Aboutissement
Je me souviens de ce jour où j’ai conduit pour la dernière fois, avec tous ses bagages, cette gamine de dix-sept ans, un peu effrayée à l’idée de partir de chez moi...
Départ après des années d’ASE. Onze ans, de mémoire.
Pour ma part, je l’ai accompagnée deux années, de quinze à dix-sept ans. Pas toujours simple. Revêche un peu. Un fort caractère. Mais déterminée, et au fond, ses colères et même ses insultes me plaisaient assez.
J’ai accueilli dix enfants tout rond à ce stade de ma carrière. Elle fut la numéro 3. Mais presque ma préférée. Ce n’est pas que j’organise une hiérarchie d’amour dans l’exercice de ma profession. Mais enfin les affinités, c’est si personnel...
Coraline, je peux donner son prénom à présent. Elle est majeure et ne m’en voudrait pas.
Coraline qui est partie définitivement sans jamais vraiment s’éloigner de moi....
Coraline que j’ai revue souvent depuis son départ. Qui m’appelle chaque mois. Comme on appelle une sorte de ... marraine. A l’occasion mais souvent quand même.
Elle vit en Bretagne à présent. Avec un gars sympa et travailleur. Elle a un emploi. Ils ont un appartement. Une vie simple mais propre. Ils s’aiment.
Je ne sais pas ma part de « responsabilité » dans ses choix ni dans la jeune adulte qu’elle est à présent. Deux ans c’est peu. Et, en même temps, dans ces délicates années de passage à l’âge adulte, c’est énorme.
Je ne sais pas et pourtant j’ai cette fierté de la savoir bien. Et surtout cet orgueil de ne m’être pas trompée: lorsqu’elle me disait d’aller cordialement me faire foutre lorsque je lui interdisait de sortir, je savais pertinemment qu’elle s’en sortirait plus tard.
Et, tout en songeant à Coraline, je pense également à une petite de treize ans arrivée ici il y a quelques mois. Même profil un peu. En plus sage et moins ... disons... sanguine et colérique (plus jeune en même temps. Le démon se réveillera peut-être ?) .
Mais tout de même, je l’aime assez pour elle-même. Et ai cet espoir d’obtenir le même résultat.
Ne ferai jamais de miracles. Mais s’ils partent de chez moi avec assez de ressources pour s’assumer correctement, être indépendants financièrement et intègres, c’est à dire fidèle à eux-mêmes, j’ai quelque part un peu gagné.