De la correspondance…
Ce dimanche, Gaby a écrit à son oncle et sa tante. Ecrit, c’est un grand mot. Il leur a fait parvenir un dessin très coloré pour les remercier d’un cadeau qu’ils lui ont envoyé. Je le regardais s’appliquer sur le dessin destiné à partir par voie postale, et j’ai repensé à l’ un de mes petits plaisirs simples, oublié depuis déjà plusieurs années.
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Avoir un correspondant.
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Avoir un correspondants, c’est avoir une légère pensée pour lui (ou elle) chaque fois qu’on se dirige vers sa boite aux lettres. Et si il ou elle avait écrit ? Et si j’avais une lettre aujourd’hui ? ça crée un petit suspense agréable, comme lorsque l’on attend une bonne nouvelle.
Car, recevoir une lettre de l’un de ses correspondants, c’est une bonne nouvelle !
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Parfois, on est un peu déçu en ouvrant la boite. Pas de lettre ! Enfin, déçus, oui et non. L’absence de lettre ne rapporte la joie qu’au lendemain, voire au surlendemain. Et on se console en se disant que demain encore, on aura cette petit hâte de voir arriver le facteur.
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Mais, quand la lettre est là…
On la reconnaît, la lettre de son correspondant. Notre adresse est écrite en manuscrit, on a su identifier le cachet de la poste… La lettre, dans le paquet des autres factures et publicités, fait l’effet d’un objet familier et aimé dans un amas de choses quelconques et vulgaires.
On éprouve alors ce petit pincement sympathique. On oscille entre l’empressement de décacheter l’enveloppe vivement et l’envie de faire durer l’instant, en mémoire des jours ou il n’y a rien d’intéressant dans sa boite aux lettres. On choisi de ne pas trop se précipiter pour éviter de la déchirer , et on se jure d’attendre d’être rentré dans sa maison et d’avoir un couteau dans la main pour l’ouvrir en douceur.
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On se dépêche donc de rentrer et on jette le reste du courrier hâtivement sur la table de la cuisine. On chope la première chose coupante que l’on trouve et on s’assoit fiévreusement, l’objet précieux d’une main, le couteau de l’autre.
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On sort la feuille de son contenant et on la déplie. On tremble de plaisir. On n’entame pas la lecture tout de suite. Pas encore ! On préfère commencer par une vue d’ensemble de la feuille. La longueur de la missive, éventuellement les motifs du papier à lettre, la signature. On avoue qu’on est un peu déçu quand la lettre est trop courte. On préfère les longues lettres. Quand on l’a bien inspectée, on va s’assoire confortablement pour la lire, ou bien ou remet cette joie à plus tard par soucis de ne pas être dérangé dans sa lecture.
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On ne la lit pas qu’une fois, la lettre de son correspondant ! ça s’épluche, une belle lettre de correspondant ! On en reprend des passages, on en refait des lectures en diagonales, ou des plus poussées au contraire. On la savoure, on l’épuise, on l’use, et on y repense même lorsqu’on l’a pas sous les yeux.
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Le plaisir dure plusieurs jours. Et puis il faut songer à répondre. On a tellement lu la lettre qu’on a déjà une idée du contenu de la notre. On ne répond pas à son correspondant à la va-vite, n’importe ou, n’importe quand !
On attend d’avoir un joli moment devant nous, et surtout d’être seul. On s’installe sur la table du bureau ou sur un coin de celle de la salle à manger. On a sorti son stylo plume et sa feuille de papier à lettre, que l’on manipule avec précaution et que l’on pose sur un support pour ne pas être gêné par la rudesse de la table.
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Et on attaque !
On est empressé, car on a longuement réfléchi déjà à ce qu’on lui écrirait, et que les idées déjà trouvées se bousculent et affluent au rythme des phrases. Mais on tente de calmer ses ardeurs. On voudrait pas faire de ratures, et puis on fait des efforts pour lui présenter sa plus belle écriture. On reformule nos phrases plusieurs fois mentalement avant de les coucher sur la lettre de son correspondant. On est aux petits soins, pour son correspondant !
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Quand on a le sentiment du devoir accompli, qu’on pense lui avoir tout dit, on signe joliment après avoir déposé le point final et la formule amicale choisie avec application.
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On attend que l’encre sèche, et on en profite alors pour la relire. On s’en veut si on est pas satisfait d’une formule, ou si l’on doit faire une petite rature ou correction, mais tant pis ! On est satisfait ! On regarde alors la feuille dans sa globalité, on prend du recul. On scrute la forme.
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Quand on a fait tout ça c’est que l’encre est sèche. On plie alors la feuille en toute délicatesse. On la glisse dans l’enveloppe doucement, et on s’en va la poster.
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Le surlendemain, on pensera à la lettre envoyée. On se dira que peut-être –certainement- elle est arrivée et on aimera se dire qu’à l’heure ou l’on y pense, peut être que le destinataire est en train de la découvrir, ou de la lire ou la relire.
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Et, puis, quelques jours plus tard, on commencera à y repenser…
La boite aux lettres ! L’attente, l’espoir, la déception, et puis enfin la nouvelle lettre.
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Avoir un correspondant, c’est une joie de tous les jours ou presque. Un de ces minuscules bonheurs simples, mais qui rendent la vie bien plus douce…
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Pourquoi n’ai-je plus de correspondant ?
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Oh, si ! J’en ai ! Des correspondants du net, j’en ai ! Mais, le plaisir n’est pas le même, vous avouerez…
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