Un autre regard
Chouette, un nouveau jeu, me suis-je dit ! J’adore jouer. J’adore jouer à écrire. J’ai bien voulu jouer, mais seule dans mon coin, ou presque. J’ai eu envie de jouer, mais bien cachée…
Ce que j’ai pris pour un jeu, pour une fantaisie, ne l’est pas tout à fait. Pour cette nouvelle année, j’avais décidé (en plus de faire des économies) dans revisiter mes souvenirs (le maximum de mes souvenirs) avec un autre regard. Val revoit Valérie, pour l’instant encore petite (elle grandira au fil des semaines). Val écrit sur Valérie. C’est se regarder le nombril, en effet ! C’est aussi pour cette raison que je le fais en toute intimité.
J’écris sur Valérie, et je la regarde agir, être, grandir, évoluer, pleurer, rire, jouer, apprendre. Je creuse profond en moi pour y puiser intact le passé. Je racle tous les bords de chaque souvenir. J’essaye de me rappeler le plus précisément possible, le plus vrai, le plus juste, le plus objectif. J’essaye de me rappeler quels étaient mes sentiments, mes désirs, mes espoirs, mes chagrins, mes doutes, mes peurs, mes angoisses, mes bonheurs. Je fais des fouilles ! A l’intérieur de mon âme.
Je fais revivre mes parents, ma mamie, des proches décédés, des amis oubliés, des lieux ou je ne suis jamais retournée. Je pensais que ça serait « intéressant » pour moi, voire amusant, voire profitable. Un exercice d’écriture différent, une futilité de plus, parce que j’aime écrire, et que là, il y avait matière à noircir des pages (pour plusieurs semaines, voire plusieurs mois) pour le plaisir. Avant tout !
En fait, c’est très troublant. En vrai, j’ai l’impression d’être partie en exploration dans des fin fonds jamais revisités. Ma vie, je la connais par cœur, et pourtant…
Cette fois, en écrivant, j’ai un autre regard. Un neuf. Un plus adulte. J’ai changé, certainement. J’essaye d’être objective au possible. J’essaye d’écrire impartial. C’est important, pour moi. Je ne me mens pas, et ça c’est une petite torture ! Et ça, c’est parfois déchirant, de se faire violence, pour écrire vrai. Mais autrement à quoi bon ? Dans le cas contraire, on laisse tomber et on s’invente un autre jeu, plus imaginatif.
Ecrire les choses telles qu’elles se sont passées, telles que je m’en souviens. Ecrire, ça va ! On écrit tout d’un bloc. Mais relire ? Relire ce que Val a écrit sur Valérie, c’est dur ! J’ai l’impression de lire la vie de quelqu’un d’autre (pourtant, c’est bien la mienne, et en plus, c’est moi qui écris !) , de quelqu’un qui a souffert. Quand je relis, je suis comme spectatrice, comme si je n’avais jamais vécu tout ça. C’est perturbant, mais pas tant que ça. Rien ne me fait de la peine, j’ai l’impression . Je me relis avec une froideur presque inquiétante. Rien ne me touche, comme si tous ces textes n’avaient plus rien à voir avec moi.
Etrange, et pénible parfois… et pourtant, je n’ai pas envie d’arrêter. J’ai l’impression de faire quelque chose d’important. J’ai l’impression que je dois aller au bout.
Maso, Val ?
Certainement.
Parfois je remets certains passages à plus tard. Je recule des échéances. J’ai la trouille. Pourtant, c’est fini, c’est passé. Je ne risque plus rien. J’suis plus une petite fille. J’ai plus rien à craindre.
J’ai la frousse quand même. De découvrir des choses ? Que pourrais-je découvrir ? Tout est en moi, déjà. Y’a plus qu’a retranscrire par écrit. Pourtant, j’ai l’impression de fouiner, de chercher, de creuser… et j’ai le sentiment que je vais y trouver des tas de choses qui m’ont jusqu’à présent échappées. Déjà, j’en ai trouvé…
C’était un petit jeu. Un paris avec moi-même. Ça aurait dû être un passe temps sympa. Je me rends compte, au fil des textes, que ça a une importance tout autre. Je réalise, à chaque passage achevé que c’est une étape franchie. Il fallait peut être ça ? Peut être, ou peut être pas…
Je me crois souvent faible et sensible. Je me lis forte comme un roc.
Je me suis crue coupable, fautive, responsable. Je me lis victime.
Je me suis pensée aveuglée, je me sens plus lucide que jamais .
Ça fait un bien fou.
Depuis janvier, j’a l’impression d’y voir clair. Depuis que j’ai commencé, j’ai le sentiment d’être apte à comprendre, et l’impression d’être prête à accepter de faire le deuil de ce que je ne comprendrai jamais.