La migraine
La chronique matutinale m’a donné l’idée d’écrire à ce sujet…
J’avais déjà pensé à le faire avant mais une jeune maman insupportable l’a fait sur son blog, et mieux que moi, alors…
Ma migraine, ça fait longtemps que l’on cohabite elle et moi. Elle ne vit pas en permanence à la maison. Elle est de passage, en général. Par contre, quand elle me rend visite, elle arrive à l’improviste, sans prévenir, sans bagages non plus. Elle frappe un matin à ma porte, les mains dans les poches. Je n’ai pas d’autre choix que de lui faire une place, petite ou grande, c’est selon. Je n’ai pas d’autre choix que de la nourrir (elle est friande de médicaments en tous genres). Je n’ai pas d’autre choix que de l’accepter. Bien sur, on est pas très copines, toutes les deux. Des sœurs ennemies. Voilà, c’est ça, des sœurs qui se détestent et qui se gâchent la vie. Mais des sœurs tout de même…
La migraine, quand elle arrive, en général, c’est le matin. Je me réveille et elle est déjà là, à m’attendre. Elle frappe dans un coin de mon crane. Elle frappe fort. Elle frappe tellement fort qu’elle rend mon lever difficile. Elle s’obstine à taper et cogner avec une telle force qu’elle me donne les larmes aux yeux. En bonne ennemie, elle ne supporte pas que je lui résiste, que je la nargue. Si je ne lui accorde pas le crédit qu’elle me soudoie, elle me le fait payer. Elle veut me voir étendue, battue, abattue sur mon lit. Le fait de me voir me lever malgré ses menaces la rend plus féroce, et elle redouble de coups qui redoublent de force et de violence dés que je me met debout.
Bien sur, elle ne tient pas ce rythme endiablé bien longtemps. Elle s’essouffle un peu après quelques minutes et les coups deviennent un peu plus supportables. Il faut s’armer de patience pour que le pic de la crise s’en aille gentiment. Val n’a plus cette patience depuis longtemps. Val n’a pas le temps d’attendre sagement couchée, dans le noir. Val a des enfants à nourrir le matin. Heureusement, j‘ai appris, au fil des années, à connaître ses goûts et dégoûts. Je sais ce qui l’attire, et je sais aussi ce qui la fait fuir. Ces matins là, je commence ma journée par deux comprimés à l’ibuprofène avalés avec un grand verre d’eau glacée, et immédiatement suivis d’un grand bol de café bien fort et bien amer. L’effet est quasi immédiat. Quelques minutes après, la douleur est devenue bien plus supportable. Oh, bien sur, ce n’est que temporaire. Elle n’est pas partie. Elle se fait juste plus discrète. Elle attend sagement, dans un coin de ma tête que je baisse ma garde pour réapparaître, plus féroce que jamais. Val a appris à ne pas baisser sa garde. Les matins ou je me lève avec elle, je ne l’oublie pas. Même si la douleur est devenue supportable, ou même inexistante, je sais que je devrai gober un doliprane minimum toutes les trois heures, et une tasse à café serra greffée à ma main droite toute la journée.
Oui, j’ai appris à la dompter un peu, même si elle m’étonne encore parfois. Je la pensais imprévisible avant. Maintenant, je gère mieux. Je sais ce qui la fait fuir, ou du moins ce qui la fait plier, voir se rendre. Je sais aussi ce qui la provoque (enfin presque). Disons que je peut prévoir sa venue la veille, si mon comportement n’a pas été exemplaire, je sais qu’elle viendra me punir.
Ma migraine, elle aime les abus. Elle profite de mes faiblesse pour venir me défier. Abus d’alcool (attention, pour elle un abus c’est au delà de deux verres de vin). Elle aime le tabac (au delà surtout de dix cigarettes quotidiennes), et elle aime aussi les épices. Elle est lâche, et me prend souvent au dépourvu quand je suis faible. Non, elle ne viendra pas lutter contre moi les jours ou j’ai la pêche, ou j’ai bien dormi, ou tout roule et ou je suis prête à combattre. Elle m’envahit et prend possession de mon corps quand il va mal (mal dormi, manque de sommeil évident, fatigue nerveuse), et elle s’ajoute à mes soucis quand j’en ai (stress, chagrin, tristesse). Elle est vicieuse. Elle s’attaquera à moi quand je suis déjà en lutte. Elle aime me surprendre en plein milieu d’un ascension d’escalier à plusieurs étages, ou quand je conduit de nuit, ou bien quand je lis sans lunettes.
Et aussi, elle aime l’altitude. J’ai connu mes plus grosses crises vers Gap et vers Pau, en en hauteur…
Elle aime pas le froid, elle préfère la chaleur. C’est une belle d’été. L’hiver, elle se fait rare (elle doit migrer vers les pays chauds). L’été, elle est beaucoup plus présente, surtout quand il fait très très chaud.
Je sais aussi ce qu’elle n’aime pas. Elle n’aime pas trop les médicaments. Elle aime pas le café. Elle aime pas le silence, le froid, le noir complet. Elle me préfère debout qu’allongée. Voilà les ruses, quand les comprimés ne suffisent pas.
Val, quand la douleur est devenue insupportable, ne lutte pas et se rend. Elle va se coucher, si elle le peut, dans le noir complet, dans le silence absolu, au frais, un sac de glaçons sur le crane, et elle attend… que ça passe, ou bien l’endormissement.
Ce n’est pas toujours possible. Ce n’est pas toujours faisable. Ce n’est pas toujours suffisant. Quand la squatteuse, plus déterminée que jamais à me faire flancher, ne quitte pas les lieux, Val joue sa dernière carte : la prescription médicale.
Je ne vais que rarement au cabinet. Val n’est pas souvent malade (enfin pas au point d’aller rendre visite au généraliste). Mon docteur me connaît. Il me voit venir à lui, la mine déconfite, le teint pale, les yeux brillants. Il comprend. Il ne cherche pas plus loin. Il me donne mon ordonnance salvatrice : une boite de comprimés caféines dont un des composants, un anti inflammatoire fort, rendrait soi disant dépendant (voilà pourquoi je n’en dispose pas à ma guise, de cet élixir magique). Les quelques fois ou la crise étaient vraiment plus qu’insupportable, gentil docteur m’a carrément fait une injection ! Une piqûre. Pas les vilaines piqûres qui font mal et qu’on redoute. Non ! Une gentille piqûre qui vient à mon secours en urgence, qui fait effet en moins de dix minutes et qui stoppe la crise net. Mais ça, c’est réservé aux cas extrêmes…
La migraine, elle est devenue plus douce et un peu plus docile depuis quelques années. Les crises de plus de quatre jours se font plus rares qu’avant. Celles qui m’empêchent toute captivité aussi, ou alors elles durent moi longtemps. Peut être l’air iodé ? Qui sait ?
Maintenant, la migraine me rend une courte visite une fois par semaine, environ, mais sa visite est tout à fait supportable. La grosse et méchant migraine, celle qui fait pleurer et qui handicape une bonne semaine, espace de plus en plus ses visites. Je dirai… une fois par trimestre. C’est encore beaucoup, mais j’ai connu bien pire. Il y a quelques années, j’ai eu des crises assez fortes qui ont duré parfois plus de dix jours (dont trois sans pourvoir faire quoi que ce soit).
Le pire, avec la migraine, c’est socialement parlant. Annuler une sortie, un dîner, une réunion, un rendez vous parce qu’on a mal à la tête, ça fait pas très sérieux. Les gens pensent que vous n’avez pas envie de venir. Les non migraineux ne s’imaginent pas à quel point c’est handicapant. Heureusement, je n’est pas été pénalisée quand je bossait (mon patron était un gros migraineux). Par contre, à l’école…
Oui, à l’école, parfaitement ! Qu’on me dise pas à moi que les enfants n’ont pas de migraine. Je me souviens de ma première grosse crise en détail. J’étais en CE2, clouée sur ma chaise, ayant à peine la force de tenir mon crayon, ne voyant plus très bien ce qui était écrit au tableau. Un calvaire… et puis.. un enfant qui a mal à la tête n’est pas pris au sérieux. « Tu es restée trop au soleil », « tu as trop mangé de chocolats »….
Mon médecin, à l’époque, m’avait envoyée direct à l’ophtalmo. Un tout petit astigmatisme avait été détecté. Rien de sévère. Même pas besoin de lunettes.
Maintenant j’en ai. Pour lire, écrire, taper, conduire… mais lunettes ou pas, la migraine est toujours là !
Ah, si, j’oubliais !
On a déjà fait la paix, elle et moi. Elle m’a concédée deux longues trêves. Deux trêves de neufs mois. Deux grossesses sans elle. Dix huit mois de répit. Hormonale, la migraine ?
Ouais, y’a de quoi se poser la question.
Bon, bien sur, neuf mois sans tabac, sans alcool, à dormir plus que de raison, ça doit aider…
Mais en temps normal, même quand je suis sérieuse, elle finit toujours par venir m’embêter…la grossesse y est pour quelques chose, c’est certain ! Tout comme la pilule a été depuis un moment déjà abandonnée… un vrai appât !
Arf, des fois je me dis que je vivrais bien une troisième grossesse rien que pour ça….