Il pleuvait
Il pleuvait des cordes ce jour-là et la pluie froide et cinglante me faisait frissonner de joie. Il dégringolait des coups de fouets que le ciel m’infligeait. Des cordes glaciales s’abattaient violemment sur ma tête, mon dos, et j’en redemandais. Il pleuvait fort et brutal, et pourtant, j’avais envie de rester sous l’eau.
La connexion était établie depuis un moment. J’ai eu l’impression qu’il tombait sur moi des gouttes d’harmonie. Le déluge était agréable et gracieux. Les nuages me souriaient.
J’étais prisonnière des barreaux de pluie et ça me convenait. J’étais saisie par l’envie de ne plus bouger, de profiter de cette pluie jusqu’à m’y noyer. J’étais docile, tributaire des intempéries de mon plein gré. A cet instant précis, j’ai cru percer, du ciel, tous les secrets.
J’ai découvert l’impénétrable. J’ai deviné le nébuleux. J’ai touché du bout des doigts ce qu’il y avait de mieux.
J’étais seule sous l’orage battant. J’étais l’unique téméraire à oser l’affronter. Je me sentais plus audacieuse que jamais.
Je narguais le ciel menaçant. Je bravais les éléments déchaînés, et je m’en délectais. Je me suis sentie si insolente que, de joie, j’en ai pleuré. Un nuage, humilié, m’a craché fort au visage pour diluer mes larmes et les mêler à sa pluie gelée. Peur d’un nuage, faut pas rêver ! On est constitués d’eau, tous les deux, sauf que moi, en plus, j’ai un cerveau !
Il pleuvinait désormais. L’averse avait pris la fuite. Le crachin avait pris la suite.
La pluie s’était tue. Il régnait à présent un silence confus.
La vue s’était dégagée. Les barreaux dressés entre moi et le monde avaient disparu.
La vie avait repris de plus belle. Les badauds réapparaissaient. Les flaques d’eau étaient des mares vastes et profondes. Les pas pressés des passants éclaboussaient.
J’étais trempée. J’étais glacée. Je grelottais. L’eau ruisselait de mes habits, plus qu’imbibés.
Je me sentais complètement inondée.
Les nuages s’écartaient, dévoilant quelques rayons de soleil.
Une dernière fois, j’ai levé les yeux pour les défier. J’aurais pas dû ! Je les ai vu ! Ils riaient !
J’étais trempée comme une souche, et les promeneurs me dévisageaient. Les nuages étaient vengés. J’étais punie de mon outrage insensé. Ils ricanaient en s’éloignant. C’était de moi qu’ils se moquaient.
Un partout !
Ils étaient partis. Je n’avais plus qu’à rentrer.
J’ai pris le chemin du retour, toute penaude « floc floc floc », et à chaque floc, je me répétais « ma fille, t’as vraiment rien dans le cerveau ! ».
OU
Une dernière fois, j’ai levé les yeux au ciel pour les défier. Ils n’ont pas relevé.
Ils étaient déjà ailleurs, dans leurs pensées. Ils jouissaient déjà, par avance, du prochain brushing qu’ils mettraient en vrac. Ils faisait des clins d’œil complices au vent, qui, aussi farceur qu’eux, se serait occupé du parapluie de la dame juste avant…
J’étais trempée comme une souche. J’avais la goutte au nez, mais le sourire aux lèvres. Pour la première fois, depuis bien longtemps, j’avais su jouer à être trempée, et à me raconter des histoires de nuages qui parlent et de vent blagueur comme lorsque que j’étais enfant.