Petit dialogue du samedi...
- Non, non, mon ami, ma tête me fait souffrir, et le sommeil me guette.
- Pourquoi diable, ma mie, votre tête fait-elle autant de caprices qui, comme par hasard, s’évertuent à toujours contrarier mes desseins ?
- C’est que, mon ami, ma tête réfléchit.
- Qu’elle réfléchisse moins ! Pour certaines choses, elle n’en a pas besoin !
- Mon cher, c’est bien mal nous connaître, mes sœur et moi, que de croire qu’une telle affaire ne requière aucun médiation.
- Soit ! Je vous crois sur parole, ma chère. Jamais, de toute manière, il ne me sera offert de pouvoir m’assurer par moi-même de vos dires. Si votre tête, comme vous le prétendez , raisonne, faite au moins en sorte que ses délibérations jouent en ma faveur ?
- Je ne le peux point. C’est hors de ma volonté.
- Faite un effort. Etes-vous souveraine en votre corps, oui ou non ?
- C’est que… pas toujours. Ça dépend. Je dois bien l’avouer…
- Reprenez les rênes, que diable !
- Encore faudrait-il que j’en ai envie.
- Mais, l’appétit vient en mangeant, ne vous l’a-t-on jamais appris ?
- J’admets, mon ami, que dans n’importe quel restaurant, c’est très exact.
- Ah ! Vous-même, vous le reconnaissez !
- Je dirais même qu’au restaurant , l’appétit surgit à la simple lecture de l’alléchante carte.
- C’est vrai ! Parlons du dîner, alors. Cela vous mettra en condition.
- Vous ne me contredirez pas, mon ami, si je vous dit qu’au restaurant, on vous sert tout ce que vous avez commandé. N’est-ce-pas ?
- Encore heureux !
- Bien avant le dessert, on est repu.
- Plutôt.
- On commande malgré tout un plat sucré par pur gourmandise.
- Oui, c’est souvent le cas.
- Et on peine à le terminer.
- Et parfois même, on renonce…
- On en a pour son argent.
- On en a pour son argent. Voyez comme nous pouvons nous comprendre. Allez, de ne tardons pas … Dans mes bras !
- Mais…
- Mais ?
- Imaginez qu’un restaurant ne tienne pas toutes ses promesses…
- C’est à dire ?
- Eh bien, songez, ne serait-ce qu’un instant, que le restaurant ferme ses portes et nous jette dehors comme des malpropres avant la fin de notre repas.
- Mais enfin, c’est parfaitement impensable…
- Je ne vous le fait pas dire !
- Pour sur, ils entendraient parler de moi !
- Vous n’auriez pas tort !
- Et ils ne seraient pas prêts de me revoir !
- Voyez , mon ami, comme vous et ma tête pouvez très bien vous comprendre…