore trouver le temps de faire ma commande pour le drive du supermarché. Quand on est huit, ça signifie prévoir seize repas et établir la liste de courses à l’avance. 

J’ai fait ça dix jours, et aujourd’hui j’ai dit stop. Enfin, un stop tout relatif, mais bien net quand même. 

Désormais, les trois petits, plutôt que de passer une heure devant la télévision, m’aideront un quart d’heure au linge. Manu et les ados prendront le relai pour la classe des CE1. Plusieurs fois par semaine. Et l’après-midi, j’accorderai une heure de jeu, et non plus deux. Ou deux seulement si j’en ai envie. Et enfin, désormais, je ne suis plus là pour personne, surtout pas pour les devoirs, dès vingt heures. 

J’ai besoin de lire. Et d’écrire.