Confidence
C'est l'heure pour eux d'aller se coucher. Mais lui ne bouge pas. Ou plutôt si. Il s'assoie près de moi dans le canapé, tandis que je donne le biberon à son frère. Il a quelque chose à me dire.
Il guette du coin de l'œil sa sœur et son père, attend qu'ils quittent la pièce, se méfie encore et peu, et enfin, parle.
« Je crois que je vais mal dormir, Maman » , me dit-il, les larmes aux yeux.
Je l'interroge du regard.
Il est triste. Il s'en veut et il y pense.
Aujourd'hui à l 'école, en jouant au foot à la récré, sans le faire exprès il a envoyé le ballon de Dimitri de l'autre côté du mur. La voisine ne l'a pas renvoyé. Dimitri a pleuré.
Il s'en veut et se dit qu'il va mal dormir. Il va trop y penser.
Aux larmes de Dimitri, au malencontreux coup de pieds trop fort dans le ballon.
Il se sent coupable.
Il pense que Dimitri lui en veut. Il ne sait pas comment faire.
Je le rassure comme je peux. La voisine le renverra probablement. Dimitri aura compris qu'il ne l'a pas fait exprès. Si le ballon ne revient jamais, alors on lui en offrira un.
Je le rassure, l'envoie au lit un peu moins triste (le bisou et le léger sourire en attestent).
Je l'entends monter l'escalier. Et moi, je suis contente.
Pas de son embarras, ni pour le ballon perdu, encore moins parce que ce malheureux Dimitri a pleuré.
Je suis contente parce qu'il se confie à moi.
Et je suis contente parce qu'il a une conscience.