Comment lentement sombrer
Naître dans un coin de l’Orne, reculé
Naître en deuxième position, être l’enfant du milieu
Ne pas aimer cette place, se sentir isolée
Etre élevée en conséquence, c’est pire ou c’est mieux ?
Grandir a la ferme, y être éduquée
Aider autant que possible des parents débordés
Obtenir un BEP qui permettra de manger
Rencontrer un homme de quinze ans son aîné et l’épouser
Monter avec lui à Paris pour pouvoir travailler
Louer un studio tout petit boulevard Edgar Quinet
Devenir technicienne de surface à la tour Montparnasse
Vivre et faire face, même si c’est pas toujours la classe
Avoir envie d’un enfant absent, qui est long à pointer son nez
Mourir d’envie d’enfanter, après bien des essais ratés
Porter enfin l’enfant tant attendu et devoir affronter
Rester une grossesse alitée pour plus de sécurité
Toucher enfin son rêve une nuit de décembre
Tenir le bébé, et pour s’assurer qu’il soit parfait, compter ses petits membres
Devoir être heureuse, mais se sentir bien angoissée
Tenter d’allaiter en vain, ne plus supporter
Arrêter de travailler pour cette petite fille garder
La confier autant que possible au papa, épuisée
Pouvoir se décharger de ce bébé bien encombrant
Vouloir quitter à Paris, c’est trop stressant avec un enfant
Retourner dans le Perche, trouver une petite maison
Prés de la famille, pour améliorer la situation
Reprendre un emploi de femme de ménage
Se laisser bouffer par le quotidien qui fait des ravages
Voir l’argent manquer, et son couple se dégrader
Se sentir impuissante, prendre des amants
Peut être s’évader ? quelque chose à se prouver ?
S’amuser, ne plus penser à l’enfant
Commencer a se lasser de cette vie et déprimer
Se résigner, se laisser aller, ne plus rien partager
Rester chez soit cloîtrée, ne plus avoir la force d’aller bosser
Se disputer sans cesse et toujours reprocher
Devenir très aigrie, passer ses journée au lit
Consulter de nombreux médecins, seuls contacts humains
Couper tous les liens qui ramènent à la vie
Vouloir se passer d’anti depresseurs, mais en vain
Ne plus faire face, ne plus rien assumer
Perdre la raison, un peu contre son gré
Commencer à s’entailler les veines, juste pour exister
Délirer, et sa fille complètement oublier
L’envoyer un jour d’été chez les voisins jouer
Ne pas songer qu’elle pourrait rentrer a l’improviste
Etre seule à la maison, avaler des cachets
Pour son mari, son enfant, ne même pas être triste
Se faire découvrir au soir a terre allongée
Se faire transporter en brancard par les pompiers appelés
Etre déjà à mi chemin, posée dans l’hélicoptère
Tirer sa révérence une fois dans les airs
Passer de vie à trépas dans l’hélico envolé
Partir soulagée de tout ça, fuir sans se retourner
Laisser en bas mari et enfant se débrouiller
Regarder de la haut sa fille qui s’évertue à ne pas perpétuer
Bonne fête Maman !