Quand j'etais petite.. un épisode parmis tant d'autres!
Je ressors une vieillerie enfouie au fin fond de ma boite à souvenirs.
Je replante le décor: je suis en CM2, dans une école de campagne. Je vis dans un coin perdu de l'Eure et loire, je fréquente l'école primaire de Fontaine Simon.
La fin de l'année arrive. Il fait beau, c'est le printemps. Cette année, nous sommes les plus grands de l'École. Être en CM2, ça a ses avantages. Le sempiternel spectacle de fin d'année arrive a grand pas. Pour nous, celui ci sera le plus important de notre vie, non seulement parce que l'année suivante nous seront des "grands" au collège, mais aussi et surtout pour ce qui suit.
Nous rentrons en classe, trés excités. Nous savons trés bien que cet aprés midi, notre maître va nous donner le contenu des festivités, mais aussi et surtout nous attribuer à chacune un personnage, un rôle, une danse, une chanson. La surprise dépassa de loin ce qu'on avais osé réver: cette année nous sommes grands et responsables, il y aura donc des "danses libres". Je précise ce que signifie "danse libre" : il s'agit de former des groupes de filles, ou bien de se mettre toute seule, on choisi une chanson, et on peaufine notre chorégraphie au gré de nos envies.
Quelle aubaine, c'est vraiment fantastique. On regarde toutes les clips à la télé, les chanteuses en vogue, les danses à la mode. Ce ne sera pas trés difficile, on a juste a piocher parmis nos idoles, a y ajouter un grain de fantaisie et une dose de naiveté.
Dans les premières heures qui ont suivi l'annonce, j'étais sur mon nuage. Puis j'ai commencé a angoisser: des groupes commençaient à se former, certaines filles se mettaient par trois ou par quatre. Les plus populaires étaient appelées en premier. Les "meilleures amies" ne voulaient pas se séparer. Si j'avais pas de place dans un groupe, je devais me mettre seule, car il était obligatoire de danser. Plutôt mourir que de danser toute seule, les autres se seraient moquées.
Moi, j'étais plutôt appréciée, mais ne faisais pas partie des plus populaires .Je n'étais pas habillée comme les petites filles en photos dans les catalogues, j'avais un léger sur-poids, ce qui était un handicap certain pour un spectacle de danse, et puis je ne bougeais pas super bien non plus.
Enfin j'ai trouvé une place en or, une place trés convoitée. J'ai été démarchée par la fille la plus aimée de notre classe. Je n'en croyais pas mes yeux. Elle s'était disputée avec une partie de ses copines, je faisais office de roue de secours. Qu'importe, j'étais ravie de ce privilège. Nous formions donc un groupe de quatre danseuses : trois mini stars et moi.
Pour ce privilège, j'ai même refusé une place dans le groupe numéro deux, celui de mes copines. Elles m'en ont d'ailleurs voulu, m'ont reproché de prendre la grosse tete, de m'être embourgeoisée depuis que j'étais convoitée par les filles les plus cool de l'École. Pas grave, elles m'ont pardonné, aprés que mes nouvelles copines les aient menacé de ne plus leur parler.
La vie était belle, le soleil brillait, et dans ma tete, des millions d'étoiles étincelaient. On préparait les chorés, je devais beaucoup m'entraîner, mais j'avais le coeur léger.
C'était trop beau, il a fallu que ça ne dure pas. Lors d'une une récré je pris la décision de me cacher afin d'espionner mes copines pour etre sure qu'elles ne parlent pas de moi et de mes nouvelles fréquentations huppées. Ouf, elles parlaient avec Coralie, j'etais ravie.
Coralie, c'est la seule fille noire de l'École. elle est gentille, mais elle se fait pas mal embêter. Ben oui, elle est noire, c'est pour ça qu'on se moque d'elle. Moi, je ne me moque pas, c'est pas très sympa. Par contre non, je ne la défend pas. Je suis populaire, je tiens à le rester. Chacun ses problèmes, elle n'a qu'a se débrouiller.
J'ai écouté la conversation jusqu'au bout, car j'ai entendu Coralie prononcer mon prénom. En fait elle demandait à la chef du groupe deux si elle pouvais me remplacer, car elle avait personne, et que moi j'avais dit non. La réponse fut sans appel. C'était un non définitif et cinglant. "Coralie je t'aime bien tu es sympa, mais toute l'École se moque de toi, si on te prend dans le groupe, tout le monde rigolera."
Coralie n'avais pas insisté et s'était résignée. Moi je suis réstée cachée ici toute la récré. Moi joie avait tout à coup disparu. Je me suis sentie trés mal sur le moment.
Le maître nous en a reparlé: "Je ne vais pas désigner un groupe pour accepter Coralie. Je vous fait confiance, je suis sur que l'une de vous aura la gentillesse de se porter volontaire pour accueillir votre camarade". Les jours ont passé, personne ne s'est proposé, Coralie sur sa demande, a été exemptée de danse libre.
Moi j'ai vite oublié. Ma chorégraphie était au point, je maîtrisais. Mes nouvelles amies étaient contentes de mes efforts. Le spectacle promettait de nombreuses réjouissances.
Nous nous somme fait distribuer le programme de la journée. Nous étions le groupe un, nous devions danser en premier. Tant mieux, c'est la ou les élèves sont le plus concentrés. Les parents et instits étaient tous la. J'avais une belle tenue, je m'étais arrangée au mieux. Je lisais le programme pour vérifier une dernière fois : groupe un , deux, trois.. et puis tout en bas de page, il y avait écrit "surprise". J'ai pensé qu'il s'agissait certainement du goûter.
J'ai dansé, sué, rigolé. Les danses se sont enchainées, les groupes se sont succédés. On arrivait a la fin, la surprise allait arriver. Les lumieres se sont éteinte, le rideau s'est ré-ouvert:
Une danseuse étoile a fait son entrée. Pas un groupe, une seule fille en tutu. Elle était seule sur le scène, tout de rose vêtue. Le piano a commencé a joué. Je ne rêvais pas, Coralie avait choisi de danser. Je ne le savais pas, mais Coralie avait des années de danse classique derrière elle. Elle dansait trés bien, elle était trés jolie. Mais ce jour la, sa plus grande qualité aura été d'oser. La tète haute elle avait dansé, faisant fi du regard de ses camarades qui l'avaient rejeté. A la fin de son show elle salua le public. Sa maman la regardait d'un air trés fier (j'appris après que c'était elle qui l'avais convaincue et entrainée).
Je n'ai pas eu le temps de me racheter. J'aurai voulu lui dire des millions de choses, mais j'ai déménagé. je suis entrée au collège, j'ai mûri, et puis je lui ai écrit. On a correspondu un an ou deux, et puis plus jamais.
Je n'ai pas écrit ce texte seulement histoire de "raconter". C'est vrai ça m'a permis de mettre sur papier un souvenir qui m'a trés souvent tourmenté .Mais ça va au delà.