Après la pluie… le beau temps, n’est ce pas ?
Celui-là, je ne sais pas. Il avait une épouse, il avait un emploi. Il avait une maison, et une situation. C’était quelqu’un d’instruit, qui lisait, et au verbe agréable et recherché. Mais il avait cette addiction…Elle lui a empêché de devenir papa. Elle l’a privé de son emploi. Son épouse a divorcé, dépitée. Il a fait une cure, puis deux, puis trois. Puis rien a été plus fort que ça. Il n’avait plus d’argent, il a perdu son appartement. Il avait des amis, de la famille, du soutient, il a tout envoyé balader. Sur de l’aide, sur de l’écoute, sur des traitements, il a tiré un trait. On a plus de nouvelles, paraît qu’il est en banlieue. On sait pas sa vie, on sait pas ce qu’il fait. Ceux qui l’ont vu disent qu’ils l’ont à peine reconnu. Il revient pas, il a honte. On sait pas ou il dort, ni qui il voit encore…
Celui-ci, aimait boire à l’occasion pendant ses jeunes années. C’était festif, c’était pour se détendre et s’amuser. Il était apprécié, et il amusait le monde. Il était joyeux et épicurien, et prenait la vie du bon coté.
La vie est pas toujours rose, la vie est pas toujours gaie, et quand elle est devenue morose, le plaisir s’est transformé en tare. Le jouet est devenu mauvais médicament.
Des jours embués, des mois vineux, des années alcoolisées. Des tentatives d’arrêts. Des rechutes désastreuses, des peurs et des regrets…et puis un jour l’irréparable. Et puis un jour la mauvaise blague. Ça ne pouvait se terminer autrement. L’encre alcoolisée l’avait écrit depuis longtemps. Cette maladie du foie bien française qui s’est abattue et l’a rongé en quelques temps. L’espace d’un été. Elle a dévoré son corps, et la morphine a déconnecté sa pensée.
A l’automne, il est parti sans même savoir ou il allait, ni pourquoi il y allait.
Et quand quelqu’un qui a un soucis avec cette drogue sournoise, et encore plus si il a des enfants, n’arrive pas à la démarche de se faire aider , je lui raconte.
Je lui raconte comment une adolescente est allée chaque jour au chevet d’un père dont la morphine avait déjà volé la raison. Je lui raconte comment elle le regardait, des heures durant, attaché à son lit, et comment il la regardait, lui, dans de rares moments de lucidité. Il avait cette frayeur dans les yeux, de ceux qui ne sont pas encore prêts à partir. Il avait cette terreur dans le regard, de ceux qui laissent une enfant déjà orpheline de mère, derrière eux. Au moins, mon expérience malheureuse me sert à ça !
Lui, il va guérir. Il faut qu’il guérisse.
Ce samedi aura été le samedi de trop. Ce samedi aura tout déclenché. Il avait passé la journée seul. Heureusement, il n’avait pas ses enfants. Il avait consacré son après midi à ses démons coutumiers. Il a du exagérer. Il a du en abuser.
L’épouse est rentrée avec les enfants. Il était en train de préparer sa destruction.
Un coup de fil, puis les urgences.
Une hospitalisation pour un sevrage forcé.
Il a vu quelqu’un qui va l’aider. Il est volontaire, il veut y arriver. Début novembre, il partira pour un mois se faire soigner.
C’est que du bon, que du positif, que du concret. Il est là, le vrai intérêt du billet !
Non, non, je ne suis pas comme certain qui diabolise l’alcool tout net. J’aime le bon vin, j’aime le goût coloré d’un vin blanc sucré…
C’est juste que les excès…c’est jamais bon, les excès. C’est jamais bon, les addictions, dit-elle, fumeuse et droguée de caféine qu’elle est !
C’est juste que j’ai été le témoin de descentes aux enfers de gens qui n’ont même pas touché à des produits illicites…
On est pas vraiment ennemis, l’alcool et moi…
Sauf que je supporte pas !
La déchéance, je m’y fait pas !
L’ivresse, je tolère pas !
Chéri, saoul une ou deux fois, en a fait les frais.
Parler à un mec bourré, je ne peux pas !
Ces rares nuits là, il les a passées dans le canapé !
Ces lendemains là, la précarité de son couple l’a inquiété !
Vrai de vrai !
Mais lui, là… celui-là, là bas… lui il s’en sortira ! Il a pas le choix ! Il a une famille et toute la vie devant. Il y arrivera !