Abasourdis
Est-ce que , vraiment, il a bien tout compris ? Il n’est quand même pas stupide…
Est-ce que, peut-être, c’était une plaisanterie ? On ne plaisante pas avec ces choses là, ou alors, on le dit juste après.
Est-ce que c’était définitif, sûr, confirmé ? Irrémédiablement, oui !
Alors, je suis en pleine stupéfaction, encore. Lui aussi, sans doute. Hier au soir, en tous cas, c’était le cas. Mon homme était ébahi par la nouvelle.
Tous deux, on est restés, après coup, interdits, inertes, muets de sidération.
Retour en arrière.
Hier soir, nous dînons, tous les quatre. Le téléphone sonne. Ça arrive. Je répond, comme souvent.
La voix m’est familière. Le ton est léger, agréable, plein d’entrain. Ce n’est pas pour moi, le coup de fil. C’est pour Gabriel… Logique, la veille, c’était son anniversaire.
Ils parlent quelques minutes. On ne peut pas entendre ce qu’elle lui dit, mais on le devine par ses réponses « 3 ans », « oui, le gâteau », « des cadeaux, oui ! », …C’est mignon tout plein.
Et, après un « d’accord, bisous » , il tend le combiné à son père. Bon ! Rien d’anormal. Elle a peut-être quelques chose de particulier à lui demander. Ça lui arrive fréquemment.
Là, je me dis que je vais continuer de manger, et faire manger les enfants ,et qu’il me racontera après ce qu’elle lui a dit. On fait ça, en général.
Je sers les petits, tout en espérant entendre (tout de même) des bribes de conversation, mais rien ! Il tient le combiné prés de son oreille, mais il ne dit absolument rien. Il a une drôle d’expression sur son visage. Ça m’inquiète un petit peu…
Il semble surpris et confondu.
Enfin, il finit pas lui parler (si on peut dire), enchaînant, à la suite, des petits « oui » à peine audibles.
Bizarre ! Mes doutes me coupent l’appétit. Que se passe- t-il donc ? Elle avait pourtant l’air enjoué, tout à l’heure…
Il raccroche enfin, blême, après un « ben.. bon courage, alors… » un peu fade, un peu terne, un peu troublé.
Mon regard en dit long, sûrement, sur mes interrogations. Le sien en dit long, d’ailleurs, sur son trouble.
Il me sort tout d’un bloc, comme ça, sans ménagement. Ce n’est que justice, car à lui aussi, elle lui a tout sorti comme ça, brutalement, sans crier garde.
Première pensée, avant de vouloir savoir les pourquoi et les comment : Et les enfants ?
Il a eu la même, je crois…
On réalise à peine. On n’en revient toujours pas.
A Noël, elle le savait déjà, mais elle n’avait pas voulu gâcher les fêtes. On n’a rien vu venir. On ne s’est doutés de rien. C’est comme ça…et la vie continuera.