Monologue
Allez, Val, écris ton billet, va ! Raconte ce que tu veux . De toute façon, c’est pas grave, tes lecteurs sont indulgents ! T’as pas à avoir peur, ça sera pas la première fois (ni la dernière) que tu postes un billet pour rien.
C’est dur, en ce moment, niveau blog. Ouais, c’est un peu hard… Tu manques d’idées. T’as perdu l’inspiration. T’as aucune impulsion d’écriture. Tu te forces un peu. Enfin… Oui et non. Tu ne sais pas renoncer à ton billet quotidien. Tu détestes ça. Ça te coute ! Alors, ben tu arrives quand même à faire illusion. Tu trouves des mirages d’idées. En creusant. Le soucis, c’est que tu dois creuser profond en ce moment, pour enfin dénicher une minuscule idée, que tu exploites à outrance.
Tu les fatigues, tes idées. Tu les uses, et tu les épuises. Tu en voles à d’autres. En temps normal c’est pas grave. Sauf que là, tu ne sais pas les renouveler. T’essayes de lutter. Tu te retrousses les manches. Tu attrapes ta pelle et tu creuses profond pour en trouver une potable. Chercheuse d’ or, tu fouilles en vain et ne trouve que des petits verts, faute de pépites. Lassée, tu renonces. Tu fais autre chose en pensant que l’idée originale tombera du ciel au moment ou tu t’y attends le moins. C’est déjà arrivé.
Sauf que là, ça n’arrive pas. Les heures passent, et t’as toujours aucun plan pour ton billet du jour. Tu t’agaces. Tu as peur. Et si ça n’était pas passager ? Et si Val disparaissait, du jour au lendemain ? Ou, non ! Plus cruel ! Et si Val perdait quelques lecteurs chaque semaine, jusqu’à ne plus en avoir un seul (ou quelques uns, les plus proches, par sympathie, ou compassion ?). Et si Val était oubliée du jour au lendemain, au fin fond de la terrible et impitoyable blogosphère ? Elle serait vite remplacée. Tu le sais. Tu serais peinée, mais tu ne pourrais rien y faire. Un jour, Val disparaitra. Tu en as bien conscience. Tu aimerais juste que ça n’arrive pas maintenant. Tu tiens encore à ton blog. Mais qui sait ? Les modes vestimentaires passent tellement vite, et puis les passions amoureuses… Qu’en est-il pour les pages web?
Si encore tu négligeais ton blog temporairement pour écrire de belles choses ailleurs… au moins tu serais fière de toi. Fière et occupée à écrire. Là, non. Ne te mens pas, Val ! Ce n’est pas le cas. Tu dois rendre une nouvelle avant dimanche . Tu la lis, la relis, et tu ne l’as toujours pas imprimée. Magne ! En fait, tu hésites encore à l’envoyer. Tu la trouves mauvaise. Soit honnête ! Au moins avec toi-même. Elle est faible à pleurer. Peut-être que si tu avais la pêche, tu l’aurais carrément effacée. Un soir, tu aurais ouvert ta page word toute blanche, et ta boite à imagination, et t’aurais tout recommencé. Là, tu sais bien que tu ne peux pas. Elle est vide, ta foutue boite ! Et ça t’énerve !
C’est pareil partout. T’as pas d’idées. T’as perdu ton imagination. Tu rêves d’écrire une fiction. Peut-être une autre pièce ? Peut-être une nouvelle ? Oh, oui, ces choses que les lecteurs aiment bien, avec « la suite demain ». Tu adores ça ! L’ivresse de devoir écrire l’épisode du lendemain dans l’urgence…
Tu aimerais, mais rien ne vient.
Ça t’énerve, d’être en attente. Ça t’ennuie, cette paralysie.
Ben fais une pause !
Ben oui, parfois, ça peut être bien commode, une pause. Sauf que toi, là, t’en ai pas envie !T’as la rage d’écrire, en ce moment (comme souvent). T’as le clavier qui t’appelle. Tu rêves de mots et d’histoires. T’as soif de produire, et ça grouille dans ton ventre, et ça brûle, et ça te consume, et ça te mange !
T’as de cruelles pulsions d’écriture, mais pas d’illuminations. Une tête vide !
Tu imagines…
Tu imagines que tu ressens plus ou moins ce qu’un homme doit éprouver quand, fou de désir, jusqu’à l’étourdissement, il pense qu’il va enfin pouvoir satisfaire sa libido, mais que, au crucial moment de l’assouvissement, il est subitement victime de ce trouble si ordinaire dans l’universel, mais si frustrant et blessant quand il en est atteint singulièrement…
Oui. En ce moment, t’as des pannes. A l’heure du passage à l’acte, t’as des pannes d’inspiration. Pourtant, c’est pas l’envie qui te fais défaut…Non seulement elles te frustrent, tes pannes, car le désir et bel et bien là. Mais en plus, elles t’en mettent un grand coup dans ton orgueil !
Alors oui, le blog, c'est parfois l'école de l'humilité!