C'est pas souvent...
Hier , chose rare, il était à la maison à dix sept heures ! C’est pas courant ! En semaine, à la maison si tôt, ça n’arrive pratiquement jamais.
De la fatigue ? Une envie soudaine de passer quelques heures supplémentaires en famille ?
Non ! A ses dires, il est rentré tôt à cause du mauvais temps. La froid, la nuit tombée prématurément pour cause de ciel couvert, des nuages menaçants.
Bon ! D’accord !
L’important est qu’il soit rentré.
Il y avait une copine et un lutin à la maison. Après un bonjour de rigueur, il s’est retiré. Pas de discussion. Pas de café. Il a dit bonjour aux invités, et il est parti au jardin.
Il est parfois un peu sauvage, mais là…
Il a fait du feu. Il a brûlé des branches de sapin. Il a taillé la haie.
Bon ! Il avait certainement envie de profiter de l’occasion pour bosser dans le jardin.
Copine et lutin sont partis. J’ai donné le bain aux enfants. D’habitude, les rares fois ou il est là à l’heure du bain, il aide. Non que j’ai vraiment besoin d’aide, mais il aime ça.
Pas d’aide !
Pas de bavardage !
Il n’a pas décroché un mot !
Pourtant, je l’ai interrogé.
- Vexé ? Irrité ? Inquiet ? Soucieux ? Mal luné ? J’ai fait quelque chose… ?
- Non… fatigué !
Bon !
Il était fatigué !
Ça arrive.
Il est parti prendre une douche… plus longue que d’habitude. Il était en retard au dîner. « Commencez sans moi ».
On a mangé. J’ai couché Elisa. J’ai couché le lutin.
Il n’a rien avalé.
Il s’est assis dans le canapé. J’ai voulu lui adresser quelque mot gentil pour qu’il me parle…
- Tu veux un café ?
- Non, merci. Par contre…
- Oui ?
- Je voudrais bien deux dolipranes. Et puis du sirop pour la gorge. Et puis, si tu en trouves, des comprimés contre le rhum. Et… attend… une bouillotte, on a ? Et une couverture ? Très chaude !
Je me suis approchée. Il était brûlant de fièvre. Je lui ai donné tout ce qu’on avait en médications diverses.
- ça va aller ?
- ça va aller !
J’ai ouvert une page internet. Je me suis retournée.
Emmitouflé dans sa couette, allongé sur le canapé, tremblant comme une feuille… il dormait !
Je l’ai réveillé quand j’ai voulu aller me coucher. Il a regagné la chambre sans ouvrir les yeux et en titubant. Il avait encore de la fièvre.
Pas une plainte ! Pas une larme de crocodile ! Pas une lamentation ! Pas de jérémiade !(certains hommes sont de vrais bébés au moindre bobo, dixit certaines amies que je ne citerai pas).
Petit homme, d’habitude si fort, a souffert dans la dignité.
Je pensais le trouver au lit à mon réveil ce matin. A sept heures pétantes, c’est lui, prêt à partir travailler, qui m’a sortie du sommeil.
J’ai entendu l’utilitaire s’engager dans la ruelle. Tout étais normal ou presque… il n’y avait ni bol sale, ni miettes sur la table, ni aucune trace de petit déjeuner. Il devait être encore souffrant, ce matin… mais il dira qu’il n’avait simplement pas faim.