Mon village
Je vais vous parler un peu de mon village, tiens !
Pas le grand village ou ma maison récemment achetée est posée ! Non ! Mon village de cœur, mon tout petit village…
Je ne vous apprendrez rien si je vous disais que mon village est situé au cœur du Perche. Dans l’Eure-et-Loir ? Non ! J’ai cru lire qu’une amie blogeuse situait le Perche en Eure-et-Loir. Elle a pas tord, mais elle en a probablement oublié une énorme partie, donc CARTE DU PERCHE . Mon village est dans le Perche, mais fait également partie de L’Orne !
Qui connaît l’Orne ? Levez la main ! Des mains levées, j’en vois pas beaucoup ! Mon pauvre département est bien triste d’être à ce point méconnu. Il est pourtant charmant…
Mon village, il est si petit qu’il n’y a plus qu’un bistrot pour seul commerce. C’est déjà pas mal, pour une centaine d’âmes. L’école, elle aussi, est restée. L’école qui ne m’a jamais accueillie, mais ou mon papa a appris. Elle a de la chance, cette minuscule école, d’accueillir encore des élèves. C’était pas gagné d’avance. La petit école accueille non pas les (un ou deux) élèves du village de chaque niveau. Non, elle est composée d’une unique et grande classe de CM2, de tous les CM2 du canton. Une deuxième vie, pour cette école, grâce à ce regroupement…
Dans ce village, si cher à mon cœur, il y a une bibliothèque, tenue et entretenue par quelques bénévoles. Merci les bénévoles !
Dans ce minuscule bled au cœur du Perche, il y a aussi quelques amis et proches, qui contrairement à moi, ont choisi de rester… Bien sur, mon Papy. Pourquoi quitterait-il le village, mon Papy ? Il ne le quittera jamais. Il y restera. Aussi longtemps qu’il sera en vie ? Non ! Plus longtemps. Il y restera pour l’éternité.
Deux tatas sont restées. Du travail ? Encore quelques usines dans le coin…pourvu qu’elles y restent. Mes tatas resteront là bas aussi longtemps que les usines tourneront.
Des amis ? Quelques uns. Très peu l’hiver. Plus nombreux l’été. Les amis d’enfance, les visages connus, vivent à Paris pour la plupart. Ils ont rénové les fermettes de leurs grands-parents pour y loger l’été.
Mon village, malgré l’éloignement, je m’y rend encore souvent . J’y suis allée à Noël, j’y suis allée à Pâques, j’irai avant la rentrée des classes, j’irai encore passer Noël 2007, et tous les autres Noëls, je suppose. Je pourrais tout à fait, chaque fois que je vais voir mon grand père et bousculer sa vie un peu au ralentit, ma garer simplement devant sa petite maisonnette, l’ancien café d’une gare qui était déjà abandonnée avant que je naisse. Je pourrais simplement m’arrêter là, à l’entrée du village, bien avant le bourg, et repartir après avoir passé un temps avec papy. Je ne le peux pas. Mon véhicule fera le tour du village, comme à chaque fois. C’est plus fort que moi. Les curieux auront tout loisir de me regarder passer au ralentit dans les quelques rues. Une auto immatriculée 17, c’est pas courant, pour les quelques anciens assis derrière leur fenêtre depuis un paquet d’années.
Toujours le même petit parcours. Un œil d’abord tourné vers l’église, des fois ou elle aurait bougé. Non, elle est toujours là, témoin du baptême de mon papa, du mariage de mes parents, de mon baptême. Cette église m’a faite marraine un jour. Elle m’a faite orpheline un autre. Elle a recueilli mes larmes de deuil par trois fois…Je n’ai jamais aimé les églises. Celle-là je la déteste.
Ensuite, un arrêt devant la maison qui abritait avant mes grand-parents. La maison ou ma grand mère a mis au monde onze de ses douze enfants. Méchante maison, dont l’entrée ne nous est plus autorisée. Elle a été vendue, la maison, quand le cancer a gagné la partie, quand nous pensions que Raymonde ne survivrait pas longtemps à Georges, ni à l’abandon de leur maison. La maison n’est plus nôtre depuis douze ans. Raymonde a résisté. Elle vit toujours. Elle survit. Elle survit tant bien que mal, entre parties de cartes, jeux de dés, visites des enfants, des petits enfants, de quelques amis bien portants. Elle survit au fait que personne ne l’ai recueillie. Elle survit à l’ennui dans une maison ou d’autres vieux survivent aussi.
Enfin, le seul endroit ou nous sortirons de l’auto, c’est le cimetière. Je le déteste, lui aussi. Georges y attend Raymonde depuis trop longtemps. Il la connaissait, lui, il devait pourtant le savoir, qu’elle était forte. Une vraie dame de maison, une vraie maman au foyer (et quel foyer !). Il l’attend patiemment.
Ma petite Mamie est là aussi. Elle, elle n’attend pas Papy. Elle sait qu’il prendra son temps. Elle sait qu’il s’est accroché à plein de choses : le jardin, la maison, la nature, les ballades, les arrières petits enfants qu’elle n’a pas eu le temps de connaître. Elle est pas pressée, Mamie. Elle sait O combien on a encore besoin de lui.
J’ai fait ces deux visites. J’ai ma conscience pour moi. J’ai gagné mon Paradis. La troisième tombe me le fera perdre, comme à chaque fois. J’ai le cœur serré. J’ai une boule dans la gorge. J’ai envie de vomir. J’ai des bouffées de chaleur. Je perd mes repères. Je perd le Nord. La tombe de mon Papa. J’aimerai qu’il me parle, qu’il me dise que j’ai bien fait. Non, faut pas pousser… qu’il me dise que c’est pas ma faute ! Evidement il ne le fera pas. Il ne le peut pas, et même s’il le pouvait, je crois qu’il ne me le dirait pas. Evidement c’est ma faute si il est tout seul là. Evidement je m’en veux ni plus ni moins que lorsqu’on l’a enterré là, que lorsque JE l’ai enterré là. Je m’en voudrais toujours, à moins de réparer. Comment réparer ? Aller chercher un cercueil, seul lui aussi, quelque part en Eure et Loire, et le lui ramener chez lui ? Val a dit : « on ne dérange pas les morts »!
Val se trompe peut être. Val doute. Val se dit qu’elle a peut être commis une erreur. Pourquoi ? Pourquoi avoir fait, dans l’urgence et la douleur, un tel choix ?
Et vous autres, pourquoi m’avoir demandé ? Pourquoi ne pas avoir choisi pour moi ? Tout aurait été tellement plus facile, je crois…Bien sur, pour ne pas que je vous reproche un mauvais choix. Je sais qu’ils ont eu raison, tous les autres…
Un choix bien pour qui ? Pour les morts ou pour les vivants ? Val a répondu à la hâte ce jour là. Elle n’a pas choisi. Les larmes d’une grand mère qui survit à son fils ont choisi pour elle. Les larmes dignement retenues de son autre grand mère, qui savait sa file seule, bien seule, pourtant, l’ont conforté dans son choix Elle a dit ça comme ça Val… Je pense que ça restera dans sa conscience toute sa vie !
Je le déteste, ce village. Pourtant, je ne peux m’empêcher de penser à lui encore et encore, d’y aller comme un pèlerin se rend sur un lieu saint. Malgré tout ça, mon village garde en lui le souvenir de jeux de vacances d’été avec les cousins, avec les voisins, avec les nombreux parisiens. Souvenirs de parties de pêche, de baignades dans l’Huisne, de plongeons du vieux lavoir. La balance est pleine de poids lourds des deux cotés, mais elle penche toujours un peu du coté des doux souvenirs d’une enfance insouciante.
Pourquoi l’avoir quitté, ce petit village ? Tout bêtement parce que vivre en fin fond de l’Orne, ce n’est pas si simple que ça paraît. Lycéenne, je parcourrais 25 kilomètres pour assister aux cours. L’entreprise que j’ai quitté avant qu’elle ne sombre s’est depuis délestées de 4/5 de mes collègues…Manu, après dix ans de bons et loyaux services, sentait qu’il avait fait le tour d’un poste, d’une entreprise… Trouver un autre emploi là bas ? Pas si simple. Elever des enfants là bas ? Un peu trop monotone pour moi. Il a fallu faire un choix. L’océan nous a invité à le rejoindre. Nous ne regrettons pas.