Satisfaction
Quel chose sublime lui est arrivée dans la nuit pour un tel titre de billet ?
Quelle providence a frappé à sa porte de bon matin, ou hier soir très tard ?
Quel heureux évènement lui apporte tant de joie en ce dernier dimanche de septembre ?
Aucun ! Et tous à la fois !
Il ne m’est rien arrivé de spécial, qui me rendrait plus radieuse qu’à l’accoutumée. En fait, j’essaye de me satisfaire de tout ce que le sort m’offre et m’a offert.
Vous ne comprenez pas ? Je vous explique le fond de ma pensée.
Au jour le jour, je ronchonne car les enfants me donnent du travail (surtout les bêtises).
Chaque matin, je peste contre les travaux ménagers.
Souvent, je râle contre la mauvaise foi de mon Chéri de mon cœur qui est en fait la mienne la plupart du temps).
Je me plains car la maison n’est pas terminé, ça apporte de la poussière et un peu d’inconfort.
Je rouspète contre mon mal de tête chronique et mes kilos de trop.
Je maugrées car je ne peux pas , dans l’immédiat, accéder à tous mes rêves, matériels ou non.
Je m’exaspère car je manque de temps.
Ce ne sont que des petits riens, pourtant… mais qui font toute la différence. La différence, c’est la manière de voir le verre : à moitié vide, ou bien à moitié plein.
On se gâche nos journées à cause de tous ces petits tracas qui n’en sont pas, et on en oublie de vivre heureux, je pense.
Le bonheur, je le vois toujours plus loin. Pas chez les autres, car ce n’est pas dans mon tempérament. Je le vois chez moi, mais je le conjugue au futur. Beaucoup le conjuguent au passé… le bonheur de l’enfance, de l’insouciance…
Moi, je le conjugue au futur proche, ou futur indéterminé…
Quand les enfants seront un peu plus grands, j’aurai moins de travail…
Quand ils seront à l’école, il y aura moins de choses à ranger dans la maison…
Quand nous serons mariés, ça sera mieux…
Quand la maison sera terminée, tout sera bien plus pratique, et elle sera jolie, et je serai heureuse…
Quand j’aurai perdu ces maudits kilos, je serai mieux dans ma peau et j’affronterai mieux la vie…
Quand nous auront économisé assez, nous nous achèteront ça, et nous partirons là…
Quand j’aurai un peu plus de temps, je m’inscrirai à la bibliothèque…
Le bonheur, il sera là demain, quoi ! C’est toujours pareil. Seulement, j’ai décidé d’arrêter. Le bonheur, il est ici et maintenant. Je l’effleure chaque jour, mais je ne me donne pas la peine de le saisir à pleines mains. Le bonheur, il est derrières ma porte, à attendre que je lui ouvre. Je sais qu’il a frappé mais je ne daigne pas lui ouvrir et l’inviter à ma table.
D’ailleurs, j’ai de la chance, une chance insolente, qu’il s’obstine à rester malgré mon indifférence à son égard. A cause de mon comportement, un jour ou l’autre, il fera ses valises, et s’en ira voir si l’herbe est plus verte ailleurs.
Quand il sera définitivement parti, je n’aurai plus qu’à pleurer et à me reprocher mes impolitesses envers lui. J’aurai tout mon temps pour regretter amèrement de ne pas l’avoir traité en invité de marque, digne de toute ma reconnaissance.
Le bonheur, je ne le traite pas comme il se doit. Je me dis que demain, je serais plus à même de le remercier et surtout que j’aurai plus de raisons de le faire ! Erreur, mensonge !
Déjà vu ! J’ai rembobiné la même vieille cassette, qui me sert à chaque fois… Je la connais par cœur, mais je ne la change pas…
Il y a quelques années, je tenais ce discourt :
Si la vie voulait bien me donner un enfant à aimer…
Si seulement je pouvais pouponner…
Si seulement mon couple pouvais durer et se renforcer, et traverser des épreuves et en sortir plus fort…
Si seulement nous pouvions partir vers d’autres horizons ensemble…
Si jamais j’étais propriétaire d’une maison avec jardin…
Si seulement cette vilaine maladie pouvait être derrière moi et juste un mauvais souvenir…
Si nous pouvions mettre rien qu’un peu mettre de l’argent de coté…
Fait !
Tout ça… fait !
Et bien, je n’ai pas tenu parole !
Je recherche encore le bonheur plus loin dans l’avenir !
Ingrate, va !
Ça ne va pas durer ! J’ai pris une résolution ! Stop !
Le verre est désormais aux trois quart plein, et si il ne se rempli pas plus, ben c’est pas grave. Tant qu’il n’est pas fêlé, et qu’il ne fuit pas, ça me va !
Voyons voir, maintenant, ce que ça donne :
J’ai deux beau enfants, en bonne santé surtout, débordants de vie. Une belle famille. Un équilibre parfait. Moi qui n’en voulait qu’un, je remercie la cigogne de m’en avoir livré un autre ! Et une fille, en plus !
J’ai une chance inouïe de ne pas avoir à me lever chaque matin pour aller combattre dans la jungle du monde du travail. J’ai une chance insolente de ne pas avoir à dire que je suis en recherche d’emploi, par les temps qui courent…
Nous avons un toit. Un toit à nous, de surcroît. Une petite maison avec un jardin. Quelle chance !
Mon amour a six ans, et aucune blessure, aucun faux pas, aucune tromperie, aucun chagrin véritable. Il y a tant de personnes seules ou séparées… Il y a tant de femmes battues, trahies, trompées, ignorées…Il y a tant de couple qui ne s’aiment plus…Le mariage, mine de rien, se rapproche un peu plus chaque matin ! Les préparatifs sont lancés. Quelle exaltation de préparer un tel truc ! Une fois dans sa vie ! Il faut savourer chaque moment de préparatif !
Je suis en bonne santé. Le plus important ! Même si je mœurs demain (on n’est jamais sur de rien) et bien aujourd’hui, je suis en bonne santé. Ce matin, je n’ai pas mal à la tête. Je m’en réjouis.
Nous ne manquons de rien ! On mange à notre faim, on peut subvenir à nos besoins (et autre). C’est déjà beaucoup.
J’ai le temps de tenir un blog, d’en visiter chaque jour, j’ai le temps de lire, de me balader, de penser, de dormir ! Dieu soit loué !
Le bonheur est là. Il me côtoie. Il s’attache à moi. Il cherche ma compagnie. Faut pas que je le repousse. Faut pas que je l’ignore.
Demain sera t-il mieux ou pire ? Personne n’en sait rien.
L’attente d’un bonheur futur est stupide, je trouve.
Le bonheur, faut savoir le conjuguer au présent.