Cette année, c'est ici que l'on boit le thé
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Un thé pour 100
Le Papistache a mal dormi, a tourné dans son lit, s'est levé tôt, trop tôt, s'est recouché, s'est rendormi, n'a pas entendu la météo de 5 h 59. En retard ! En retard, alors qu'il a promis — enfin promis ? disons qu'il n'a pas osé refuser — un thé pour 100 personnes.
Cent tasses ou cent bols ? L'aurait dû demander, se renseigner, serait moins ennuyé, le Papistache.
Pour qui les cent ? Les cent quoi, déjà ? Tasses ou bols ?
- Epouse-à-la-santé-recouvrée (Santé ? Cent thé ?), Epouse-aux-cent-thés-recouvrés, saurais-tu me dire à qui j’ai promis la santé ?
- La santé ? A cent personnes au moins, lors des vœux. Mais tu n’as rien promis —te prendrais-tu pour un héros ? — tu leur as souhaité à tous une bonne santé.
Cent personnes ! Pas une de moins ! C’est bien ce qu’il craignait…
Un thé pour cent personnes !
La maison jaune, pourtant habituée à recevoir, ne renferme pas cent bols en son sein.
Sans bol ? Non !
Pour les « sans bols », on repassera. Dans la maison jaune, aucun « sans bol ».
Cent tasses ?
Sûr !
Faites entrer — asseoir, c’est utopique — cent personnes dans la cuisine de Mamoune, elles s’entassent. C’est peu dire !
Pas de bol, l'aurait jamais dû s'engager. Il descend l'escalier et songe qu'à raison d'un litre pour quatre, c'est vingt-cinq litres d'eau qu'il lui faut mettre à bouillir. Au sein de l'Amie-Bouilloire, même en tassant, jamais plus de 150 centilitres n'entrent ni sortent.
16,6666666666666666666666666... (j'abrège, vous avez compris) bouilloires, c'est le quotient de 25 litres par 150 centilitres, même en arrondissant à 17 — fi, le vilain nombre ! — le contenu de la première Amie sera bien froid quand la dernière frémira.
Adversité, adversité !
Il entre dans la cuisine et entreprend de réunir sur la table toutes les plus grandes casseroles et tous les récipients de plus d’un litre que tolère le four à micro-ondes et que contiennent les placards de la maison jaune.
25 litres moins 150 centilitres (c’est le contenu de la bouilloire) —pardonnez le délai, mais à cette heure matutinale, le Papistache compte sur ses doigts — cela nous donne 23 litres et demi.
23 litres et demi d’eau à faire bouillir ailleurs que dans l’Amie-Bouilloire, en sachant que même s’il trouvait les récipients nécessaires et en nombre suffisant, la plaque de cuisson n’a que quatre feux et que de four à micro-ondes, il n’en a qu’un.
Adversi-thé !
Épouse-Aux-Yeux-Gonflés-Par-La-Fatigue accourt au raffut. Elle s'informe et laisse tomber :
— Et le chaudron de cuivre de Grand-Maman qui sert de cache-pot au dragonnier géant ?
Le chaudron de cuivre !
Druidistache peigne sa barbe blanche et traîne le lourd chaudron dans le jardinet. Dans ses veines coule — l'avait-il caché à ses lecteurs ? — du sang gaulois. Les branches de feu le cerisier sont sèches et bien sèches. Dans les premières lueurs de l'aube, sur la souche même de l'arbre sacrifié, un joyeux feu arde. Les cent scouts Belges y font sécher les cent bols en terre glaise qu’ils ont modelés pour le thé partagé.
Madame Yvonne, par l’odeur du thé au citron alléchée, s’empresse d’ouvrir ses volets et n’en croit pas ses yeux. Dans le jardinet des Papistache, au petit matin : un feu de joie, un chaudron en cuivre empli de potion citronnée, un druide, cent scouts, et deux Mamoune – l’une vivante et l’autre sculptée avec les restes de terre glaise et coiffée d’une couronne de lauriers, cadeau des scouts pour exprimer leur reconnaissance au couple pour son hospitalité.
C’en est trop ! Cette semaine, elle appellera son gendre, qu’il la conduise à la maison de retraite !
Un à un, les cent scouts prennent congé, chacun emporte son bol pressé contre son sein ; les Papistache agitent la main au portail ; le plus long des deux n'ose regarder le jardinet. Cent scouts sur trois-cents mètres carrés, ça doit laisser des traces.
— Faire et défaire, cela s'appelle travailler, lui souffle son épouse, tu sais, j'aimerais bien que tu me creuses une piscine biologique, dans le jardinet. Oh, tu as tout ton temps, tu sais. Pour l’été prochain ?
— ! ! !
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Les deux autres mains auraient-elles besoin de co-signer le billet? Est-ce bien nécessaire?