Tom est mort
Bon, un petit résumé, pour planter le décor (morbide).
Tom est mort il y a dix ans. Il avait alors quatre ans et demi. Le livre est écrit sous forme de journal, tenu par sa maman. Elle raconte la mort de Tom. Elle raconte sa culpabilité. Elle raconte la vie qui n’a pas vraiment repris, après la mort de son enfant. Elle décrit l’après Tom. Elle raconte tout ce dont elle se souvient à propos de la mort de Tom. Elle se remémore sa souffrance, sa peine inimaginable, celle de son mari, celle du grand frère et de la petite sœur de Tom. Elle raconte sa chute dans la folie, son mutisme, son impression que Tom était encore là, prés d’elle, comme un fantôme qui la suivait.
Dix ans après, elle décrit, dans un journal intime, la mort de Tom, puis toutes les étapes de son deuil de maman.
Bon, ce n’est pas un témoignage, attention. C’est une fiction. Une simple fiction. C’est pour de faux (j’ai dû me le répéter à chaque page). Car ça paraît si réel ! C’est bluffant. C’est presque dérangeant. C’est si juste et si authentique qu’on oublie qu’on est dans une fiction. D’ailleurs, on s’identifie très facilement. On devient tout de suite cette maman. Tom est mort. La phrase résonne et son écho revient sans cesse.
Tom est mort par inadvertance, par accident, par … négligence ? J’ose même pas l’écrire ! Son fils est mort et elle s’en veut, et elle devient folle, et elle ne peut plus parler, et elle prend soin de ses enfants vivants comme un robot, juste parce qu’il le faut…
La maman sombre. On franchi le seuil de l’intolérable. Perdre son enfant. Le voir étendu sur une table à la morgue .
Ça a dépassé les limites du supportable de mon cœur de maman.
Et pourtant, j’ai pas pu m’empêcher d’aller au bout. Il m’a malmenée, ce bouquin, puisque j’y pensais le soir dans mon lit, puisqu’il a été à l’origine d’angoisses que je n’ai jamais eu avant…Il m’a fait imaginer le pire. Je me suis identifiée, et j’ai cru mourir.
Il m’a marquée, mais je l’ai aimé. Tout est si crédible et vrai… Comment a-t-elle fait ? Comment a-t-elle transféré son âme dans celui d’une maman en deuil ? Avec quelle logique ? Quelle rigueur ?
Le mot empathie n’a jamais été aussi approprié.
La lecture m’a été insupportable, et pourtant, j’ai du mal à critiquer le livre. Elle a évité, il me semble, le chemin du dramatique, du larmoyant…
Là, on est plutôt dans une approche psychologique, dans la description des étapes de deuil d’une maman, sans excès. On est immergés dans la peine profonde, intense, inimaginable, mais aussi dans la reconstruction.
Bon, concernant la polémique…Aïe ! J’aime pas donner mon avis, moi, en général… J’aime pas m’exposer aux réprobations…surtout que le sujet est sensible.
Ce que j’en pense, je le dis, car on est entre amis, hein ? Vous ne me frappez pas ?
Bon, alors moi, je ne vois pas du tout le mal, à vrai dire.
Il y aura toujours des femmes qui perdrons des enfants, il y en aura aussi toujours (malheureusement) qui donneront la mort à leurs nourrissons…
Les sujets sont sensibles et font couler des larmes et de l’encre, mais je ne vois pas pourquoi, sous prétexte qu’ils sont l’objet de sentiments si vifs, et pénibles, et aigres, et affligeants, et embarrassants… non, je ne vois pas pourquoi ça devrait empêcher un auteur d’en faire la base de son roman.
En même temps, c’est facile de penser comme ça quand justement, on ne se sent pas concernée ni impliquée.
Bon ! Ce livre est bon. Par contre, si vous avez un petit cœur sensible, à éviter ! Il m’a fallu plusieurs jours après le point final pour chasser certaines phrases et images de ma cervelle.
Et puis aussi: à celles qui ont lu et qui n'ont pas aimé Truisme...ça n'a rien à voir! Je pense que ce livre-ci vous reconciliera avec l'auteur.
A vous de voir…PS : oui, je sais, c’est un peu glauque, mais croyez moi, vu mon humeur du jour, en vous proposant un commentaire de bouquin, je vous épargne !!! Et des photos pour les sourires ...



