Pourquoi se fatiguer à inventer une fiction quand un on vous offre un billet ?
Un inconnu vous offre des fleurs. C’est connu !
Un inconnu vous fait une fleur ? Un inconnu vient vous livrer votre billet du jour (alors que vous étiez en train de vous tourmenter pour trouver une idée originale exploitable pour un texte potable), ça c’est moins courant !
Ça mérite d’être signalé !
Driiiiiiiing
- Oui ?
- Oui. Bonjour Madame. Pardon pour le dérangement. C’est pour relever vot’ compteur d’eau.
- Oui.
- Oh ! Vous dérangez pas ! Le compteur c’est moi qui l’ai posé. J’sais bien ou il se trouve…
- Oui ? Bon, je vous laisse faire, alors.
- Oui. Laissez donc. Je vais me débrouiller.
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- Bon, vous savez quoi ? J’ai retrouvé le regard du premier coup, dis-donc ! Sans me tromper ! J’ai pas une si mauvaise mémoire…
- C’est que vous l’avez posé ? Il y a longtemps ?
- Oh… y’a au moins vingt cinq ans, Madame, qu’on a mis l’eau dans c’te maison !
- Il n’y a que vingt cinq ans qu‘il y a l’eau courante, ici ?
- Oh, ben oui… vous savez, les gens, c’était des anciens, et comme ils avaient un droit de passage pour aller se servir au puits, qu’est chez vos voisins, là (tenez, r’gardez) , et ben avoir l’eau chez eux, ça leur était bien égal !
- Ah, d’accord.
- D’ailleurs, j’voulais vous dire… Vous êtes propriétaire ?
- Oui.
- Ben vous savez, y’a une meule à (de) foin qu’est enterrée dans votre terrain. Avec les collègues, elle nous a gêné, à l’époque, quand a fallu creuser pour les tuyaux. Une vieille meule à foin ! Oh, elle est pas profond ! A un mètre, à peu près !
- ???
- Vous savez, les vieilles meules ! Elle est deux mètres environ avant le compteur. Un tout petit peu plus profond, mais pas énorme. Et un peu plus a gauche, près du muret.
- Heu… oui.
- Et ben, repeinte et tout, ça peut décorer, dans le jardin, ça, n’empêche ! On leur avait dit, aux anciens, à l’époque, mais le vieux nous avait répondu que c’était pas à son âge qu’il allait creuser et qu’elle resterait la ou qu’elle est ! Tant qu’elle gênait pas pour cultiver ses patates, il en voulait pas, d’la meule à foin ! Elle doit y être encore, c’est certain…
- Ah bon ? Elle a peut être été enlevée, depuis.
- Oh, ça j’en doute ! Quand ils sont décédés, les enfants ont loué la maison. En l’état (et c’était pas Versailles, croyez-moi !). Malheureusement, ils en ont eu que des déconvenues. Les locataires ont rien entretenu du tout (alors creuser…!), et ils payaient même pas le loyer. Et pis, vous savez comment c’est… pour les foutre dehors, ça a mis des années ! Surtout qu’ils avaient un gamin handicapé ! Imaginez…
- …
- Après ça, Y z ’ont plus voulu relouer ! J’les comprends. La maison a été vendue au monsieur qui l’avait avant vous. Le pauvre ! Déjà qu’il a jamais pu l’habiter… à cause des travaux ! Avec ma femme on a pensé qu’elle finirait par tomber en ruine, vot’ maison ! Y s’en sortait pas, des travaux ! Et pis, encore faut-il le savoir, qu’Y’a une meule en terre ! Si personne lui a dit, il a pas pu le deviner !
- Bon, ben.. merci, alors. Vous en savez, des choses !
- Oh, de rien, vous savez… si j’peux rendre service…Et puis, on est du coin, nous alors on sait tout ça. Vous, par exemple, vous êtes pas du coin ?
- Non.
- Bon, aller, au revoir, hein ! Et merci.
- (Merci ?) Au revoir !
- Madame ?
- Oui ?
- S’il venait à vot’ mari l’idée de creuser pour remonter la meule, vous lui direz qu’y fasse gaffe à nos tuyaux, hein, quand même ?
- Oui. D’accord.
- Aller, au plaisir, Madame !