A quatre mains...
Ma chère mignonne,
Donc, tu pleures du matin au soir et du soir au matin parce que ton mari t'abandonne ; tu ne sais que faire, et tu implores un conseil de ta vieille tante que tu supposes apparemment bien experte. Je n'en sais pas si long que tu crois, et cependant je ne suis point sans doute tout à fait ignorante dans cet art d'aimer ou plutôt de se faire aimer, qui te manque un peu. Je puis bien, à mon âge, avouer cela.
Tu n'as pour lui, me dis-tu que des attentions, que des douceurs, que des caresses, que des baisers. Le mal vient peut-être de là ; je crois que tu l'embrasses trop.
Tu l’embrasses trop, et tu l’embarrasses !!!
Sans doute aimerais-tu qu’il soit pour toi aussi attentionné que tu l’es pour lui et, tu en fais trop !!!
Car vois-tu, les hommes ont besoin de nous reconquérir chaque jour. Il nous faut garder un peu de mystère. Les intriguer, les inquiéter un peu aussi.
Un homme, chère nièce, crois-en mon expérience, est un animal prédateur, un guerrier conquérant ! Si sa proie est déjà étendue, offerte, docile, et se laisse manger sans résistance, il ira en chasser une autre ! Les vrais prédateurs ne se nourrissent pas de charognes !
Si le territoire occupé ne montre aucune résistance et se laisse coloniser, il y enfoncera son étendard dans un sourire suffisant et sarcastique, et partira en quête d’autres contrées à envahir. C’est ainsi !
Penses-y, Mignonne, et raconte-moi de quelle façon tu vas te battre.
J’attends de tes nouvelles avec impatience, certaine que ta prochaine lettre sera celle d’une jeune femme heureuse et comblée
Affectueusement.
Tante Clotilde
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Bien chère Tante Clotilde,
Ce matin, en lisant votre lettre, je dois bien avouer que j’étais un peu déçue et fâchée contre vous.
« Comment ? Non seulement elle ne me plaint pas, mais en plus elle ne m’aide pas ! »
Et puis je me suis souvenue de cette maxime « Aide-toi, le ciel t’aidera » et me suis dit que vous aviez raison. Je vais me battre. Je vais faire en sorte qu’il ait envie de me poursuivre comme un lion chasserait une antilope habile et récalcitrante.
J’ai imaginé divers scénarios pour cela, des plus sages aux plus imprudents. J’ai pensé, par exemple, à l’instituteur d’Antoine, qui me voue une attention toute particulière qui, je dois vous l’avouer, ne me laisse pas indifférente. Peut-être que si je rendais mon mari jaloux, il tenterait de me reconquérir. Qui ne tente rien n’a rien, dit-on ! Alors, j’ai tenté. J’ai glissé un mot ce matin dans le cahier d’Antoine. Je ne vous en dis pas plus pour le moment.
Je vous embrasse, ma tante.
Votre Clothilde
A suivre...
A quatre mains, mais avec qui?
Qui saura deviner?