Un poème comme trésor
Ca suffit, j’en ai assez. Ce parfum coûteux et de chez Gautier ne me correspond plus. Je l’avais acheté alors que j’étais enceinte. Je suppose que ce jour la les hormone l’avaient choisi pour moi. J’étais fragile, j’en avais envie. Un vrai coup de cœur, un coup de foudre.. c’est bien joli, mais c’est connu aussi, ça ne dure pas. Un an plus tard, le flacon n’est pas terminé, mais la passion est passée. Il est temps de se dire au revoir, et de changer.
Direction la parfumerie, c’est décidé . Jean Paul a fait son temps, il m’agace, il me dégoûte et ne partage plus mes journées. Je veux changer. Je sais déjà ce que je vais acheter : ce bon vieux Lancome que j’ai autrefois apprécié. C’est un ex, celui la, je le connais. Un bon vieux classique. Pas de coup de foudre torride, une valeur sure. Au moins, celui la, je ne m’en lasserai pas.
Dans le rayon, le voici le voilà. J’en prend une boite.. et puis non, je vais l’humer avant. Après tout, mes goûts ont bien changé, Jean Paul en a déjà fait les frais. Il sent encore bon, ça c’est certain, mais j’ai comme un doute soudain…
Je lève les yeux… je jette un œil sur les boites d’a coté. J’aperçois alors son frère ennemis a deux pas de celui ci. Frères ennemis, c’est un peu fort. C’est juste que, des deux, j’en ai toujours adoré l’un autant que j’ai détesté l’autre. Bien que l’odeur ne m’ait jamais attirée, la boite est jolie, je ne peut pas le nier. La nom de ce parfum m’inspire autant de belles choses que celui du premier. Après tout, je vais le sentir, ça n’engage à rien.
Finalement, il ne sent pas si mauvais que ça. Odeur remplie de souvenirs agréables, celle de ma meilleure amie qui ne jurait que par lui. A l’époque je me moquais de ce mauvais goût affiché (en toute subjectivité). Aujourd’hui, c’est différent. J’ai sûrement changé. Ce parfum, mon ennemis juré, m’a conquise en moins de 2 minutes passées a rêvasser.
Je ne sais pas ce qui m’a pris, mais j’ai acheté mon grand ennemis, au grand dame de son frère jusqu’alors chéri. Sur le retour je doute : j’ai fait le mauvais choix, j’ai gaspillé. Déjà que c’est cher et de toute futilité, mais en plus si tu prends pas le bon, c’est le pompon !
Rentrée chez moi je raconte mon coup de foudre a mon bien aimé. Il est surpris de ce choix qui ne me ressemble pas. Il découvre alors l’objet du délit. Chéri adore ce parfum, qu’il trouve très raffiné. Valérie, t’as bien fait. Si au moins toi tu regrettes un peu, tu as fait un heureux !
Je m’en vaporise sur le champ. Mon homme adore «si, vraiment » . Il ne dit pas ae pour me rassurer. Il est sincère, il est conquis lui aussi par mon ennemis juré. Nous allons nous coucher.
Lendemain, réveil solitaire. Chéri est partis a l’aube. Ramassage de vêtements de la veille négligemment jetés au sol car trop sommeil. Un vrai coup de masse en les ramassant. Mon odorat vierge après une nuit sans odeur reconnais alors cette senteur avec stupeur. Je suis émue, je suis choquée. Ca me dérange, ça me trouble, je crois rêver. Et oui, cette odeur particulière laissée sur le tissus, je la connais. Je comprend tout à coup pourquoi mon cher et tendre l’a tant apprécié.
Ce parfum qui dans notre maison a fait son entrée, il la connaît. Combien de fois a t’il pu a loisir l’humer ? Durant combien d’années s’est il réveillé chaque matin non loin de cette odeur ? Je ne saurai le dire, lui même n’en sait rien d’ailleurs… a vrai dire il ne se rappelle même pas.. Mon déclic de ce matin, il ne l’a pas eu (ou me l’a caché), et je vais bien me garder de lui en parler.
Ca vous parait flou ce que je raconte, vous perdez le fil ? Non, je ne deviens pas folle, je vais tenter de mieux m’expliquer. Je ne suis pas la seule femme dans le cœur de mon bien aimé. Une autre passe avant moi.. ou juste après.. ou à égalité, je ne sais…On dira ce qu’on voudra, il se joue une compétition. Aucune des deux ne l’avouera, voire pire, on ne la soupçonne même pas. C’est implicite, c’est inconscient, c’est indépendant de notre volonté… mais c’est latent !
L’autre jour, dans cette parfumerie, mon subconscient aurait il choisi pour moi ?